

Dans le paysage du Val de Loire angevin, la Pierre Couverte de la Pagerie s’impose comme l’un des dolmens les plus imposants et énigmatiques du Maine-et-Loire. Édifiée à l’époque néolithique, cette structure mégalithique témoigne non seulement d’un savoir-faire architectural ancien, mais aussi d’un rituel funéraire que la science n’a pas encore totalement élucidé.
La Pierre Couverte de la Pagerie se trouve sur la commune de Gennes, aujourd’hui intégrée à Gennes-Val-de-Loire, dans le département de Maine-et-Loire, en région Pays de la Loire. Ses coordonnées géographiques (environ 47,33937° N, –0,256302° O) la positionnent dans la plaine alluviale de la Loire, à faible altitude (aux environs de 48 mètres) et dans un environnement de coteaux doux et de secteurs boisés.
Le site s’inscrit dans un contexte mégalithique dense : non loin se dresse la Pierre Longue du Bouchet (ou Pierre Longue de Gennes), témoin d’autres usages lithiques anciens. Le Menhir du Moulin Hilaire figure également parmi les repères archéologiques voisins. À proximité, on relève des vestiges gallo-romains, notamment un théâtre dans la ville de Gennes, témoignant de la superposition d’occupations à travers les millénaires.




Structure générale
La Pierre Couverte de la Pagerie appartient au type dolmen angevin à portique. Elle combine une chambre funéraire principale et un portique d’entrée (ou avant-porche) constitué de dalles verticales et d’une dalle de couverture. La configuration affiche encore une certaine intégrité architecturale malgré les altérations.
Chambre sépulcrale
La chambre est délimitée en arrière (chevet) par une dalle de chevet unique. Latéralement, côté sud, on compte deux orthostates (dalles verticales), et côté nord, une seule dalle. Le volume intérieur, d’après les descriptions, est vaste : certaines estimations situent la longueur à environ 10 mètres, avec une largeur d’environ 5 mètres, ce qui classerait cette chambre parmi les plus grandes d’Anjou.
L’ensemble est recouvert par deux tables de couverture. L’une de ces tables est inclinée jusqu’au sol, signe probable d’un affaissement partiel ou d’une chute contrôlée. Le portique d’entrée, quant à lui, conserve une dalle de couverture de forme presque carrée. Cette dalle est inclinée vers le nord, conférant une transition entre l’extérieur et la chambre. L’entrée est encadrée par deux dalles verticales latérales.
Détails remarquables
Sur l’un des piliers d’entrée (ou orthostates du portique), on aperçoit ce qui pourrait être un dessin naturel évoquant une tête de bovidé. De plus, un œil gravé est signalé sur un autre pilier, bien que l’origine de cette gravure reste incertaine (érosion, gravure postérieure ou intentionnelle). Ces détails, s’ils sont authentiques, témoignent d’une dimension symbolique ou iconographique encore mal interprétée.
L’état d’ensemble montre des dalles encore en place, mais certaines sont partiellement déplacées ou inclinées. La dalle de couverture avant notamment est tombée ou fortement inclinée vers l’est, altérant la perception de l’entrée d’origine.
Fouilles, découvertes et interprétation chronologique
Fouille de 1897
Une campagne de fouilles réalisée en 1897 a permis la découverte d’un squelette humain dans la chambre du dolmen. Aucun mobilier funéraire (céramique, parures, ustensiles) n’a été retrouvé à ses côtés, ce qui rend l’interprétation plus délicate. Trois éclats de silex ont été associés au site et sont conservés au musée d’Angers.
Il est envisagé que cette inhumation soit postérieure à la phase de construction initiale du dolmen : la structure mégalithique aurait été réutilisée ou investie à une époque plus tardive. L’absence de mobilier pourrait relever d’un usage tardif simple ou d’une récupération ultérieure des éléments funéraires.
Datation et chronologie
Les sources que j’ai consultées ne donnent pas de datation absolue (par datation radiocarbone) pour la construction du monument. Il est probable qu’elle s’inscrit dans la fourchette néolithique (entre ~ 4000 et 2500 avant notre ère), période de floraison des monuments funéraires collectifs en Anjou.
L’hypothèse d’un usage multiple ou récurrent est cohérente : le dolmen pourrait avoir continué à être un lieu de mémoire ou de ritualisation bien après sa construction.
Usage et signification funéraire
La fonction première est sans doute funéraire collective : la chambre devait accueillir plusieurs individus, peut-être selon un rituel spécifique de dépôt des morts. Le portique d’entrée est un élément architectural souvent interprété comme un seuil symbolique, une transition entre le monde des vivants et celui des morts.
Certains détails (gravures, dessins naturels) pourraient indiquer une dimension symbolique ou totémique, mais aucun consensus ne s’impose aujourd’hui. Le fait que la dalle de couverture avant soit inclinée ou tombée pourrait correspondre à un effondrement progressif ou à un geste intentionnel de fermeture.
État actuel, conservation et protection
État de conservation
Au moment des observations disponibles, le dolmen présente une intégrité partielle. Plusieurs dalles sont inclinées ou déplacées, ce qui est fréquent pour les mégalithes anciens soumis au temps, aux phénomènes de gel/dégel, à l’érosion ou à des interventions humaines (vandalismes, remaniements). La dalle de couverture avant est particulièrement affectée : elle est tombée ou fortement inclinée.
On relève des tentatives documentées de mauvais usages (déchets, dépôt d’objets) selon certaines sources, ce qui fragilise davantage le monument. Le contexte de plein air, sans abri, le rend vulnérable aux intempéries et aux pressions anthropiques.
Protection patrimoniale
Depuis 1980, la Pierre Couverte de la Pagerie est classée monument historique (référence Mérimée PA00109122). Ce statut lui garantit une protection légale et impose des contraintes pour toute intervention sur le site.
Toutefois, le classement ne suffit pas à garantir la pérennité sans actions de restauration, consolidation ou valorisation archéologique. Il conviendrait, à l’avenir, de lancer des études de fond (étude stratigraphique, relevés laser, relevés photogrammétriques) pour stabiliser les dalles et assurer la transmission du monument.
Quelques photos :














Pour s’y rendre :
Adresse : Route chapeau – La Pagerie – 49350 Gennes-Val de Loire.
Depuis Le Bouchet, avant la Pagerie, tourner à gauche sur le chemin de champs, continuer sur 200 mètres.
A proximité :
- La Pierre Longue à Gennes-Val-de-Loire
- L’amphithéâtre gallo-romain de Gennes-Val-de-Loire
- Dolmen de la Forêt de Gennes-Val-de-Loire
- Dolmen de la Magdeleine à Gennes-Val-de-Loire
Sur la carte :



