La Pierre au Rey – Flamanville (50)

La Pierre au Rey à Flamanville : dolmen légendaire ou caprice de la géologie ?

Sur la commune de Flamanville, dans le département de la Manche, se dresse un ensemble rocheux connu sous plusieurs appellations : la Pierre au Rey, le dolmen du Trépied, le dolmen de la Vigie, ou encore le Castel Dolmen. Le site se situe au sommet des falaises du cap de Flamanville, au lieu-dit la Vigie, à proximité immédiate de l’ancien sémaphore édifié en 1867, à une altitude avoisinant les 92 mètres au-dessus du niveau de la mer. L’ensemble se compose de trois blocs de granite disposés en triangle, dont les sommets émergent du sol sur environ 1,20 mètre, et qui soutiennent en équilibre un quatrième bloc de forme ovoïde, dont la masse est estimée à près de dix tonnes. Ce bloc supérieur présente des dimensions notables : 1,90 mètre de largeur pour 1,60 mètre d’épaisseur, portant la hauteur totale de l’édifice à 2,65 mètres au-dessus du sol. Vers l’ouest, en direction de la mer, deux alignements de pierres à demi enfouies prolongent la structure et dessinent une sorte de couloir. Le granite qui compose cet ensemble provient vraisemblablement des affleurements locaux, la région de Flamanville étant réputée de longue date pour la qualité de ses carrières. Sur la face du bloc supérieur figure une gravure représentant ce qui a été décrit comme un profil humain d’environ 46 centimètres de hauteur ; l’un des blocs inférieurs, orienté à l’ouest, porte quant à lui des rainures s’étendant sur près d’un mètre de long pour 80 centimètres de large. Ces marques, signalées dès 1889 par le préhistorien Léon Coutil, ont longtemps été attribuées, vers le milieu du XXe siècle, à d’anciens caractères runiques hérités de l’alphabet germanique et scandinave. Cette lecture n’a toutefois jamais été confirmée par une étude épigraphique rigoureuse, et l’origine exacte de ces gravures demeure à ce jour indéterminée.

La première mention écrite de ce monument remonte à 1833, lorsque Le Fillastre et Ragonde le décrivent dans leur ouvrage consacré aux monuments druidiques du département de la Manche, l’identifiant alors comme un dolmen, c’est-à-dire une sépulture mégalithique édifiée par l’homme durant la période néolithique. Cette interprétation, largement répandue au XIXe siècle, lui vaut d’être inscrit sur la liste des monuments historiques dressée en 1862. Léon Coutil, dans son inventaire des découvertes préhistoriques de Normandie, rapporte par ailleurs que les guetteurs du sémaphore voisin, gênés dans leur surveillance par la présence de cette masse rocheuse obstruant leur champ de vision, avaient entrepris d’en combler les interstices pour y aménager un abri utilitaire, allant jusqu’à y loger volailles et lapins. Dès 1906, cependant, plusieurs observateurs remettent en cause la nature mégalithique du site, n’y voyant plus l’œuvre de mains humaines mais un simple chaos granitique façonné par l’érosion naturelle, hypothèse renforcée par l’absence totale d’objet ou d’ossement retrouvé sur place lors des observations menées. Une piste plus récente, avancée par un chercheur du nom de G. Lepesteur mais jamais publiée formellement, suggère que la face occidentale du bloc de base, nettement taillée et de forme concave, aurait pu servir de repère maritime : recouverte autrefois d’une plaque métallique réfléchissante, elle aurait signalé aux navigateurs longeant la côte la route à suivre vers la pointe de la Hague, visible selon cette hypothèse jusqu’à 35 kilomètres au large. Cette théorie, qui ne permet pas de dater précisément l’ensemble, le situerait néanmoins après le VIIIe siècle avant notre ère, à une période gauloise ou gallo-romaine. Ces éléments cumulés conduisent finalement la Direction régionale des affaires culturelles de Normandie à prononcer, en juillet 2012, le déclassement du site, décision rarissime qui met un terme à cent cinquante années de statut patrimonial fondé sur une identification erronée. Le secteur a d’ailleurs connu la disparition d’autres mégalithes comparables : un ensemble situé au lieu-dit Corb, aujourd’hui recouvert par les installations industrielles, fut détruit avant 1880, tandis qu’un menhir de 5 mètres à la Percaillerie disparut en 1890 et qu’un autre, haut de 9 mètres et connu sous le nom de Pierre-au-Serpent, fut abattu dès 1725 pour la construction du château de Flamanville. La tradition orale locale, quant à elle, préfère une explication plus légendaire, non attestée par les sources archéologiques : la Pierre au Rey serait un palet lancé par Gargantua alors qu’il revenait des îles Chausey en direction de Flamanville. Entre légende, erreur savante et énigme géologique jamais pleinement résolue, ce site continue ainsi d’intriguer visiteurs et chercheurs.

La Pierre au Rey a bien été inscrite au titre des monuments historiques par la liste de classement de 1862, mais ce statut lui a été retiré en juillet 2012 à la suite de son déclassement officiel : elle ne figure donc plus aujourd’hui parmi les monuments historiques protégés.

Chasse de la Houe

50340 Flamanville

  • Château de Flamanville
  • Jardin du Manoir de Runehou à Saint-Germain-le-Gaillard
  • Chapelle Sainte-Ergoueffe à Surtainville

One thought on “La Pierre au Rey – Flamanville (50)

  1. C’est vraiment une pierre très originale de par sa forme mais également par le lieu ou elle se situe. Je me demande si les clients de ce restaurant se doute de l’histoire de ce mégalithe.

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