Pierres levées – Saint-Léger-de-Montbrun (79)

Quand on traverse les chemins tranquilles de Saint-Léger-de-Montbrun, on ne s’attend pas forcément à tomber sur un fragment du passé aussi puissant. Pourtant, au milieu des haies bocagères et des parcelles calcaires, se dressent les mystérieuses Pierres Levées de Puyraveau, un ensemble mégalithique qui semble sorti tout droit d’un vieux récit transmis au coin du feu. La commune, éparpillée en hameaux plutôt qu’organisée autour d’un centre unique, offre un cadre parfait pour ce type de monument. Entre Puyraveault, Orbé ou Vrères, les petites routes serpentent sur un plateau discret, tandis que des affleurements de calcaire percent ici et là. C’est précisément cette présence de pierre en abondance, combinée à une vue dégagée sur la plaine, qui a probablement attiré les bâtisseurs du Néolithique. On imagine sans peine des communautés circulant entre ces blocs naturels, y voyant des lieux propices à leurs cérémonies, à leurs morts, ou même à l’affirmation de leur identité.

Le dolmen I : un géant silencieux couché sur son secret

Je me suis retrouvé face à lui presque par hasard, après un virage entre deux haies. Sa dalle supérieure, large, trapue, légèrement inclinée vers l’arrière, repose sur trois porteurs massifs. Le bloc mesure plusieurs mètres, et malgré l’érosion, on devine encore la volonté des constructeurs de produire quelque chose de stable, durable, imposant.

La chambre qui s’étend en dessous semble s’enfoncer dans le sol, comme si elle refusait de dévoiler complètement son passé. L’entrée est si basse qu’on pourrait croire qu’elle était prévue pour protéger un espace précieux, réservé à des gestes rituels précis. On sait aujourd’hui que cette structure était recouverte d’un amas de pierres formant un tumulus circulaire — dont seule une partie a survécu — mais la voir ainsi dégagée donne presque l’impression d’un squelette géant dont la chair aurait disparu depuis longtemps.

Le dolmen II : un coffre aux trésors bouleversé puis ressuscité

Autant le premier dolmen impressionne par son architecture, autant le second fascine par ce qu’il a révélé. C’est un peu le “roman” du site : tumultueux, dramatique, et finalement porteur d’espoir.

Son plan initial était différent : un portique à l’avant, dont les deux montants ont longtemps survécu, introduisait une chambre principale. À l’arrière, une zone trapézoïdale complétait l’organisation du monument. Contrairement au premier, aucun tumulus n’a été conservé autour, ce qui laisse penser que le monticule a disparu sous les intempéries ou sous les activités humaines.

Mais ce qui donne véritablement son identité à ce dolmen, c’est l’incroyable quantité d’objets qu’il abritait autrefois. Avant qu’il ne soit saccagé par des fouilles sauvages au XXe siècle, il contenait des centaines d’outils en pierre taillée, des parures, des fragments de poteries, et même des instruments en matières animales. Un véritable inventaire de vie quotidienne, de cérémonies et d’arts funéraires.

Les récupérations patientes et les fouilles plus récentes ont permis de remettre de l’ordre dans ce chaos : aujourd’hui, une grande partie de ces objets a été sauvée, étudiée, et classée. Ce renouveau transforme un épisode sombre en une renaissance scientifique.

Un patrimoine marqué par la perte, mais aussi par la résilience

Les années 60 ont malheureusement été une période difficile pour le site. Des individus avides d’objets anciens ont bouleversé les couches archéologiques, dispersé des fragments de poteries, emporté des lames de silex ou abandonné des os humains sans même en comprendre l’importance.

Pour un passionné comme moi, difficile de ne pas ressentir une pointe de tristesse à l’idée de tout ce qui a été perdu définitivement.

Et pourtant, ce lieu a aussi connu une formidable revanche : des archéologues professionnels se sont relayés durant les années 90 pour fouiller méthodiquement, consolider les structures, identifier les pièces encore en place, comprendre la logique originelle. Leur travail a permis de documenter le déroulé de la construction, de retracer les gestes des bâtisseurs, de recomposer — partiellement, mais solidement — l’identité des défunts déposés là.


Des objets qui racontent un monde disparu

Ce qui frappe dans l’ensemble du mobilier retrouvé, c’est la variété. Des lames extrêmement fines, des haches polies, des pointes destinées à la chasse, mais aussi des petites perles ou des éléments décoratifs témoignent d’une société plus complexe qu’on ne l’imagine souvent. Certaines pièces de poterie révèlent une maîtrise technique étonnante, avec des formes qui oscillent entre utilitaire et symbolique.

Les ossements humains retrouvés — malgré leur dispersion — montrent que plusieurs personnes ont été inhumées : adultes, jeunes individus, femmes, hommes. Ce mélange suggère une sépulture collective, utilisée probablement pendant de longues générations. On ne parle pas ici d’un événement isolé, mais d’un lieu d’importance communautaire, d’un espace de mémoire réinvesti à intervalles réguliers.

Fait amusant : le dolmen le plus ancien n’est pas celui qu’on pourrait croire. En réalité, le second (celui au mobilier foisonnant) est antérieur au premier. Sa structure en portique, plus archaïque, marque une phase plus ancienne du mégalithisme local. Le premier dolmen, avec sa chambre trapézoïdale et son couloir latéral, appartient à une période plus récente, où les formes architecturales se spécialisent et se standardisent.

Comme si les bâtisseurs avaient expérimenté d’abord une forme, puis tenté autre chose, perfectionnant progressivement leurs structures et leurs coutumes funéraires. Ce renversement permet de lire le site comme une spirale temporelle, plutôt qu’une simple frise linéaire.


Une protection acquise après des siècles de silence

Heureusement, le lieu a bénéficié d’une reconnaissance officielle qui lui assure aujourd’hui une relative tranquillité. Le monument principal a été classé au patrimoine historique au milieu du XXe siècle, ce qui l’a placé sous la protection de l’État. Ce geste n’a pas seulement figé les pierres : il a aussi ouvert la voie à des études approfondies, à des interventions de conservation, et à la possibilité de sensibiliser le public.

Bonne découverte !

Depuis Thouars, prendre la D65 en direction de Saint-Léger-de-Montbrun, comptez 3 km depuis le rond point de la sortie de Thouars et tourner à gauche sur le chemin de champs. Les pierres se trouvent facilement à 100 mètres de là.

  • Le château des ducs de La Trémoille à Thouars
  • Musée Henri-Barré à Thouars
  • La Chapelle Jeanne-d’Arc de Thouars

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