

Situé à la sortie du village d’Hégenheim, entre le ruisseau Lertzbach et la route menant à Hagenthal, ce cimetière existe depuis près de 350 ans. Véritable chronique muette, il retrace l’histoire des communautés juives du Sundgau et de la Suisse voisine, depuis leur installation jusqu’à leur émigration, tout en conservant un secret discret, parfois mystérieux.
En 1673, le seigneur Hannibal (Achille) de Baerenfels vend un premier terrain, le 9 janvier, pour fondation d’un cimetière juif, marquant le début d’un usage communautaire formalisé. Plusieurs actes d’achat surviennent entre 1692 et 1807, conduisant à l’extension progressive jusqu’à atteindre environ 2 hectares, répartissant près de 10 000 stèles aujourd’hui, selon les relevés des registres locaux
Les Juifs du Sundgau, originaires de Suisse ou d’Europe de l’Est, migrent massivement après les persécutions du XIVᵉ siècle (pestilence, accusations d’empoisonnement, expulsions de France), et s’installent en zone rurale, jugée plus tolérante.
- Première trace juive à Bâle dès 1290, à Colmar dès 1392
- Hégenheim devient un foyer important : environ 409 personnes en 1784, 845 en 1838, mais chute à 100 en 1905


Symbolique et inscriptions
Ornements : mains de Kohanim, aiguières des Lévi, shofar, palme, étoile de David, triangle “Delta lumineux ». Textes en hébreu, puis hébreu-français ou hébreu-allemand à la fin du XIXᵉ. Acrostiche : certains épitaphes commencent par un acrostiche formant le prénom du défunt.
Conformément à la tradition, un défunt est enterré dans un cercueil simple, lavé et vêtu de blanc par la Hevra Kadisha, avec un usage intensif d’eau (d’où la proximité du ruisseau). La stèle est posée un an après le décès. Aucun objet précieux n’est autorisé dans la sépulture ; le respect des rites impose une absence de sur-enterrements, entraînant une extension régulière du site.
Le cimetière a traversé deux événements majeurs :
- La Seconde Guerre mondiale, où certaines tombes furent profanées ou déplacées.
- La période contemporaine, marquée par plusieurs campagnes de consolidation.
Dans les années 1950–1960, la communauté israélite rassembla des fonds pour conserver la mémoire des victimes de la guerre, en érigent des stèles commémoratives portant des listes de noms. De plus, des allées furent repavées et un mur de clôture rehaussé, conformément aux normes de conservation.
Le cimetière israélite d’Hégenheim demeure une source technique et archéologique remarquable, offrant une vision complète de la tradition funéraire juive, de son évolution et de ses adaptations. Bien que non classé monument historique, il figure à l’inventaire général du patrimoine culturel régional. Son entretien, ses projets de valorisation et la sauvegarde de ses stèles en font un pilier de la mémoire collective, vivant, riche d’enseignement et encore partiellement enveloppé de secret.
Quelques photos :








Pour s’y rendre :
93 Rue de Hagenthal, 68220 Hégenheim
A proximité :
- Chapelle des Trois Vierges à Wentzwiller
- Chêne Napoléon à Hégenheim
- Château du Landskron à Leymen
Sur la carte :




Cet article est très intéressant. Il permet de mieux comprendre cette religion.