


Au pied des coteaux calcaires de la Loire, dans la commune de Souzay-Champigny (Maine-et-Loire), se développe un réseau discret mais riche de galeries, d’habitats creusés et de passages souterrains qui constituent ce que l’on nomme le « Parcours Troglodytique ». Il s’agit d’un exemple remarquable d’architecture troglodytique de coteau, issu de l’extraction de la pierre de tuffeau et de sa réappropriation par les communautés locales au fil des siècles.
Le socle géologique du coteau de Souzay-Champigny est constitué d’un calcaire tendre souvent appelé « tuffeau », largement exploité dans l’Anjou et la vallée de la Loire pour la construction. Dès le Xe et le XIᵉ siècles, des carrières horizontales ou légèrement inclinées furent initiées pour extraire la pierre de construction. Ces carrières, donnant souvent sur la Loire ou les coteaux en surplomb, généraient volumineux vides laissant parfois en surface des effondrements, des fontis ou des baies naturelles. Ces cavités offraient ensuite des atmosphères stables en température, propices à des usages d’habitation ou de stockage. Le Parc naturel régional Loire-Anjou-Touraine souligne que dans cette zone, l’architecture troglodytique de coteau adopta parfois un niveau seigneurial, avec escaliers sculptés, pigeonniers et grandes cheminées.





Le passage de carrière à habitat s’inscrit dans un schéma caractéristique : extraction de la pierre → abandon ou retour de la cavité → aménagement de l’espace (murs intérieurs, voûtes, ouvertures, puits de lumière) → occupation humaine. À Souzay-Champigny, un des cas les plus emblématiques est la « Rue de la Commerce », galerie creusée et aménagée dès le XIᵉ siècle pour accueillir commerces de détail (fruits, légumes, poisson, viande). Ces galeries, parfois voûtées, présentent des arcs gothiques stabilisant des voûtes fragiles, des colonnes de pierre et un éclairage naturel via puits en plafond. Les murs en tuffeau offrent l’avantage d’une inertie thermique importante : frais l’été, tempéré l’hiver. Le caractère hybride à cheval entre carrière, habitat et commerce rend ce lieu unique dans la région ligérienne.
Le parcours proposé au visiteur est fléché au sein du bourg de Souzay-Champigny : depuis un parking « plat en asphalte » à proximité de la mairie, une promenade permet d’accéder à cinq minutes aux premières cavités troglodytiques. Le balisage dirige vers la rue de la Bessière, puis vers l’entrée de la galerie antique. Le tracé serpente entre ruelles semi-troglodytiques, maisons sculptées, ouvertures creusées dans le coteau, puis pénètre sous la surface dans des galeries creusées. On y observe des ouvertures de plafond (puits de lumière), des arcs gothiques stabilisant des voutes, des boutiques troglodytiques d’époque commerciale, et des témoins d’effondrement (fontis) qui rappellent la fragilité de ces réseaux. Le visiteur moderne chemine dans une sorte de «ville souterraine» méconnue, où la roche façonnée concentre les usages domestiques, artisanaux et commerciaux. Le parcours dure environ 20 à 30 minutes «à prendre son temps», selon les avis de visiteurs.





L’installation de commerces dans une galerie troglodytique peut sembler singulière, mais elle répond à des besoins économiques précis : proximité du fleuve Loire, densité d’habitat, disponibilité de l’espace creusé. Le port de Souzay (au bord de la Loire) permit le transit de la pierre, de la chaux, du vin (notamment l’appellation Saumur-Champigny) et d’autres marchandises. Au fil du temps, la galerie commerciale devint un lieu communautaire où se croisaient habitants, artisans, marchands et utilisateurs du fleuve. À partir du XVIᵉ siècle, l’activité d’extraction déclina et certaines cavités furent réaffectées. Le réseau troglodytique devient alors un héritage architectural et social de cette phase économique plus ancienne.
À quelques pas de ces galeries se situe le manoir dit de La Vignolle, construit dans une falaise et semi-troglodytique. La tradition locale lui attache la présence de Marguerite d’Anjou, épouse de Henri VI d’Angleterre, vers 1480. Bien que les archives restent imprécises sur sa résidence exacte, l’édifice témoigne d’une occupation aristocratique dans un contexte troglodytique, ce qui illustre que l’habitat dans la roche n’était pas exclusivement «populaire». Le manoir est inscrit aux monuments historiques (1990) et, par son architecture, illustre le sommet de l’adaptation humaine aux coteaux calcaires.
Malgré la beauté du lieu, le parcours troglodytique témoigne d’une fragilité structurelle : fontis, effondrements anciens, voûtes stabilisées de façon parfois tardive. Le Parc régional note explicitement qu’il est «dangereux de flâner dans les sites troglodytiques abandonnés». Cela invite à une approche respectueuse, guidée voire sécurisée. Le maintien de la voûte, des arches et des galeries relève d’un travail de conservation méticuleux : gestion de l’humidité, contrôle des fissures, renforcement des arcs. Le mélange des fonctions (habitat, commerce, carrière) impose une vigilance archéologique et patrimoniale continue.
Le parcours ne peut être dissocié de son contexte paysager : coteaux viticoles de l’appellation Saumur-Champigny, île de Souzay sur la Loire, vignoble adossé aux maisons troglodytiques. Le visiteur alterne entre paysage ligérien, plateau calcaire, vignes et intérieur de roche. Le tracé propose même, pour les amateurs de vélo ou randonnée, une boucle «entre troglodytes, vigne et Loire». Ainsi, l’architecture troglodytique n’est pas un simple artefact mais un élément constitutif du paysage culturel liant pierre, vigne et fleuve.
On ne peut s’empêcher d’imaginer les commerçants du XIIᵉ siècle ressourçant leurs marchandises sous la roche, à l’abri de la lumière directe, leurs pas résonnant dans les voûtes, les archères devenues vitrines, les passages reliant la chambre troglodytique à la boutique. Quel reflet du quotidien se trouve encore dans la pierre ? Le fontis endormi sous l’arche nous rappelle que l’ombre et la lumière d’un passé troglodytique s’y croisent encore.
Bonne visite !!!
Quelques photos :

















































































Pour s’y rendre :
Parking et départ du parcours se situe à cette adresse :
50 Rue des ducs d’Anjou – 49400 Souzay-Champigny
A proximité :
- Habitation troglodytique à Parnay
- Les fours à chaux de Saumur
- Champignonnière du Saut du Loup à Montsoreau
Sur la carte :



