

Sur la côte nord-est du Cotentin, à l’extrémité de l’ancienne commune de Néville-sur-Mer, rattachée depuis 2016 à la commune nouvelle de Vicq-sur-Mer, les dunes ont abrité l’un des ensembles fortifiés les plus vastes du Val de Saire. Les sources l’évoquent sous plusieurs noms : Stützpunkt 126, batterie Blankenese (du nom d’un quartier de Hambourg), batterie de Néville ou batterie de Caqueret. Il s’agit d’une position de la Kriegsmarine intégrée au Mur de l’Atlantique. Son chantier démarre en 1942 et ne s’achève qu’à la mi-mai 1944, soit quelques semaines avant le Débarquement. Le complexe réunissait une trentaine d’ouvrages : casemates, abris, postes de conduite de tir, soutes à munitions et tobrouks, ces alvéoles circulaires destinées aux mitrailleuses. Des tranchées bétonnées, parfois couvertes, reliaient l’ensemble, ce qui transformait la pointe en véritable enceinte fortifiée. Plusieurs casemates, identifiées par des codes de plans-types comme M272, M158 ou R501SK, furent ajoutées le long de la plage. La garnison dépendait de la 2e batterie de la Marine-Artillerie-Abteilung 260. Son armement principal reposait, selon les sources locales, sur quatre canons antiaériens britanniques de 94 mm, capturés dans les îles Anglo-Normandes en 1940. Leur portée avoisinait 12 kilomètres, ce qui les rendait peu adaptés à la lutte contre des cibles navales mobiles.





Dès le Débarquement, la batterie est engagée. Le 7 juin 1944, elle ouvre le feu sur de petites unités ennemies, qui se retirent. Le 11 juin, vers 23 h 30, avec le concours de la batterie voisine de Brommy, elle contraint six dragueurs de mines à se replier. Le 13 juin, dès 2 h du matin, elle s’oppose à des vedettes lance-torpilles qui attaquaient un convoi de barges d’artillerie, et les force à se retirer derrière un rideau de fumée. Huit avions l’attaquent le soir même, sans résultat. L’histoire de la position bascule le 18 juin au matin : des navires américains la bombardent et la batterie, dont les pièces sont trop courtes de portée, ne peut riposter. Le personnel, davantage formé au combat terrestre qu’à la lutte antinavire, applique le plan Henrich. Plusieurs bunkers sont détruits, les armes et équipements intransportables sabotés, puis la garnison se replie vers la forteresse de Cherbourg. Le 20 juin, des éléments de la cavalerie américaine, le 24e escadron de reconnaissance du 4e groupe de cavalerie, atteignent le site. Cette disproportion entre l’ampleur des aménagements et la faiblesse réelle de la puissance de feu invite à s’interroger sur ce que le commandement attendait exactement de cette pointe.




Les concepteurs avaient implanté la batterie derrière le cordon dunaire. L’érosion marine, très active à cet endroit, a depuis fait reculer le trait de côte, et la plupart des ouvrages gisent aujourd’hui sur la plage, fissurés, basculés ou sapés par les vagues. Certains laissent même passer l’eau sous leurs masses de béton. Ces ruines sont devenues un support d’expression artistique. L’association « Mémoire en couleurs », née à l’initiative du peintre et scénographe allemand Eberhard Matthies, a couvert les « dinosaures gris » de couleurs, comme symbole de réconciliation européenne. L’inauguration eut lieu le 28 juin 2013, et les bâches colorées restèrent en place jusqu’à l’automne. Les graffitis y sont aujourd’hui nombreux. La pointe est aussi un espace naturel remarquable, inscrit à l’inventaire du patrimoine naturel et intégré au réseau Natura 2000. Le sentier côtier du GR223 la longe.
Quelques photos :






























































Pour s’y rendre :
Depuis Neuville-sur-Mer, prendre la rue du Caqueret, rue de la Houguette puis rue des Hommets. Enfin, tourner à gauche dans Impasse des Esquets.
A proximité :
- Fontaine Saint-Benoit à Vicq-sur-Mer
- Village pittoresque de Barfleur
- Chapelle des marins à Gatteville-le-Phare
Sur la carte :



