


Au cœur des prairies du Maine-et-Loire, la ruine imposante de l’ancienne église de Varenne se dresse, ultime témoignage d’une paroisse XIIIᵉ siècle détruite au XVIᵉ . Son pignon occidental, rehaussé d’un portail gothique et doté d’un campanile désormais silencieux, illustre avec rigueur une mémoire cassée. Cette étude technique vise à restituer l’histoire, l’architecture, le devenir liturgique et patrimonial de cette église inachevée, tout en soulignant les dynamiques topographiques et cultuelles voisines.
La paroisse de Varenne, connue comme « Parochia de Varenis » dès 1313, relevait du réseau paroissial rural du XIIIᵉ siècle. Lors des Guerres de Religion (1567), le village, l’église et le cimetière furent anéantis par les troupes huguenotes. Le site est resté à l’état de vestige, son cadre champêtre converti en silence archéologique.
Ne subsiste que la partie centrale du pignon occidental :
- Portail ogival inscrit dans quatre voussures sculptées ; pignon triangulaire couronné d’un quadrilobe ; rampants décorés de choux frisés (XIVᵉ).
- Clocher-mur (campanile) à double bretèche, aujourd’hui vide de ses cloches.
- Matériaux : fondations en grison (falun) et schiste, mortier chaux-gravillon d’excellente qualité ; ces choix techniques expliquent la survie de la structure.



Au milieu du XVIᵉ siècle, dans le tumulte des Guerres de Religion, la petite paroisse de Varennes comptait environ trois cents habitants. Son existence prit brutalement fin vers 1567, lorsque des troupes protestantes traversèrent la région et réduisirent en cendres non seulement l’église paroissiale mais aussi l’ensemble du village et son cimetière. Depuis cette date, aucun habitat n’a été réédifié sur le site. Les terres sont demeurées des prairies, au sein desquelles subsistent uniquement les vestiges d’une façade d’église isolée.
L’origine de la paroisse est attestée dès le XIIIᵉ siècle, mentionnée en 1313 sous la forme latine Parochia de Varenis. L’église, placée sous le double vocable de Sainte-Madeleine et de Saint-Jean, fut desservie par plusieurs prêtres dont les noms apparaissent dans les registres diocésains : Jean Bohic (1463-1465), Pierre Bouchier (1498), Jacques Lemesle, secrétaire de l’évêque (1518-1519), Jean Rouault (1521), et enfin Jean Esnault (1558).
Après l’anéantissement du bourg, la population aurait trouvé refuge dans les carrières de falun du hameau de Rochemenier, qui furent aménagées en habitations troglodytiques et même en espace cultuel. Le service religieux fut transféré à la chapelle Sainte-Émérance, autrefois dépendance de la paroisse de Varennes. Ce déplacement marqua la fin définitive de l’occupation du site originel.
L’importance historique et la valeur patrimoniale des ruines conduisirent à leur inscription à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques le 29 août 1977. Dans le voisinage immédiat se dresse le château du Pont-de-Varenne, construction du XVe siècle flanquée d’une chapelle du XVIe et de douves, auquel la tradition locale rattache certains éléments décoratifs supposément issus de l’ancienne église. La mémoire populaire a aussi conservé la coutume singulière du “Saut des mariés”, rite imposant aux jeunes époux de franchir d’un bond le ruisseau local, sous peine d’amende s’ils échouaient.
Environnée par les carrières de falun, la communauté survivante de Varenne s’installe à Rochemenier. La chapelle seigneuriale dédiée à Sainte-Émérance, attestée dès le XIVᵉ s., devient la nouvelle église paroissiale à la fin du XVIᵉ , adoptant également les vocables de Madeleine et Jean.
Le site troglodytique prend donc une fonction cultuelle temporaire : une chapelle souterraine, non consacrée, où l’on célèbre la messe dans un espace en croix, avec arcs gothiques et niches pour statues.
Issue d’une ancienne carrière extrayant le falun au XIIIᵉ, cette cavité devient espace liturgique dans un contexte de guerre. On y repère des vestiges visibles : arcs taillés, croix gravée, niches, sol cruciforme et système d’échafaudage et puits d’extraction. Elle est aujourd’hui intégrée au musée troglodytique de Rochemenier, ouvert depuis 1967.
Les ruines de l’église de Varennes ne conservent aujourd’hui qu’une portion de la façade occidentale, qui constitue un exemple rare d’architecture gothique rurale encore debout malgré les destructions du XVIe siècle et les siècles d’abandon. Le pignon central, encadré par deux contreforts superposés sur trois niveaux, domine le paysage. Sa partie sommitale, tronquée, intègre un clocher-mur à double arcade, aujourd’hui vide de toute cloche.
L’élément le plus remarquable demeure le portail principal, conçu comme une baie tréflée encadrée de quatre voussures ogivales. Au-dessus, un gâble triangulaire orné de motifs de choux frisés et percé d’un quadrilobe atteste d’un décor typique du XIVe siècle angevin. La stabilité fragile de cette façade a nécessité, à l’époque contemporaine, la mise en place de contreforts de renfort au revers du mur.
Les analyses de bâti indiquent que les fondations reposent sur de massifs blocs de grison (falun extrait du secteur de Doué-la-Fontaine) associés à du schiste régional, le tout lié par un mortier de chaux et gravier d’excellente facture. C’est probablement la qualité de cet assemblage qui explique la résistance de l’édifice à l’épreuve du temps.
Longtemps laissée à l’abandon sur une parcelle privée, la ruine se dégrada progressivement jusqu’à son acquisition par la commune en 2009. D’importants travaux de stabilisation et de consolidation, menés avec l’appui du Conseil général et de la Fondation du Patrimoine, ont depuis sécurisé l’ensemble et permis sa mise en valeur.
Quelques photos :














Pour s’y rendre :
Depuis Louresse-Rochemenier, se rendre au lieu-dit de « Varanne ».
Adresse : 1 les Varennes
49700 Louresse-Rochemenier
A proximité :
- Village troglodytique de Louresse-Rochemenier
- Hameau troglodytique de la Fosse à Dénezé-sous-Doué
- La cave aux sculptures à Dénezé-sous-Doué
Sur la carte :



