Les Perrons aux Souffleux – Toutry (21)

Au cœur de la Côte-d’Or, sur les hauteurs de Toutry, se dressent trois blocs massifs de granit aux reflets rosés. Ces pierres monumentales, connues sous le nom de Perrons aux Souffleux, intriguent les scientifiques depuis plus d’un siècle et demi. À la croisée de la géologie et de l’archéologie, elles constituent un témoignage des bouleversements naturels et humains qui ont marqué le territoire de l’Auxois.

Dès 1867, Jean-Jacques Collenot, président de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de Semur-en-Auxois, attire l’attention sur ces blocs isolés reposant sur un sol argilo-calcaire beaucoup plus jeune que leur propre matière. Conscient de leur intérêt, il achète en 1879 la parcelle où ils se trouvent afin d’en assurer la préservation. À cette époque, six blocs sont recensés, alignés selon un axe nord–nord-ouest. Collenot note que quatre se tiennent groupés au sud, tandis que deux autres se trouvent un peu plus au nord. Il mentionne aussi qu’une septième pierre, brisée et enlevée avant sa visite, aurait disparu vers 1848. Les pierres aujourd’hui visibles ne représentent donc qu’une partie d’un ensemble plus vaste.

En 1959, l’abbé Joly relance l’étude du site, à la fois sous l’angle géologique et archéologique. Il observe le parallélisme frappant des blocs principaux et mène des sondages aux alentours. Ceux-ci révèlent des fragments d’ossements animaux, des éclats de silex et des débris de céramique appartenant probablement à la période du Néolithique final, vers 2000 av. J.-C., voire à l’époque gallo-romaine. Ces trouvailles suggèrent que le lieu a pu être fréquenté, sinon utilisé, pour des rites ou des sépultures.

Des sondages plus récents, menés en 2008 par Yves Pautrat, ont confirmé la présence de zones de sépulture à proximité. Toutefois, aucune trace d’aménagement n’a été décelée sous les pierres : pas de fossé de calage ni d’empreinte d’un redressement artificiel. Ces observations renforcent l’idée que les blocs n’ont pas été dressés par l’homme, mais qu’ils occupent leur position depuis des temps immémoriaux. L’hypothèse d’un alignement intentionnel n’est donc pas retenue, bien que la disposition demeure troublante.

Sur le plan géologique, les analyses ont identifié deux types de roches : la leucogranite rosé à grain fin et un granit gris à biotite, tous deux étrangers au sous-sol local. Leur composition rapproche davantage ces matériaux du massif du Morvan, distant d’une quarantaine de kilomètres. Les géologues, notamment Pierre Rat, ont émis l’hypothèse que ces blocs auraient été transportés naturellement depuis le Morvan par l’action de petits glaciers ou par un glissement sur une plage gelée, phénomène associé aux périodes glaciaires anciennes. Ces blocs seraient alors de véritables pierres erratiques, déplacées il y a environ 10 000 ans.

Les pierres visibles aujourd’hui ont été déplacées en 2012 d’environ un kilomètre pour être préservées et mises en valeur, sur décision conjointe du Service Régional de l’Archéologie et de la Société des Sciences de Semur. Trois blocs sont désormais exposés : deux grands, mesurant 2,75 m et 3,10 m, et un plus petit fragmenté en plusieurs morceaux. Leur surface porte encore les marques du temps et de l’érosion, témoins d’un très long voyage géologique.

Ces roches, vieilles de près de 300 millions d’années, sont bien antérieures à toute occupation humaine. Elles rappellent les forces titanesques qui ont modelé le relief bourguignon. Pourtant, leur disposition, leurs déplacements anciens et la présence d’objets archéologiques à proximité nourrissent encore l’imaginaire. Était-ce un lieu de culte ? Un repère de territoire ? Ou simplement une curiosité naturelle devenue sacrée avec le temps ? Le mystère demeure.

Les pierres se trouvent facilement à la sortie de Toutry en direction d’Epoisses, juste avant le parking de la Croix des Chamais.

  • Le château d’Epoisses
  • Village pittoresque de Montréal
  • Musée château de Montjalin à Sauvigny-le-Bois

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