La Tour de Bonvouloir – Juvigny-Val-d’Andaine (61)

Les vestiges matériels associés à cette phase, notamment des fragments de céramique et de verre, renforcent cette chronologie. L’organisation défensive paraît donc avoir évolué par étapes plutôt que d’avoir été créée en une seule campagne. Le diagnostic, conduit sur une emprise beaucoup plus vaste que les seuls bâtiments visibles, a porté sur près de 9 675 m², permettant de replacer les constructions dans leur environnement fossoyé. La deuxième phase intervient à la charnière des XVe et XVIe siècles : c’est alors que sont édifiées la tour et sa spectaculaire guette, tandis qu’une partie des fossés primitifs est remblayée. Cette transformation correspond au moment où le domaine est associé à Guyon Essirard, conseiller et maître d’hôtel de René, duc d’Alençon, auquel le fief est attribué en 1485. La documentation historique rattache donc la grande transformation du site à cette période, sans pour autant permettre d’affirmer que toutes les structures visibles ont été bâties simultanément. Cette nuance est essentielle : 1485 ne doit pas être compris comme la date de naissance absolue du château, mais comme un repère majeur dans son évolution. L’architecture conservée traduit d’ailleurs une conception hybride, associant résidence seigneuriale, dispositif de surveillance et affirmation du statut social.

La haute guette cylindrique, étroite et très verticale, possède un escalier permettant d’atteindre son sommet ; elle domine largement le paysage environnant. La tour principale, dite aujourd’hui « Le Phare », conserve quant à elle une architecture défensive caractéristique de la fin du Moyen Âge, avec une forte maçonnerie et des dispositifs destinés à contrôler les accès. La troisième phase identifiée par l’archéologie appartient au XVIe siècle : une nouvelle enceinte est alors construite autour du noyau castral. Les investigations ont révélé un espace grossièrement quadrangulaire d’environ 2 900 m², délimité par des fossés remaniés et des murs d’escarpe dont certaines portions atteignent environ 70 à 80 centimètres d’épaisseur. Une tour circulaire était intégrée à l’angle sud-ouest de cette enceinte. Cette découverte permet de comprendre que le château du XVIe siècle possédait une organisation beaucoup plus étendue que ce que laisse imaginer la seule tour conservée. Les bâtiments aujourd’hui disparus, les courtines, les fossés et les espaces de circulation formaient un véritable complexe seigneurial. L’archéologie apporte ici une information capitale : la tour de Bonvouloir n’était pas isolée dans le paysage, mais intégrée dans un système architectural structuré. Les raisons précises ayant conduit à ces renforcements successifs restent cependant difficiles à déterminer. Le contexte régional fournit plusieurs explications possibles : instabilité politique de la fin du Moyen Âge, héritage des conflits de la guerre de Cent Ans, tensions liées aux guerres princières et, plus tard, bouleversements religieux du XVIe siècle. Il serait toutefois excessif d’attribuer directement chaque transformation militaire à un événement précis sans preuve documentaire. La fonction de guette apparaît plus solidement établie que celle d’un véritable donjon résidentiel. Son implantation et sa hauteur lui conféraient une capacité d’observation remarquable, mais l’idée d’un édifice servant de « phare » au sens militaire doit être maniée avec prudence. Le surnom de « phare de la forêt d’Andaine » est ancien, tandis que certaines explications populaires lui attribuent une fonction destinée à guider des voyageurs ou des soldats égarés ; cette interprétation appartient davantage à la tradition du monument qu’à une démonstration archéologique. Ce qui est certain, en revanche, c’est que la position élevée de la guette permettait une surveillance étendue du territoire. La silhouette extrêmement particulière de l’ensemble a également alimenté, au fil du temps, des récits légendaires associant la tour à la fécondité et à la puissance masculine. Ces histoires ont largement contribué à la réputation insolite du monument, mais elles ne doivent pas être confondues avec l’histoire documentée du château.

La légende : Selon la tradition, Guyon Essirard, seigneur de Bonvouloir, aurait épousé Anne, une jeune femme dont l’âge contrastait fortement avec le sien. Malgré leur union, le couple demeurait sans enfant, ce qui était alors vécu comme une véritable épreuve.

Désireux de retrouver sa jeunesse et sa vigueur, Guyon aurait gagné une fontaine de la forêt d’Andaine, à laquelle les habitants attribuaient des pouvoirs de régénération. Durant vingt-et-un jours, il s’y serait baigné, aurait bu son eau et aurait vécu retiré dans la forêt.

À son retour au château, la légende raconte que le vieux chevalier aurait retrouvé une vigueur étonnante. Peu de temps après, Anne donna naissance à un enfant, mettant fin à leurs inquiétudes.

Pour commémorer cette renaissance inattendue, Guyon aurait alors fait édifier la célèbre tour de Bonvouloir, dont l’architecture particulièrement insolite avec sa haute tour surmontée d’une étroite tourelle serait devenue une représentation volontairement suggestive de sa virilité retrouvée.

Histoire ou récit symbolique ? Difficile de le déterminer. La tradition populaire a sans doute largement contribué à façonner cette histoire, mais elle explique avec malice pourquoi la silhouette si particulière de Bonvouloir est encore aujourd’hui associée à la fécondité et à la puissance masculine.

La Révolution française intervient ensuite dans un contexte où l’édifice avait déjà perdu une grande partie de son caractère castral ; elle accompagne la disparition progressive des structures qui subsistaient encore. Il faut donc éviter une autre idée reçue : la Révolution n’a pas à elle seule fait disparaître le château. Le démantèlement avait commencé bien avant, sous l’effet de la transformation économique et fonctionnelle du domaine. Ce qui subsiste aujourd’hui est ainsi le résultat d’une longue sélection architecturale : certaines constructions ont été détruites, d’autres réemployées, certaines ont changé de fonction et quelques éléments ont survécu parce que leur architecture les rendait particulièrement robustes ou utiles. La tour de Bonvouloir est précisément l’un de ces survivants. Sa conservation tient autant à sa puissance constructive qu’à son caractère exceptionnel. Le diagnostic archéologique permet désormais de lire le terrain comme un document historique à part entière : les fossés, les maçonneries enfouies, les différences de niveaux et les traces des bâtiments disparus complètent les élévations encore visibles. Le site démontre ainsi qu’un monument peut conserver une histoire considérable même lorsque l’essentiel de ses murs a disparu. Il reste également des incertitudes importantes. Les archéologues n’ont pas pu déterminer avec précision l’étendue exacte du premier château, ni restituer complètement la succession des constructions entre la fin du XVe et le XVIe siècle. Certaines portions des fossés visibles pourraient appartenir à des phases différentes, et tous les bâtiments qui occupaient autrefois la cour ne sont pas encore identifiés. C’est précisément cette part d’inconnu qui donne à Bonvouloir son intérêt scientifique : sous l’herbe et les aménagements contemporains subsiste probablement une partie de l’organisation du château que les élévations actuelles ne permettent plus de percevoir. Aujourd’hui, le monument n’est donc plus seulement un vestige isolé au bord de la forêt : le site est intégré à un ensemble patrimonial comprenant notamment un jardin ethnobotanique, un parcours d’interprétation, les anciens bâtiments conservés, un étang et différents aménagements permettant de comprendre son environnement. En 2026, Bonvouloir continue ainsi d’être valorisé comme un lieu historique et archéologique, tout en conservant cette étrange capacité à faire coexister patrimoine scientifique, architecture médiévale et traditions locales. L’essentiel est finalement là : derrière la silhouette spectaculaire du « phare », les recherches révèlent non pas un monument construit d’un seul geste, mais un site castral transformé à plusieurs reprises pendant plusieurs siècles. Et c’est peut-être la découverte la plus intéressante de Bonvouloir : la tour que l’on croit connaître n’est que le dernier témoin visible d’un château dont une grande partie demeure aujourd’hui enfouie. L’ancien château de Bonvouloir est classé au titre des Monuments historiques depuis l’arrêté du 4 juillet 1995, protection portant notamment sur l’assiette du château, les fossés et jardins, la tour dite « Le Phare », le colombier, le puits ainsi que plusieurs bâtiments et leurs façades et toitures.

Bonne visite !

Adresse : 719 Impasse de la Tour 61140 Juvigny Val d’Andaine

  • Dolmen le Lit de la Gione à Juvigny Val d’Andaine
  • Chapelle Sainte-Geneviève à Juvigny Val d’Andaine
  • Le chêne des Six-Frères à Les Monts d’Andaine

2 thoughts on “La Tour de Bonvouloir – Juvigny-Val-d’Andaine (61)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.

error: Ce contenu est protégé !