

L’Aula carolingienne de Doué-en-Anjou constitue un témoignage unique de l’architecture princière du IXᵉ–Xᵉ siècle. Découverte fortuitement lors de l’arasement d’une motte de terre en 1967, cette salle d’apparat en pierre révèle des évolutions drastiques de résidence comtale à vestige défensif et offre aux historiens un objet d’étude précieux et rare.
Au cours des années 790–814, Doué est attesté comme l’un des palais royaux d’Aquitaine, fréquenté notamment par Louis le Pieux. Cependant, aucun vestige de cette résidence palatiale des premiers Carolingiens n’a survécu. C’est uniquement vers 900 qu’une structure sur mesurage est édifiée : une aula rectangulaire, élevée pour servir probablement le comte Robert, frère du roi Eudes (déjà comte d’Anjou avant sa montée éphémère sur le trône), devenant ainsi une résidence d’apparat. Cette construction, remarquable pour la période, s’inscrit dans les rares vestiges architecturaux de l’époque.




Les dimensions sont imposantes : 23 m de longueur sur 17 m de largeur, avec une hauteur conservée d’environ 5 m. Les murs, d’une épaisseur de 1,72 à 1,80 m, sont bâtis en moellons irréguliers, conférant une robustesse inhabituelle pour ce type de bâtiment. À l’intérieur, un mur de refend divise l’espace en deux pièces asymétriques. À l’est, la pièce dallée, dotée d’un foyer ou cheminée, servait de salle d’apparat (l’aula). À l’ouest, une pièce plus modeste, au sol en terre battue, assurait de façon fonctionnelle les fonctions de cuisine. Un tel plan, réunissant confort (cheminée) et réception, illustre une architecture seigneuriale avancée.
Deux portes desservaient l’édifice : une porte principale à l’ouest, haute d’environ 3 m, et une porte plus petite au sud. Des alvéoles dans les murs semblables à des trous de boulin témoignent de la présence de poutres amovibles, peut-être pour barricader l’entrée ou soutenir une structure intermédiaire.
Aux alentours des années 930–950, un incendie ravage l’édifice. Les circonstances restent incertaines, mais un conflit entre Anjou et Blois est souvent évoqué. Après cet événement, le bâtiment subit une surélévation des murs. Les portes d’origine sont murées, et un nouvel accès est percé à près de 5 m au-dessus du sol, assurant un contrôle défensif plus efficace. Le rez-de-chaussée devient une cave aveugle, semblant marquer le passage progressif de l’aula palatiale à un bâtiment fortifié l’un des premiers donjons de pierre recensés en France. Dans le courant du XIᵉ siècle, un remblai de terre vient recouvrir la base du donjon, émottant ainsi l’aula pour en constituer une motte castrale. Sur ce tertre, une structure en bois est érigée, probablement une tour ou un réduit. Parallèlement, un fossé d’environ 15 m de largeur et 5 m de profondeur entoure la motte, renforçant le dispositif défensif. On obtient ainsi un assemblage hybride : un donjon de pierre partiellement enterré, adossé à une structure en élévation sur terre-plein.
Sous l’aula, une carrière souterraine à sarcophages, antérieure à l’édifice, est utilisée pour l’extraction de pierres. Lors de son évolution en zone défensive, un puits contemporain est aménagé, et un couloir ou escalier relie le sous-sol au rez-de-chaussée. Cette connexion transforme la carrière en cellier ou dépendance souterraine, offrant des réserves sécurisées ou une voie de sortie secrète éventuelle.
Les fouilles menées dès 1967 par l’archéologue Michel de Bouard (Université de Caen) sont parmi les premières d’envergure consacrées à un site castral carolingien. Elles ont été capitales pour la discipline de l’archéologie médiévale, soulignant à quel point Doué constitue un cas d’étude crucial.
Classé au titre des monuments historiques depuis le 19 décembre 1973, le site est protégé. Toutefois, en raison de sa fragilité, il n’est accessible que très exceptionnellement.
Bonne découverte !
Quelques photos :













Pour s’y rendre :
Adresse : 4 Impasse de la motte
49700 Doué-en-Anjou
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Sur la carte :



