Grotte de l’Ermitage – Moissey (39)

Voici une curiosité géologique bien intrigante que l’on trouve dans la forêt du massif de la Serre dans le Jura. Le célèbre folkloriste français Désiré Monnier la considérait comme un monument druidique. De par son aspect, elle pouvait parfois être appelée “la grotte aux fées”. Finalement, nous ne savons pas grand-chose de cette grotte, seulement le fait qu’elle soit très ancienne et que sa formation est due en partie par la nature aidée par la main de l’homme.

Effectivement, si l’eau a pu commencer à détruire la roche très friable, l’homme a certainement aménagé la terrasse large d’une trentaine de mètres devant la grotte pour casser la pente.

La grotte est formée de deux étages, un rez-de-chaussée avec trois pièces dont deux très petites et un étage de quatre pièces.

Légende de la dame blanche de la grotte de l’Ermitage à Moissey :

Le Jura, terre de légendes et de mystères, ne se limite pas aux échos des pas de chasseurs infatigables traquant le gibier sous ses frondaisons séculaires. Il s’y déroule aussi une chasse plus énigmatique, menée par une silencieuse et énigmatique Dame Blanche, dont les appels résonnent au crépuscule, portés par une corne au timbre aussi doux que troublant. La forêt de la Serre, non loin de Dole, conserve précieusement le secret de son passage.

Ce lieu, déjà auréolé de mystère, abrite un ancien sanctuaire druidique, connu sous le nom de l’Ermitage de la Serre. Sculpté dans la roche, il dévoile un ensemble de pièces voûtées dont les ouvertures donnent sur la forêt profonde. À l’étage, une paroi percée d’un œil-de-bœuf évoque l’architecture de certains dolmens, confirmant l’empreinte druidique du site. Sous l’ombre imposante des chênes centenaires, cet édifice de pierre et de nature semble tout droit sorti d’un décor d’opéra, où résonneraient encore les chants des Bardes d’autrefois.

La Dame Blanche hanterait ce lieu vénéré. Certains l’associent à la mystérieuse chasseuse nocturne qui parcourt la forêt, tandis que d’autres la décrivent comme une prêtresse oubliée, gardienne des rites et des savoirs anciens. Pourtant, nul ne peut trancher, car elle seule détient la vérité de son origine. Est-elle une ombre de la nuit ou l’écho d’un culte révolu ?

D’aucuns, sceptiques ou malveillants, ont tenté d’altérer son image, la transformant en créature rabougrie, ridée et voûtée, s’aidant d’un bâton de coudrier pour avancer dans l’obscurité. Une vision bien éloignée de la silhouette aérienne et lumineuse qui se dévoile parfois aux âmes réceptives. Ceux qui croisent son chemin ne la distinguent que sous sa robe d’un blanc spectral, tandis que l’air vibre du galop de chevaux invisibles, du hurlement de lévriers fantomatiques et du souffle d’une meute en chasse. Seuls résonnent alors, portés par le vent, les échos lointains de sa trompe, laissant derrière eux un mystère que nul ne saurait pleinement percer…

A une distance de plusieurs dizaines de mètres de la grotte, on peut apercevoir une source avec une eau limpide.

Ce site propice à la vie, a vraisemblablement servi de logis à des ermites, un abri naturel, de l’eau, tout est à disposition pour qui veut s’isoler un peu de toutes civilisations. Des propos de tous genres font vivre à travers ces cavités des hommes préhistoriques, des druides, des fées, des fantômes, des dames blanches, mais aussi les Bons Cousins Charbonniers habitant la forêt de chaux, voisine de la forêt de la Serre.

Le site a été fouillé par MM. Feuvrier et Fèvret, et le résultat fût mince, juste quelques foyers superposés ont été mis à jour, des traces de chaux, des petites cavités utilisées pour stocker des provisions.

Son vaste intérieur s’étend sur 15 mètres de long, 8 mètres de large et 7 mètres de hauteur, se déployant sur deux niveaux distincts. Le rez-de-chaussée est constitué de trois pièces voûtées, tandis que l’étage supérieur en compte quatre, également dotées de voûtes.

À l’origine, le monument était solidaire du massif rocheux dans lequel il s’enracinait. Cependant, au fil du temps, l’action de l’eau a progressivement sapé sa structure, engendrant d’abord des fissures avant que l’ensemble ne se détache de la roche mère. Ce processus naturel, combiné aux effets du gel et aux dégradations humaines, a fragilisé l’édifice. L’érosion a particulièrement affecté l’étage supérieur : certaines piles de soutien ont cédé, remplacées çà et là par des étais en maçonnerie. Les baies autrefois destinées à l’éclairage et à la ventilation ont vu leur ouverture s’agrandir, menaçant la stabilité des parois latérales. Il est à prévoir que, tôt ou tard, le plafond du monument, un imposant banc rocheux, s’effondrera sous son propre poids, ne laissant debout que les trois travées du rez-de-chaussée.

La composition géologique du site révèle un grès vosgien appartenant à l’étage inférieur du Trias. Ce grès quartzifère, également connu sous le nom d’arkose, est constitué de petits cristaux de quartz et de feldspath, liés par un ciment siliceux. Sa nature friable en fait une roche particulièrement vulnérable à l’érosion. Face à la grotte, une plate-forme aménagée, sans doute par la main de l’homme, s’étend sur environ 20 mètres de long pour 12 mètres de large. À une trentaine de mètres de là, une source d’eau claire, intarissable, s’écoule, ajoutant un élément vital à cet espace isolé.

L’histoire de la grotte de l’Ermitage demeure entourée de mystère. Son appellation suggère qu’elle a servi de retraite à des anachorètes chrétiens, bien qu’aucun témoignage précis ne permette d’identifier ces ermites. On distingue encore, sur certaines parois, des traces de chaux et de plâtre, attestant d’une occupation humaine. De petites niches creusées dans la roche, à la forme ronde ou allongée, semblent avoir été utilisées comme réserves de provisions. Selon des récits anciens, un certain Guilley, dernier ermite connu, aurait quitté les lieux en 1694, après la disparition de son compagnon, pour s’installer à Moissey. Un manuscrit daté de 1850, rédigé par le docteur Claude-François Guillaume, rapporte qu’au XVIIIe siècle, on pouvait encore voir des châssis de fenêtres et des enduits de plâtre à l’intérieur de la grotte.

Si la vocation religieuse du site reste incertaine, un autre pan de son histoire est mieux documenté. Entre 1840 et 1850, la grotte fut le théâtre de réunions clandestines des membres de la Vente des Bons Cousins Charbonniers de la Serre. Cette confrérie, née d’une tradition ancienne, rassemblait des hommes vivant en forêt et partageant des valeurs de solidarité. Ils avaient emprunté aux charbonniers leurs symboles, rituels et langage codé. Ces assemblées, bien que parfois destinées à des œuvres de bienfaisance, servaient également de prétexte à de grands festins conviviaux.

Le sentier menant à la grotte :

Gravure sur le dessus de la grotte :

Pour s’y rendre :  

Depuis Dole, prendre la Départementale 475 en direction de Gray, une fois à Moissey, prendre direction d’Amange, vous verrez alors une intersection avec un panneau indiquant le site de l’Ermitage.

A proximité : 

  • Grotte habitée au mésolithique foret de la Serre ;
  • Camp en éperon barré du néolithique (5000 av. J.-C.) ;
  • Vestiges de deux châteaux médiévaux ;
  • Ruines de l’ermitage Saint-Bonnot ;
  • Camp préhistorique du Mont Guérin

Sur la Carte : 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

error: Ce contenu est protégé !