Le château de Joux – La Cluse-et-Mijoux (25)

Le Château de Joux : Forteresse d’Histoire et d’Évolutions Architecturales

Niché sur la montagne divisée entre La Rochette au nord, La Pelouse au centre, et le Gérot au sud, le Château de Joux se dresse en tant que témoin silencieux d’une histoire riche et mouvementée, traversant les époques du Moyen Âge au XIXe siècle.

Au cœur de cette forteresse, le donjon médiéval, érigé en 1039 avec ses premières pierres venues des carrières de Chaffois, constitue le vestige le plus ancien. La première enceinte, la tour du fer à cheval, le magasin à poudre et l’entrée de la troisième enceinte avec son pont-levis marquent les différentes phases de son expansion au fil des siècles. Vauban, le célèbre ingénieur militaire du XVIIe siècle, a laissé son empreinte en repensant les glacis, le chemin couvert, et les troisième et quatrième enceintes avec une approche bastionnée.

Le château, accompagné de la batterie de la Rochette datant du XIXe siècle, a obtenu son statut de monument historique en 1996. La montagne, avec ses trois zones distinctes, offre un cadre pittoresque à cette forteresse qui a évolué au gré des nécessités stratégiques.

XIXe siècle : Entre Guerres et Modernisations

En 1815, les Autrichiens infligent des dégâts importants au château lorsqu’ils tirent depuis le fort de la Cluse. Les réparations débutent en 1827, avec la reconstitution de la cinquième enceinte, la réparation de la seconde enceinte, et la construction de la tour du Diable en style néogothique en 1843. La guerre de 1870 incite Joffre à intégrer le château dans le Système Séré de Rivières.

Le jeune capitaine Joffre entreprend, entre 1879 et 1881, des travaux significatifs, construisant la batterie de la Rochette, l’escalier à vis, la galerie menant au grand puits, et des casernements dans le fossé de la cinquième enceinte. Malheureusement, les casemates Mougins deviennent obsolètes avec l’invention de l’obus-torpille en 1889.

XXe siècle : Témoin des Guerres et de la Ligne Maginot

Entre les deux guerres mondiales, le château de Joux est intégré à la ligne Maginot, recevant des ajustements mineurs avec l’ajout de l’électricité. Durant la Seconde Guerre mondiale, les Allemands occupent le château, dérobant tout le métal pour la fonte d’armes.

Du XIe au XVe siècle : Fondations et Évolutions Médiévales

Aux prémices, le château probablement constitué d’un guet de bois appelé “Iors” par les Séquanes, fut érigé à l’emplacement de la Rochette. En 1039, les premières pierres du donjon et de la première enceinte furent posées, marquant le début de l’aventure architecturale du château. Le XIIIe siècle vit l’ajout de fortifications, de tours rondes sur le plateau de la Rochette, et l’introduction de la tour Mirabeau et de la tour Grammont.

Entre 1393 et 1405, les Pontissaliens, avec le soutien de Jean sans Peur, duc de Bourgogne, ajoutèrent la tour du fer à cheval, la troisième enceinte, et le fossé. Des péripéties judiciaires émaillèrent la période, culminant en 1492 avec la victoire de Marguerite d’Autriche contre les héritiers des anciens propriétaires, les Hochberg.

XVIIe et XVIIIe siècles : Vauban et la Transformation Stratégique

Lorsque Louis XIV conquiert la Franche-Comté au XVIIe siècle, Vauban intervient pour préserver le château de Joux, bien que son avis initial fût de le raser. Entre 1678 et 1690, il détruit les parties médiévales sud, construisant la quatrième enceinte avec ses deux ouvrages à corne, la cinquième enceinte, et créant le glacis au sud du fort. La porte d’honneur, ornée des trophées d’armes, témoigne de cette période.

Vauban apporte des modifications substantielles jusqu’en 1693, incluant la construction de la seconde enceinte, la cour d’honneur, et les casernements adjacents. Il fait creuser un puits de 147 mètres de profondeur. Sous Louis XV, des travaux supplémentaires sont effectués, transformant le fort en prison d’État à la fin de son règne.

L’un des plus célèbre prisonnier : Toussaint Louverture, né François-Dominique Toussaint le 20 mai 1743 à Bréda (actuelle Hinche) à Saint-Domingue (aujourd’hui Haïti), était un leader révolutionnaire et le principal commandant militaire de la Révolution haïtienne qui aboutit à l’indépendance d’Haïti en 1804. Son lien avec le Château de Joux est lié à sa détention dans cette forteresse emblématique.

En 1802, Toussaint Louverture, qui s’était rallié à la République française et avait été nommé gouverneur général de l’île par Napoléon Bonaparte, fut trahi par les autorités françaises. En février 1802, il fut invité à se rendre au Château de Joux sous le prétexte d’une négociation. Cependant, à son arrivée, il fut arrêté et emprisonné.

Toussaint Louverture passa plusieurs mois dans les geôles du Château de Joux, emprisonné dans des conditions difficiles. Son incarcération était le résultat des manœuvres politiques de Napoléon Bonaparte, qui avait renoncé à l’abolition de l’esclavage et cherchait à rétablir le contrôle français sur Saint-Domingue. Toussaint Louverture, symbole de la lutte pour la liberté et l’émancipation, était perçu comme une menace pour les intérêts esclavagistes.

Malheureusement, Toussaint Louverture ne survécut pas longtemps à sa détention au Château de Joux. Il mourut dans des circonstances troubles le 7 avril 1803, suscitant des spéculations sur les causes exactes de sa mort. Certains suggèrent qu’il aurait été empoisonné, tandis que d’autres évoquent des conditions de détention inhumaines qui auraient affaibli sa santé.

Le Château de Joux, en plus de son rôle dans les conflits et les guerres européennes, a ainsi été le témoin de l’emprisonnement tragique d’une figure emblématique de la lutte pour la liberté et contre l’esclavage dans les Caraïbes, ajoutant une page sombre à son histoire déjà riche en événements marquants.

Les Dames d’Entreporte : Séduction et Tournoi Fantastique

Une légende énigmatique plane sur le Château de Joux, celle des “Dames d’Entreporte”. Un sire de Joux avait trois filles, Loïse, Berthe et Hermance, dont la beauté rivalisait avec leur coquetterie légendaire. Elles s’engageaient dans des amours éphémères, séduisant puis délaissant leurs prétendants.

Trois jeunes seigneurs décidèrent de défier l’impétuosité des dames d’Entreporte. Avec la bénédiction de leur père, ils gagnèrent le château, rêvant de conquérir les cœurs inaccessibles. Cependant, le père, lassé de l’attente, organisa un tournoi promettant la main de ses filles aux vainqueurs.

Bras-de-Fer, Raymond le Bossu et Hugues-au-Pied-Fourchu remportèrent le tournoi, mais la surprise des noces dévoila une supercherie. Les dames d’Entreporte s’étaient fait remplacer par des servantes voilées, révélant leur tromperie.

La poursuite s’engagea, et lorsqu’ils tentèrent d’étreindre leurs épouses, les seigneurs ne trouvèrent que des statues de pierre, aujourd’hui connues sous le nom des “Dames d’Entreporte”. Ces sculptures silencieuses perpétuent la légende de la séduction capricieuse et de la vengeance sculptée dans la pierre.

Lien vers l’article dédié à cette légende


Berthe de Joux : Tragédie et Légende en Terre Sainte

Au XIIe siècle, l’histoire du Château de Joux est marquée par une tragédie empreinte de passion et de trahison, celle de Berthe de Joux. Mariée à Amauri III de Joux, Berthe attendait patiemment le retour de son époux parti en Terre Sainte en 1179. Le destin, toutefois, avait d’autres desseins.

Un soir, un chevalier blessé, Amey de Montfaucon, émerge des ténèbres pour annoncer des nouvelles troublantes. Berthe, dans l’attente de son mari disparu, trouve un réconfort temporaire dans les bras de cet ami d’enfance. À son retour inattendu, Amauri découvre l’infidélité, déchaînant une fureur aveugle. Amey subit la colère du seigneur de Joux, transpercé de trois coups d’épée et exposé sur les rochers de la “Fauconnière”.

Berthe, condamnée à une vie d’agonie, est emprisonnée dans un cachot minuscule, incapable de se tenir debout, confrontée à une meurtrière révélant le festin macabre des corbeaux se nourrissant du corps de son amant. À la mort d’Amauri, leur fils Henri, empreint de pitié, envoie sa mère repentie à l’abbaye de Montbenoît. Cependant, même après huit siècles, des murmures persistants s’élèvent près du retranchement du Chauffaud, rappelant aux vassaux de prier pour l’âme tourmentée de Berthe de Joux.

Cette histoire captivante, entre réalité historique et légende envoûtante, a même inspiré la romancière cubaine Gertrudis Gómez de Avellaneda, qui a écrit le roman “La baronesa de Joux” à La Havane en 1844.

Ces récits, entre histoires vraies et contes imaginaires, contribuent à tisser la trame mystique du Château de Joux, où chaque pierre raconte une histoire, et où l’écho du passé persiste à travers des légendes captivantes.


La chronologie du site :

  • Antiquité :
    • Des traces suggèrent l’existence d’un guet en bois appelé “Iors” par les Séquanes et “Miroaltum” par les Romains sur le site de La Rochette.
  • 1039 :
    • Construction du donjon et d’une première enceinte en pierre, utilisant des matériaux provenant des carrières de Chaffoy.
  • XIIIe siècle :
    • Ajout de fortifications avec des tours rondes sur le plateau de la Rochette.
    • Construction de la première enceinte avec la tour Mirabeau et la tour Grammont.
  • 1393-1405 :
    • Construction de la tour du fer à cheval, de la troisième enceinte, et du fossé par les Pontissaliens avec le soutien financier de Jean sans Peur, duc et comte de Bourgogne.
  • 1454 :
    • Philippe III de Bourgogne achète le château, déclenchant des conflits avec les héritiers des anciens propriétaires.
  • XVIIe siècle :
    • Sous Louis XIV, Vauban réalise des plans-reliefs et détruit les parties médiévales Sud en 1678-1690.
    • Construction de la quatrième et cinquième enceinte, de la porte d’honneur, et du glacis.
  • 1690-1693 :
    • Vauban construit la seconde enceinte, la cour d’honneur, et les casernements.
    • Creusement d’un grand puits de 147 m de profondeur.
  • 1717-1724 :
    • Travaux d’artillerie dans la quatrième et cinquième enceinte.
    • Transformation du château en prison d’État à la fin du règne de Louis XV.
  • 1761 :
    • Réactualisation du plan-relief.
  • 1815 :
    • Le château subit des dégâts pendant les tirs autrichiens.
  • 1827 :
    • Début des réparations après une période de disette.
  • 1843 :
    • Construction de la tour du Diable dans un style néogothique.
  • 1870 :
    • Le château est intégré au Système Séré de Rivières après la guerre franco-allemande.
  • 1879-1881 :
    • Joseph Joffre reprend les fortifications, construit la batterie de la Rochette et réalise d’autres ajouts.
  • 20e siècle :
    • Intégration du château à la ligne Maginot entre les deux guerres.
    • Occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale.
    • Après la guerre, restauration et réouverture au public, devenant un site touristique majeur.

Réouverture au public :

Après la Seconde Guerre mondiale, le Château de Joux a été restauré, et une grande partie a été ouverte au public. Il est devenu un site touristique majeur, permettant aux visiteurs de découvrir son histoire riche et complexe.

Bonne visite !

Route du château 25300 La-Cluse-et-Mijoux

Site internet : https://chateaudejoux.com

Statistiques :

  • 1 645 962
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  • 736
  • 614
  • 14 juin 2024

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3 Comments

  1. Nicolas
    12 novembre 2023
    Reply

    Un très bel article qui nous rappelle le destin tragique d’un grand personnage de la lutte contre l’esclavage. La légende des demoiselles ainsi que l’histoire de Berthe de Joux sont très bien raconté. C’est un site à visiter absolument, même s’il y a quelques marches à monter.

  2. CindyChampa
    14 novembre 2023
    Reply

    Un incontournable en Franche Comté !

  3. Pauline
    30 novembre 2023
    Reply

    Article clair, net et précis 👍

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