Le pont du Diable de Crouzet-Migette – Doubs (25)

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Le pont du diable a été construit entre 1875 et 1880 juste au-dessus du ruisseau de Château-Renaud et au-dessus de la cascade du Diable, afin de relier la route allant de Sainte-Anne à Crouzet-Migette.  Ce pont est entouré de mystères, dont sa construction, pourquoi l’architecte a t’il sculpté une tête du malin sur la clef de voûte ?

Les ponts du Diable sont nombreux en France, la légende raconte toujours une histoire avec un personnage qui réalise un pacte avec le Diable afin de construire une oeuvre difficile et complexe qu’il ne peut pas réaliser seul. Le diable accepte donc de construire le pont, mais exige une victime, souvent la première âme qui le traverse. Le pont est construit très rapidement, souvent une seule nuit suffit pour achever l’oeuvre, mais le diable fini toujours par être trompé de différentes manières suivant les versions.

À la suite de l’arnaque, le diable se jette dans l’eau depuis le pont pour disparaitre. Dans d’autres versions, le diable s’est engagé à bâtir le pont en une seule nuit, avant le lever du jour : on fait chanter un coq ; le diable, croyant que le jour se lève, lâche la dernière pierre et disparaît.

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La légende du pont du diable de Crouzet-Migette :

« A la fin du 13ième siècle, les habitants de Sainte-Anne et de Crouzet-Migette sollicitèrent un batisseur de Salins
appelé Babey pour réaliser cet ouvrage de grande ampleur. Il était consciencieux et de bonne renommée,
ayant déjà fait ses preuves en construisant une église et d’autres constructions importantes,
paraissant suffisamment compétent pour réussir celle-ci, il signa un contrat avec les deux villages
qui souhaitaient faciliter leurs échanges et promit d’achever les travaux avant un an maximum.
Maçons, manoeuvres, terrassiers, carriers, et transporteurs affluèrent. Sur chaque
versant, quelle animation sur les chantiers ! L’entrepreneur, l’architecte et les maîtres compagnons
se concertèrent pour choisir de part et d’autre l’endroit adéquat où l’on
entaillerait la roche pour asseoir solidement sur leurs fondations les extrémités du pont.
Des chariots tirés par des chevaux ou même des boeufs, dans un va-et-vient interminable,
amenaient à pied d’oeuvre les énormes blocs de pierres extraits des carrières voisines, ou transportaient
des poutres de chêne. Les appels répétés, les cris rauques des voituriers retentissaient au loin
dans la vallée. Non loin de là, des équipes s’activèrent autour des rochers pour les transformer en
pierres de taille que les maçons s’empressaient d’assembler.
Les plans en mains, Babey alors infatiguable, se déplaçait d’un groupe à l’autre, exigeant ici un
travail plus soigné, là stimulant les ouvriers. Quelques mois plus tard, les culées furent 
terminées.

L’arche progressa lentement mais sûrement et l’on envisagea de poser prochainement le tablier ou
plancher du pont. Heureux, Babey se frottait les mains de satisfaction.
Mais au beau milieu de la nuit, un vacarme assourdissant réveilla les habitants de Crouzet-Migette et de Sainte-
Anne. Inquiet, dès l’aube le maitre d’oeuvre fut sur les lieux. Quel désastre! au fond de la gorge, étaient entassés poutres, cailloux, blocs et
autres matériaux. Babey ne s’attarda pas à se lamenter, ni à s’attarder sur les causes
du massacre. Volontaire et décidé, n’ayant qu’une parole, il se reprend en main et il embaucha aussitôt d’autres
ouvriers pour doubler les équipes. Il fallait se remettre à l’ouvrage avec ardeur pour pouvoir
respecter le délai d’un an. Avec plus de rigueur et de minutie qu’auparavant, il contrôla le travail
des maçons. Alors que la construction reprit forme… Hélas! un soir un épouvantable bruit fit à
nouveau sursauter les habitants effrayés qui se signèrent.
-Quelle malédiction s’acharne donc sur cet ouvrage ? se demandait-on à la ronde.

Babey toujours confiant, avait-il vraiment toutes les capacités pour mener à bien cette
délicate mission ? Le doute commençait à s’installer dans les esprits.
L’entrepreneur déçu mais pas découragé, ne pensa qu’à recommencer une fois de plus pour tenir ses
engagements. Désormais une garde de plusieurs hommes resterait la nuit entière sur place pour
empêcher toute malveillance et effectuerait d’incessantes rondes. Tous les ouvriers du
chantier redoublèrent de bravoure, travaillant dès l’aube jusqu’à la nuit tombante. Une troisième fois, le
pont se dressa solide et massif. Que pouvait-on encore craindre ? Dans les jours a venir, il serait
complètement achevé.


Pourtant, la nuit suivante, malgré les précautions prises, tout s’écroula à nouveau pour la
3ième fois dans un fracas infernal. L’éboulement faillit même entraîner au fond du
précipice les gardiens présents sur les lieux.
Accablé, prostré, Babey resta le dernier à contempler les décombres du pont
qui, la veille encore, était si beau. Tous ses efforts étaient anéantis. D’après le contrat,
l’ouvrage devait être achevé dans une huitène de jours ! L’entrepreneur se voyait ruiné, humilié, la risée de tous,
lui, qui d’habitude mettait son honneur à respecter scrupuleusement les délais.
Impuissant devant ce nouveau coup du sort, il s’écria :
– Pour terminer, je donnerais tout, même mon âme au diable s’il le faut.
A ces mots, Satan surgit à sa gauche. C’était bien lui, cet être étrange au visage
sillonné de rides, à la chevelure noire et hirsute, à la barbiche taillée en pointe et surtout au
regard perçant et à la longue queue poilue relevée vers l’arrière.
-Je suis Satan. Tu m’as bien appelé. Que désires-tu ?
Effrayé et abasourdi, Babey ne put articuler un seul mot.
-Tu m’a l’air fort troublé. A trois reprises, tu t’es acharné à reconstruire un pont que je
démolissais. Ne cherche pas à poursuivre les travaux sans mon accord,
car ma puissance est infini. Par contre si tu acceptes mes conditions, j’ai le pouvoir de
tout achever dans la journée.
– Que faudrait-il donc pour cela, interrogea Babey d’un air embarrassé.
– Tu es déjà partant pour me vendre ton âme. C’est entendu je suis d’accord. J’exige encore celle de la
première personne qui empreintera le pont une fois terminé.
-Je ne peux guère consentir à cela et je n’en ai pas le droit.
-Alors tu t’en repentiras.
Le diable fit mine de s’éloigner vers le fond de la gorge tandis que Babey hésitait… Mais
l’orgueil l’emporta à la pensée de ce dernier échec, de sa réputation ternie à tout jamais, des
critiques malveillantes à son égard le jugeant incompétent… Finalement il rappela Lucifer.
-Allons, signe ce contrat sans attendre, trancha le diable en lui tendant un vieux parchemin
jauni par le temps.
Tandis que le maitre d’oeuvre s’exécutait, sur un geste mystérieux du malin, pierres de
taille et poutres reprenaient leur place initiale comme par magie… et voilà le pont est terminé.
O surprise, ô satisfaction! Babey était-il comblé ? Obsédé par ce pacte qu’il se repentait
maintenant d’avoir signé, avec de sinistres pressentiments, il rentra très tard à Sainte-Anne où
il ne dit  plus un mot, ne confiant son secret à personne. Malgré l’insistance de sa bien-aimée, il refusa
même de se nourrir. Las, fiévreux, accablé, il dut se coucher. Des cauchemars terrifiants s’en suivent, des
visions horribles l’assaillirent, hantant son esprit tourmenté, secouant son corps de grands
frissons. Le malheureux cherchait à s’asseoir sur son lit, transpirait à grosses gouttes, hurlait,
parlait du diable et voulait fuir le plus loin possible.
Épouvantée, sa femme appela du secours.
-Mon mari est bien mal. Il délire et va surement mourrir… Ayez pitié de nous et courez prévenir
le curé de Crouzet, je vous en supplie, pour qu’il lui apporte les sacrements.
Le jour commençait à se lever quand le prêtre alerté sortit du presbytère. Portant
le ciboire d’or contenant les hosties, il se dépêchait, se sachant attendu impatiemment à
Sainte-Anne. Il allait emprunter le sentier abrupt qui descendait au fond de la vallée quand il
vit, à son grand étonnement, le pont achevé. A Crouzet ne chuchotait-on pas que l’oeuvre
serait abandonnée après les 3 échecs successifs ? Comme il fallait faire au plus vite, il
revint donc sur ses pas et s’engagea sur le pont qu’il était le premier à franchir.
Une fois engagé sur le pont, le diable surgit, s’apprêtant à l’assaillir. Mais le curé reconnut tout
de suite le Prince des ténèbres.
-Vade retro Satanas !
Retire-toi Satan, s’écria-t-il aussi fort qu’il put, en présentant le ciboire devant lui. Et
Dieu intervint, sauvant son serviteur
Ébloui, désemparé, Lucifer sauta au-dessus de la barrière pour tomber au fond de la gorge
et disparaître à tout jamais dans une profonde excavation, qui n’est autre que l’entrée en forme
d’entonnoir de l’Enfer. »

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Le pont, en souvenir de cette aventure, prit et garde encore le nom de : «Pont du Diable».

Sur la gauche, avant de traverser le pont depuis le parking, coté Crouzet-Migette, vous pouvez emprunter les escaliers qui descendent jusqu’à une plate-forme offrant un magnifique point de vue sur le pont, et la gorge.

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Quelques photos : 
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A proximité :

  • La taillanderie de Nans-sous-Sainte-Anne (forge fabricant des outils de coupe tels des faux) datant du 19e siècle, en parfait état de fonctionnement est visitable. Elle appartenait aux frères Philibert.
  • La source du Lison

 

Pour s’y rendre :  Depuis la commune de Nans-sous-Ste-Anne, empruntez la D103 vers Crouzet-Migette puis suivez le fléchage « Pont du Diable » (très bien indiqué). Un parking est situé juste avant le pont.

Sur la carte :

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pontdudiablecrouzetinfo

 

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3 Comments

  1. dam's
    26 octobre 2015
    Reply

    joli!!!

  2. maud4five
    1 novembre 2015
    Reply

    je connais tres bien cest vers chez moi

  3. celinedu39
    12 novembre 2015
    Reply

    j’aime bcp ton article sur le pont du diable felicitation continue c’est super ce que tu fais

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