Chapelle des trois vierges – Wentzwiller (68)

Le sanctuaire se trouve en lisière de forêt, accessible par un chemin forestier qui conserve encore aujourd’hui une aura de recueillement. Les coordonnées du site le placent à l’écart des axes principaux, renforçant l’impression d’isolement. Les paroisses voisines ont aménagé en 1998 un chemin de croix qui guide les pèlerins jusqu’au sanctuaire, perpétuant une pratique dévotionnelle attestée depuis au moins le XIXᵉ siècle. L’oratoire lui-même, d’architecture simple, présente un petit bâtiment de ciment, surmonté d’un campanile, abritant trois tombes symboliques, une statue de la Vierge et un Christ en fonte. Cette configuration est le résultat d’évolutions successives, chaque époque ayant marqué de son empreinte la matérialité du lieu.

En 1912, les sœurs Katarina et Magdalena Klein, habitantes de Wentzwiller, financèrent l’érection d’une grande croix en bois polychrome sur socle en pierre. La bénédiction de ce monument attira, selon les chroniques, près de 1 200 pèlerins, preuve que le culte était profondément enraciné. Le socle, toujours conservé, portait des symboles de la Passion du Christ : marteau, fouet, échelle, dés, tenailles, autant de signes rappelant l’ancrage de cette tradition dans le christianisme populaire.

La mémoire collective associe ce lieu à la mort tragique de trois jeunes femmes, vierges chrétiennes venues chercher refuge dans les bois. Selon une première version, elles auraient été assassinées lors des invasions hunniques ; une autre tradition les fait venir d’Angleterre, présentées comme trois princesses ou religieuses exilées. La multiplicité des récits témoigne d’une transmission essentiellement orale, où l’histoire se mêle au merveilleux.

Un épisode marquant alimente la réputation mystique du site : au XIXᵉ siècle, un curé de Wentzwiller fit exhumer les restes supposés des trois jeunes filles afin de les transférer au cimetière paroissial. Or, aussitôt, une pluie torrentielle et continue s’abattit sur le village. Ce n’est qu’après le retour des reliques à leur emplacement d’origine que le phénomène prit fin. Pour les fidèles, ce signe confirma la sacralité du lieu et l’impossibilité de déplacer les dépouilles.

Certains chercheurs identifient les trois vierges aux saintes Einbeth, Wilbeth et Worbeth, vénérées en Allemagne, en Suisse et à Strasbourg comme compagnes de sainte Ursule. Si cette hypothèse demeure discutée, elle révèle néanmoins la profondeur des connexions symboliques entre cultes régionaux.

Jusqu’aux années 1970, les pèlerins déposaient en abondance des ex-votos : béquilles, membres sculptés, mèches de cheveux, objets de la vie quotidienne, tous destinés à témoigner d’une guérison ou d’une protection attribuée aux Trois Vierges. Un vieux hêtre, aujourd’hui disparu, était couvert de ces offrandes suspendues. Les récits mentionnent des guérisons liées aux douleurs abdominales, aux affections dentaires ou encore aux paralysies.

Malheureusement, en 1973, une série de vandalisations entraîna la disparition de la majorité des ex-votos, statues et objets anciens. L’édifice dut être reconstruit en 1955, puis rénové en 1988 grâce à la générosité des associations locales et à l’engagement de la paroisse. Aujourd’hui, la pratique du pèlerinage se poursuit encore, en particulier le dimanche des Rameaux, où un cortège emprunte le chemin de croix jusqu’au sanctuaire.

Bonne découverte !

Depuis Wentzwiller, prendre Rue Creuse et continuer sur le chemin de croix jusqu’à la chapelle des Trois-Vierges

  • Cimetière Israélite de Hégenheim
  • La grotte des nains à Ferrette
  • Sentier des casemates et la chapelle St-Brice à Bettlach

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