


Dans le paysage du patrimoine antique de l’Ouest de la France, l’édifice de spectacle de Gennes occupe une place singulière. Ni classicisme complet, ni amphithéâtre au sens strict, ce monument hybride souvent qualifié de théâtre-amphithéâtre se déploie dans le vallon d’Avort, adossé à la colline de Mazerolles, et témoigne de l’ampleur d’une agglomération gallo-romaine d’importance régionale. Ce site, redécouvert à l’époque moderne, fouillé puis consolidé, offre aujourd’hui aux visiteurs et aux chercheurs un panorama complexe de l’architecture romaine en Gaule, mêlé à un réseau hydraulique sophistiqué.
1. Contexte de l’agglomération antique de Gennes
L’emplacement de Gennes sur la rive droite de la Loire, à mi-distance entre Angers et Saumur, place cette localité sur un nœud de voies anciennes — notamment l’axe reliant Tours (Caesarodunum) à Angers — ce qui favorise l’émergence d’une agglomération secondaire gallo-romaine (vicus). Des fouilles et prospections sur le site ont mis en lumière des restes d’habitats, des thermes, des canalisations, ainsi qu’un aqueduc et un nymphée associés. Le site présente des traces d’occupation antérieure à l’époque romaine : notamment une couche du Bronze final contenant près de 3 000 tessons de poterie, attestant une longévité de l’occupation du territoire. Ainsi, l’édifice de spectacle que nous étudions s’insère dans un paysage urbain ancien, combinant des fonctions civiques, hydraulique, cultuelles et domestiques.




2. Découverte, fouilles et mise en valeur
Le site de Gennes fut pour la première fois signalé à la Société française d’archéologie dès 1837.
Les premières campagnes systématiques de fouilles se déroulèrent entre 1862 et 1901, centrées sur le dégagement du podium, des murs de l’arène et des couloirs périphériques.
En 1931, G. Dufour publia un plan sommaire du monument : ce plan, bien que rudimentaire, constitue un jalon dans la tentative de restitution du site.
Dans les années 1980, la commune acquit le terrain, entreprit le déboisement, la stabilisation des murs, et une étude préalable à sa mise en valeur.
Aujourd’hui, le site est ouvert au public, avec un sentier d’interprétation comportant huit panneaux didactiques qui guident les visiteurs à travers les vestiges.

3. Architecture & topographie du monument
3.1 Structure générale et plan
L’édifice adopte une configuration mixte : il allie des caractéristiques d’un théâtre (espace semi-circulaire) à celles d’un amphithéâtre (forme elliptique partielle). Cette modalité « hybride » est attestée dans quelques sites gaulois et permet de diversifier les usages.
La cavea (zone des gradins) couvre environ 104° sur le flanc du coteau de Mazerolles. Cette inclinaison s’appuie sur la pente naturelle, ce qui allège les coûts de construction en structure maçonnée.
Le mur de soutènement côté nord-est mesure ~ 47 m de longueur et présente une élévation variant entre 1,50 m et 4,50 m selon les sections. Le côté symétrique n’a pas été localisé.
Le podium, large de 7 m, forme la zone basse en avant de l’arène, en continuité des gradins. Le pourtour de l’arène est bordé d’un couloir périphérique (largeur ~ 1,30 m) qui dessert trois salles trapézoïdales (~ 20 m² chacune).
Cinq seuils monolithes relient ce couloir à l’arène, offrant des points d’accès pour les acteurs, gladiateurs ou animaux.
Dans la salle ouest, des traces d’encastrement de poutres, à ~ 2,06 m de hauteur, laissent penser à un plancher ou une superstructure.
Sous le couloir périphérique, un canal carrelé (~ 0,50 m de profondeur) recueillait l’eau de l’arène via des rigoles traversant le mur de l’arène, espacées d’environ 1,50 m. Ce dispositif faisait partie du système hydraulique du monument.
3.2 Dimensions de l’arène & capacités
L’arène elle-même est mentionnée dans certaines publications touristiques comme mesurant 53 m × 40 m (ellipse) ; cette valeur est souvent reprise dans les guides contemporains.
Le mur de l’arène originel était haut d’environ 3,50 m selon les descriptions locales.
On estime généralement que l’édifice pouvait accueillir environ 5 000 spectateurs lors de spectacles majeurs.
3.3 Limitations structurelles & état de conservation
L’édifice dans sa hauteur intégrale n’est pas conservé : seule la partie basse (murs, podiua, corridors) subsiste pleinement. Les gradins (terrasses) sont, pour la plupart, submergés par les remblais ou érodés.
La partie nord ne présente pas de maçonnerie restituée : cela suggère qu’il s’agissait d’un amphithéâtre incomplet ou d’une construction partielle, ou bien que les vestiges ont disparu.
De nombreux éléments de restitution (gradins, élévations de murs de façade) demeurent hypothétiques.




4. Système hydraulique, nymphée et thermes
L’un des aspects remarquables du site est sa composante hydraulique savamment intégrée.
L’aqueduc du site, long de l’ordre de 750 à 800 mètres, achemine l’eau depuis la fontaine de Chapeau jusqu’au nymphée et aux thermes, traversant ou passant à proximité de l’édifice de spectacle.
Le nymphée de Gennes, situé au lieu-dit Mardron (dans une propriété privée), constitue le point d’aboutissement du système hydraulique. Il comprend une abside (rayon ~ 3,94 m) et des piliers de ~ 4,75 m de hauteur. Six pilastres dans la cella supportaient des niches pour statues de nymphes, seul un fragment (un bras) a été retrouvé.
Le nymphée est classé Monument Historique depuis 1983 (PA00109126).
Les thermes associés sont situés à proximité de l’église Saint-Vétérin sur le site archéologique. L’eau de l’aqueduc y était dirigée pour alimenter les espaces de bains (caldarium, tepidarium, frigidarium).
Le système hydraulique n’était pas uniquement utilitaire : il servait aussi à la mise en valeur esthétique et cultuelle. Le nymphée étant un sanctuaire de l’eau.
Certaines sources évoquent la possibilité d’une mise en eau de l’arène pour des naumachies (reconstitutions de batailles navales), mais cette assertion reste sujette à caution faute de preuves archéologiques pleinement convaincantes
5. Fonctions et usages
L’édifice accueillait des spectacles diversifiés :
- combats de gladiateurs
- chasses d’animaux
- scènes de chasse
- potentiellement des naumachies (avec mise en eau de l’arène) selon certaines sources.
Le nombre élevé de spectateurs (5 000) suggère une vocation régionale, pas simplement locale. Le monument, intégré à une agglomération de ~ 20 hectares, fonctionnait en synergie avec les thermes, le sanctuaire des eaux, les canalisations et le tissu urbain.
L’édifice, grâce à sa configuration mixte, offre une flexibilité dans les usages : la partie « théâtre » pouvait servir pour des spectacles scéniques (théâtre, poésie, musique) tandis que l’arène elliptique complète permettait des usages plus spectaculaires. Ce type hybride est documenté aussi dans d’autres sites gaulois / gallo-romains (par exemple Areines).
L’usage cimetérial au haut Moyen Âge (inhumations mérovingiennes) montre que l’édifice a été réoccupé dans des usages post-antique.
6. Débats, restitutions et zones d’ombre
6.1 Le type exact de l’édifice
La question de savoir si l’édifice était un amphithéâtre complet, un semi-amphithéâtre ou un théâtre à plan elliptique demeure débattue. La non-conservation du côté nord rend délicate la restitution. Certains le qualifient de semi-amphithéâtre, d’autres insistent sur sa nature mixte.
6.2 Dimensions et capacité
Les dimensions indiquées (53 × 40 m) reposent sur les observations modernes, mais leur correspondance exacte avec l’origine n’est pas assurée. Le nombre de spectateurs (5 000) est une estimation plausible mais reste théorique.
6.3 Mise en eau et naumachies
La notion selon laquelle l’arène pouvait être inondée pour des spectacles nautiques est séduisante sur le plan touristique, mais les preuves archéologiques (canalisations, étanchéité) sont insuffisantes pour l’affirmer avec certitude.
6.4 Restitution des élévations
Les éléments tels que les gradins supérieurs, les escaliers de circulation, les façades extérieures, les entrées monumentales sont largement perdus. Toute restitution repose en partie sur analogie avec d’autres sites et sur des hypothèses.
6.5 Intégration dans le paysage urbain
Les limites précises du vicus, le rapport spatial entre le théâtre, les thermes, les habitations et le sanctuaire des eaux restent partiellement reconstitués. De nombreuses parcelles du site sont en propriété privée (le nymphée notamment), ce qui complique l’étude exhaustive.
7. Statut patrimonial & visitabilité
L’édifice de spectacle gallo-romain de Gennes est classé Monument Historique sous la référence PA00109127.
Le nymphée de Gennes (PA00109126) est également classé Monument Historique depuis 1983.
Le site est accessible au public : des visites guidées sont organisées (notamment en septembre), et un sentier d’interprétation permet d’explorer les vestiges avec panneaux explicatifs.
En saison estivale, l’ouverture du site est plus régulière, mais le site est partiellement accessible aux personnes à mobilité réduite.
Quelques photos :















































Pour s’y rendre :
Adresse :
Avenue de l’amphithéâtre, 49350 Gennes-Val-de-Loire
A proximité :
- Dolmen de la Magdeleine à Gennes-Val-de-Loire
- Nymphée gallo-romaine à Gennes-Val-de-Loire (privé)
- Eglise Saint-Eusèbe à Gennes-Val-de-Loire
Sur la carte :



