Crypte de Luppach – Bouxwiller (68)

Dans le sud du Haut-Rhin, à quelques kilomètres de la frontière suisse, se niche un site peu connu mais d’un intérêt patrimonial majeur : Luppach. Ce hameau, aujourd’hui isolé dans une vallée secondaire du Sundgau, entre Bouxwiller et Ferrette, a longtemps été un lieu stratégique, à la fois spirituel et topographique. Il occupe un versant boisé et escarpé, légèrement en contrebas d’une ancienne route médiévale reliant l’Alsace au Jura suisse. Le ruisseau du Luppachbach serpente à ses pieds, contribuant à l’isolement naturel du site et à sa discrétion historique.

Le terrain, entouré de pâturages en terrasse et de forêts profondes, fut dès le Moyen Âge perçu comme propice à la méditation et à la retraite religieuse. Cette situation géographique, à la fois reculée et proche des voies de communication, explique l’implantation d’un couvent et d’une crypte, à l’abri des troubles du monde, mais non sans importance politique et religieuse dans les siècles qui suivirent.

L’ancien couvent de Luppach : origine, essor et disparition

L’émergence du couvent de Luppach s’inscrit dans un contexte de reconstruction religieuse. Après la destruction de l’église paroissiale en 1445 par les troupes bâloises, les seigneurs Werner et Jean-Bernard de Flaxlanden, vassaux des Habsbourg, décident de refonder un sanctuaire. Ils le confient à l’ordre des Franciscains, qui en 1463, installent une première communauté.
En 1487, le chantier d’une église conventuelle débute. Sa consécration intervient deux ans plus tard, en 1489, et le clocher est terminé en 1490. La crypte, probablement édifiée en parallèle ou peu avant, constitue la partie la plus ancienne encore visible.

En 1496, l’évêque de Bâle Christophe d’Uttenheim pose la première pierre des bâtiments conventuels, qui sont achevés en 1511. Ce couvent prospère jusqu’au milieu du XVIe siècle, mais est abandonné en 1548 à la suite des bouleversements liés à la Réforme. Le site reste inoccupé durant plus d’un demi-siècle.

En 1602, les Récollets de Rouffach (branche stricte des Franciscains) reprennent possession du site. Une nouvelle phase de dynamisme s’enclenche : jusqu’à 43 moines y résident simultanément. L’église est reconstruite dès 1652, avec une nouvelle consécration en 1706. Durant tout le XVIIe siècle, le couvent connaît une activité spirituelle, éducative et sociale intense, servant de point de rayonnement religieux dans le Sundgau.

La Révolution marque la fin de cette période. En 1793, le couvent est confisqué par l’État, puis vendu. Les bâtiments deviennent un hôpital militaire, puis un restaurant. En 1834, l’église conventuelle est entièrement détruite, seul subsiste le volume enterré de la crypte. Le site connaîtra ensuite plusieurs usages civils — caserne de douanes en 1848, centre de convalescence en 1901 — mais ne retrouvera jamais sa vocation religieuse.

Redécouverte d’un trésor enfoui

Longtemps laissée à l’abandon ou utilisée comme cave, la crypte ressurgit dans les préoccupations patrimoniales au XXe siècle. Rachetée en 1898 par la caisse des malades de Mulhouse, elle est restaurée dès 1905, avec construction de contreforts et étanchéité renforcée. En 1981, elle est inscrite à l’inventaire des Monuments Historiques, ce qui permet à partir de 1999 d’entreprendre plusieurs campagnes de restauration sous la houlette de l’association CHAM (Chantiers d’Histoire et d’Architecture Médiévales).


Description architecturale de la crypte

La crypte de Luppach se compose d’une salle rectangulaire de 10,80 m de long sur 5,65 m de large, divisée en trois travées.

  • La première travée, à l’entrée, est couverte d’une voûte en berceau.
  • Les deux suivantes sont couvertes de voûtes d’arêtes, réalisées en maçonnerie de pierre sèche, une technique rare, sans mortier visible.
  • La hauteur des clefs de voûte atteint 4,40 m, conférant à l’espace une grande élévation intérieure malgré l’enfouissement.

Un couloir voûté de 8,20 m prolonge l’édifice jusqu’à un escalier qui rejoignait autrefois le chœur de l’église. La façade, parfaitement orientée, mesure 10 m de large et 4,50 m de haut, avec un portail maçonné en plein cintre de 1,65 m de large sur 3,15 m de haut. Cette entrée, aujourd’hui fermée par une grille, témoigne de la volonté initiale de rendre la crypte accessible mais discrète.


Les enfeus : 46 niches funéraires encore visibles

La crypte renferme 46 enfeus, ou niches funéraires creusées dans les murs, destinées aux moines ou bienfaiteurs du couvent. Leur répartition suit un ordre régulier :

  • Dans la première travée : 3 niches superposées de chaque côté, relativement grandes (2,50 m de profondeur, 1,20 m de large, 0,90 m de haut).
  • Dans les suivantes : 6 niches par côté sur deux niveaux, de dimensions légèrement inférieures (2,62 m de profondeur, 0,80 m de large).

Certaines niches conservent encore des traces de calage de planches, ce qui suggère qu’elles étaient à l’origine fermées par des éléments de bois ou de pierre. Aucune inscription ni trace de nom n’a été conservée, ce qui alimente les zones d’ombre sur l’identité des défunts inhumés ici. En 1850, tous les ossements ont été transférés au cimetière de Bouxwiller, mais aucun inventaire funéraire complet n’existe à ce jour.

Bonne découverte !

Depuis Bouxwiller, prendre la D473 en direction de Ferrette, tourner à droite en direction du centre médicalisé de Luppach. Un grand parking se trouve facilement sur la droite. Prendre l’escalier au bout du parking et continuer sur la route qui monte au centre. A mi-chemin, sur la droite, vous verrez la crypte.

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