

Érigée sur le flanc du village troglodytique de Rochemenier, l’Église Sainte-Madeleine et Saint-Jean incarne une histoire de résilience et de continuité cultuelle. Jadis chapelle seigneuriale dédiée à Sainte Émérance, elle devient église paroissiale à la suite de la destruction de l’église de Varennes, mais conserve des traces sensibles de la vénération de sa sainte fondatrice. Sous ses dalles et ses pierres, s’ouvre une chapelle troglodytique dont les arcs et niches semblent murmurer un passé souterrain.
L’édifice a pour origine une chapelle attestée dès 1313, placée sous le vocable de Sainte Émérance. Le panneau intérieur mentionne explicitement cette date d’attestation.
La dévotion à Sainte Émérance (ou Émérentienne) est ancienne en Anjou : cette sainte, sœur de lait de sainte Agnès selon la tradition, est invoquée pour guérir les maux de ventre. Elle aurait été lapidée en 304 près du tombeau d’Agnès, et iconographiée tenant des pierres dans son tablier.
Lorsque l’église paroissiale de Varennes (dédiée à Sainte Madeleine et Saint Jean) est détruite en 1567 lors des guerres de Religion, la chapelle d’Émérance à Rochemenier est investie du service paroissial. Elle adopte le double vocable Madeleine et Jean, tout en continuant à entretenir le culte local de Sainte Émérance.
L’ordonnance épiscopale de 12 mai 1700 institue un cimetière à Rochemenier pour remplacer celui de Varennes, scellant la transition liturgique. En 1809, la paroisse de Rochemenier est supprimée et rattachée à Louresse, et l’église devient chapelle auxiliaire, même si le culte funéraire continue. En 1825, des travaux de remise en état ou de reconstruction interviennent partiellement.

L’église présente une nef unique, sans transept ce qui correspond au choix modeste attendu dans un cadre rural.
La nef est voûtée en lambris en bois, une charpente rustique datant du XVIᵉ siècle (restaurée ou reprise en 2007).
Elle se termine par une abside ; selon le panneau, l’autel d’abside, ou plus exactement son extension, est daté de 1731 pour la pose de sa première pierre.
La façade ouest remontant au XVe siècle, est flanquée de deux contreforts ; elle est couronnée par un clocher-mur (ou campanile) à double bretèche, percé de deux baies en plein cintre qui accueillaient des cloches.
La couverture est en ardoises, à longs pans avec croupe aux extrémités.
L’appareillage repose sur un mélange de moellons de falun dur (grison), tuffeau, calcaire, pierre de taille et appareillage mixte, avec des zones partiellement enduites.
La façade du XVe siècle a été reprise au XVIIᵉ siècle, de concert avec le reste de l’église.
Le chœur est conçu dans un style plus classique, avec des proportions moins rustiques que la nef.
Le sol de la nef est recouvert de dalles funéraires : des pierres tombales aux inscriptions partiellement lisibles, remontant à différents siècles. Le registre paroissial mentionne plus de 50 inhumations internes.
Le panneau du chœur livre un inventaire de six statues (de gauche à droite) : Vierge à l’Enfant (plâtre), Sainte tenant un livre (polychrome XVIᵉ), Vierge à l’Enfant (polychrome XVIIIᵉ), Christ au Sacré-Cœur (plâtre), Sainte Catherine d’Alexandrie (polychrome XVIᵉ) et Sainte Émérance (plâtre).
Le tabernacle et retable en bois doré sont du XVIIIᵉ siècle (avec un socle peint imitant le marbre noir).
Le panneau mentionne que l’autel d’abside a sa pierre initiale posée en 1731, suggérant une phase d’embellissement ou reconstruction du sanctuaire à cette date.
La cloche de l’église porte l’inscription “AN 1540 JE FUS FONDUE & BAPTISEE LOUANGE A DIEU”, ce qui en fait un élément mobilier précieux et ancien du lieu.
Sous l’édifice de surface se situe une chapelle troglodytique, creusée dans le falun, originellement une carrière d’extraction. Elle était utilisée comme lieu de culte pendant les périodes d’occupation ou de reconstruction de l’église de surface.
La chapelle souterraine n’a jamais été officiellement consacrée, mais a accueilli des offices liturgiques. Elle conserve plusieurs arcs gothiques, des niches pour statues, une croix gravée, et un sol en forme de croix.
Le panneau indique que l’entrée originelle de cette chapelle communiquait avec le presbytère par des galeries souterraines qui allaient jusqu’au cimetière. Aussi, au sommet une ouverture, ancien puits d’extraction, rejoint la surface.
Le pèlerin passant dans le musée troglodytique emprunte désormais une galerie aménagée (ouverture de musée en 1967) pour accéder à cette chapelle enfouie.
Symboliquement, ce sanctuaire souterrain est la “face cachée” de l’édifice visible : il suggère une pratique de la foi dans l’ombre, quand la surface était instable, une prière souterraine, prémisse de l’élévation future.
Quelques photos :












Pour s’y rendre :
Rue du Musée
Rochemenier
49700 Louresse-Rochemenier
A proximité :
- Village troglodyte de Rochemenier
- Eglise ruinée de Sainte-Madeleine à Rochemenier
- Hameau troglodyte de la Fosse à Dénezé-sous-Doué
Sur la carte :



