Le moulin rouge – Lavans-lès-Dole (39)

 

Ce jour-là, on perçoit l’actuel moulin comme une ombre fantomatique, le décor se prête parfaitement à ce que l’on prétend du lieu. Il serait hanté ! Non pas le moulin en lui-même, mais la plaine et ses alentours.

Le moulin rouge se situe entre Orchamps dans le Jura (à ne pas confondre avec Orchamps-Vennes dans le Doubs) et Audelange. Si vous circulez sur la D673 qui relie Besançon à Dole, vous avez déjà dû voir ce panneau indiquant le petit bourg du Moulin Rouge après la sortie d’Orchamps, situé en contrebas le long du Doubs.

La bourgade du moulin rouge est dans un axe de communication utilisé depuis l’antiquité, il faut compter quelques centaines de mètres pour rejoindre le tracé de l’ancienne voie romaine partant de Châlons-sur-Saône (Cavillonum) allant jusqu’à Besançon (Vesontio), on sait notamment qu’il existait un camp romain d’une envergure assez importante situé au Mont-Terrible (près du château d’eau) à Lavans-lès-Dole, servant à surveiller les possibles barbares sortant de la forêt de Chaux. Ce camp aurait pu contenir plusieurs centaines de chevaux et plus de 8000 hommes, il était protégé par une grande tour carré, dominant une enceinte fortifiée.

Ce camp surplombait donc une assez grande plaine, c’est dans cette plaine, de l’autre côté du Doubs que l’on évoque l’hypothèse comme quoi Jules César aurait tué son adversaire germanique Arioviste. Ce dernier était le chef du peuple des Suèves composés de germaniques et de celtes. Le fait qu’il soit mort à cet endroit n’a jamais été confirmé par des spécialistes. Cependant, des récents témoins auraient entendu lors de leurs passages, des mots prononcés en latin, des bruits d’armes, des cliquetis d’armures et des chants de guerre.

On a découvert lors de fouilles en 1819 dans cette plaine (appelée plaine de lune), un nombre très important d’ossements humain et de squelettes de chevaux appuyant l’éventualité que ce lieu était bel et bien un champ de bataille.

 

Aujourd’hui la véloroute numéro 6 longue de 1300 kilomètres  faisant partie du réseau reliant Nantes jusqu’à la Mer Noire à Constanta traverse le Moulin Rouge.

Ce lieu-dit n’a rien à voir avec le célèbre cabaret parisien où l’on danse et festoie, tout au contraire, on dit qu’il existait une auberge, surnommée « l’auberge rouge », où des brigands se réunissaient. Malheureusement pour les voyageurs désirant y passer la nuit, ils devenaient des proies faciles, tués lors d’un sommeil profond et avant d’avoir été dépouillé de tous leurs biens.

Ces faits sont rapportés par Gaspart Vurry qui était à l’époque lieutenant au régiment de Rye. Il décrit le cabaret-auberge comme était une petite maison mal entretenue, lugubre et isolée en bordure du Doubs et du canal.

Cette affaire n’est pas sans nous rappeler le célèbre film avec Fernandel « L’auberge Rouge » de 1951. L’histoire se déroule en 1833, un moine rejoignant des voyageurs et désirant passer une nuit réparatrice dans une auberge isolée à Peyrebeille en Ardèche. Des centaines de clients ont été volé et tué par la femme et son mari. Après la triste confession au moine, celui-ci comprend qui seront les prochaines victimes. Cette histoire est bien réelle,  il est d’ailleurs possible de visiter l’auberge sanglante à Peyrebeille.

Retour dans le Jura :

On retrouve les écrits de Mr Vurry dans « L’ermite en province » 1826 de M.E JOUY :

« Il revenait de Besançon avec sa femme et une domestique,  montés tous trois sur un chariot couvert ; c’était la fin de décembre 1604 ; la neige tombait à gros flocons,  la nuit approchait, et les voyageurs transis ne distinguaient plus un chemin devenu dangereux ; ils se décidèrent à coucher au Cabaret Rouge. L’hôte, vieillard vigoureux, et ses deux fils, frayèrent un passage à la voiture arrêtée par la neige que la bise avait  amoncelée, tandis que l’hôtesse, sa fille et sa servante s’empressaient auprès de la dame Vurry et de sa domestique.

On les relégua tous les trois dans une espèce de galetas en dessus de la cuisine : la malpropreté du local, la figure sinistre des hôtes, inquiétèrent les compagnes du sieur Vurry. Pierrine, la fille de chambre, descendit sans faire le moindre bruit, et remonta toute effrayée raconter à ses maîtres qu’elle venait d’entendre l’hôtesse promettre son devantier (tablier) à sa servante : Gaspard, lui-même, avait remarqué quelques signes d’intelligence entre la mère et ses fils. L’inquiétude, la terreur les agitent ; il visitent avec le plus grand soin le taudis où ils doivent passer une nuit pénible, remarquent des traces de sang à la ruelle du lit, et bientôt leurs horribles soupçons, leurs craintes affreuses se réalisent à  l’aspect d’un cadavre nouvellement égorgé, qu’ils trouvent caché dans un cabinet voisin de leur chambre. Que faire, que résoudre en cette cruelle conjoncture ?

Les brigands, déjà au nombre de six, en comptant les femmes, pouvaient avoir des complices ; la maison, entièrement isolée, ne permettait d’espérer aucun secours ; une lampe, dont la lumière douteuse éclairait à peine, le vent qui sifflait en gémissant, tout contribuait à augmenter l’effroi des deux femmes. Il fallait prendre un parti décisif. Vurry est brave, et se décide en brave ; il charge ses pistolets, les cache sous son habit, ainsi sue son couteau de chasse, et descend à la cuisine où toute la famille rassemblée achevait de souper. Il remarque la surprise que lui cause sa présence inattendue, feint de ne pas s’en apercevoir, puis, adressant adroitement quelques compliments à la fille, il se met en face d’elle, derrière le père, qui lui-même est entre ses deux fils ; mais, dès qu’il voit que l’étonnement a fait place à la sécurité, il tire doucement ses pistolets, les décharge à bout portant sur les deux frères, et se précipitant aussitôt sur le vieillard, lui plonge son long couteau de chasse dans la poitrine. Débarrassé avec tant de bonheur et de présence d’esprit des trois hommes, il lui est facile d’imposer aux trois femmes ; Pierrine l’aide à les attacher aux poteaux qui soutiennent le toit de la maison, puis, craignant de nouveaux dangers, il ferme et barricade toutes les issues,  recharge ses pistolets, et reste en observation à la lucarne. Vers minuit, ses craintes se confirment : quatre autres  brigands se présentent, ils frappent à la porte à coups redoublés, appellent, demandent à boire ; mais l’écho seul leur répond ; ils s’éloignent, et dès la pointe du jour les voyageurs eux-mêmes abandonnent ce lieu d’horreur, après s’être assurés que les femmes ne peuvent s’échapper. 

 Bientôt la justice s’en empare ; elles subissent la peine de mort, après avoir révélé une infinité de meurtres dont on avait jusque-là méconnu les auteurs. »

 

Le moulin rouge abrite un autre secret plus fantaisiste, peut-être en rapport avec les brigands censés fréquenter le cabaret. Il y avait un homme, très grand d’apparence, et très poilu, que l’on surnommait « Coeur-de-fer », c’est en tout cas ce que rapporte une tradition populaire. Il était caché dans le sous-sol de l’auberge. Il était tellement poilu que chacun de ces membres étaient recouvert de poils. Il était comparé à un cyclope, << possiblement parce qu’il devait être borgne>>. Il aurait tué 6 femmes par strangulation. L’histoire fait intervenir Saint-Eloi, patron des métallurgistes, qui d’une main, empêcha Cœur-de-fer de tuer la septième. Le cyclope se soumet au saint, et cherche à se faire pardonner tout ces pêchers. Après de dures épreuves, le géant réussi à se faire délivrer de ses offenses.

Après la terrible tragédie et sa découverte, vers 1690, un maître forgeron s’installe au moulin, est-ce que sa fonction a un rapport quelconque avec la légende de Cœur-de-fer et de Saint-Eloi ? nul ne le sait. Cependant, y a une certaine contradiction dans ces récits puisque le moulin est censé être fermé depuis 1610 et renommé en « Fourneau du Pont ».

En réalité, l’auberge a bien été détruite en 1610. A son emplacement d’origine, on fait bâtir le moulin, transformer par la suite en forges.

 

 

Quelques photos :

 

 

 

Pour s’y rendre : Depuis Besançon, prendre la D673 en direction de Dole, passer Saint-Vit, puis Orchamps, à la sortie d’Orchamps, après la longue ligne droite, tourner à gauche au panneau d’indication « le Moulin Rouge ». Un parking ce situe au bord du Doubs, vers l’écluse.

A proximité :

 

Sur la carte :

 

 

 

 

 

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