

Situé sur la commune de Montsoreau, dans le département de Maine-et-Loire, le dolmen de la Pierrelée constitue l’un des rares vestiges mégalithiques du sud-est du département. Bien que partiellement altéré par des réemplois postérieurs, il offre une lecture particulièrement intéressante des sociétés néolithiques et de la façon dont leur héritage a été intégré dans des usages plus tardifs, notamment viticoles.
Le monument se trouve sur un léger promontoire dominant le parcellaire viticole, à l’écart immédiat de la Loire, au lieu-dit « la Pierrelée » sur la commune de Montsoreau. Le toponyme « Pierrelée » attesté dès 1246 sous la forme latine Petra Lata se traduit vraisemblablement par « pierre large » et fait allusion à la dalle ou ouvrage mégalithique présent sur place.
Le positionnement du dolmen, en retrait du fleuve mais sur une éminence, correspond à un choix fréquent dans la région : des structures funéraires ou symboliques installées sur les plateaux ou versants, dans un paysage légèrement surélevé, permettant à la fois visibilité et distinction du milieu des plaines alluviales.
Dans le Saumurois, ce dolmen s’inscrit parmi un réseau de sites lithiques (vestiges de débitage, outils, menhirs ou dolmens) qui témoignent d’une occupation néolithique sur les plateaux de l’Anjou.



L’analyse archéologique attribue le dolmen de la Pierrelée à la période du Néolithique moyen, plus précisément entre la fin du IVe millénaire avant notre ère et le milieu du IIIe millénaire avant notre ère.
Il s’agit d’une phase de grandes constructions collectives en matière funéraire ou commémorative, où les communautés néolithiques mobilisaient d’importantes dalles de grès (dans ce cas) pour ériger des chambres couvertes.
Le dolmen étant effondré depuis une date inconnue, les investigations archéologiques modernes sont limitées. Toutefois, les sources historiques progressives montrent que, dès le XIXe siècle, cette structure était déjà à l’état ruiné et devait faire l’objet d’un usage secondaire (ou réemploi).
Le site a été inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du 25 mai 1970 (notice PA00109212) et fait l’objet d’une protection patrimoniale.
Sur la base de relevés et d’un pré-inventaire réalisé en 1979, on peut caractériser la structure comme suit :
- Il s’agissait d’un dolmen à chambre de plan pentagonal irrégulier, qui paraît s’être affaissée vers le sud.
- La structure comportait six dalles imposantes, dont deux dalles de couvrement principales en grès dur du Turonien supérieur (une roche dont un gisement local est attesté).
- L’entrée devait se situer à l’est, conformément à de nombreux monuments mégalithiques régionaux.
- Le monument reposait probablement sur un petit monticule ou tumulus, aujourd’hui difficilement perceptible.
- Le matériau principal est le grès, mis en œuvre par gros blocs calibrés, ce qui témoigne d’un investissement technique et communautaire dans le Néolithique régional.
Ce dolmen à chambre couverte par deux tables de grès correspond à un type fréquent en Anjou et dans le Saumurois, mais ce qui rend le dossier de la Pierrelée plus remarquable est sa localisation, son plan pentagonal plutôt que rectangulaire, et la taille importante des dalles.
Le dolmen apparaît aujourd’hui effondré. On ignore la date exacte de l’écroulement des dalles, mais dès le XIXe siècle le monument était à terre. Ce qui rend l’étude plus complexe, c’est qu’il a subi un réemploi notable : il a été transformé en cabane de vigneron.
L’aménagement se fit par excavation du sol sous les dalles effondrées qui devinrent le toit de cette loge. Les parois intérieures furent maçonnées en moyen appareil et moellons de tuffeau. Une cheminée fut installée, occupant manifestement l’emplacement de l’entrée primitive du dolmen. Un banc de pierre et une niche sont également attestés à l’intérieur.
L’usage viticole de ce monument semblait bien établi jusqu’au milieu du XXe siècle (témoignages oraux circa 1960 indiquent que sept propriétaires de vignes l’utilisaient). Aujourd’hui, la loge est abandonnée, envahie par la végétation.
L’intérêt archéologique est donc double : celui d’un vestige néolithique et celui d’un témoin de l’adaptation et de la réappropriation d’un monument ancien dans un contexte agricole récent.
Le dolmen de la Pierrelée s’inscrit dans un contexte mégalithique plus large en Anjou. À proximité, des gisements lithiques (vestiges d’outils, débitages) ont été repérés sur les secteurs de « Tailles-Mortes », « Alouette », « Poteau-d’Arrée », autour de Fontevraud-l’Abbaye.
En outre, la région offre d’autres monuments comparables : dolmens de Bagneux, menhirs à Artannes-sur-Thouet, etc. Cela atteste d’une occupation structurée du Néolithique moyen et d’une continuité territoriale dans l’implantation des communautés.
La localisation sur plateau, en retrait du fleuve Loire, n’est pas fortuite : elle permettait une visibilité vers le paysage mais aussi une distinction des zones alluviales propices à l’agriculture. Le choix du grès pour la construction, matériau local, indique un savoir-faire et une organisation sociale à même de mobiliser des blocs lourds.
Bonne découverte !
Quelques photos :









Pour s’y rendre :
Depuis Montsoreau, prendre Rue Saint-Pierre de Rest, tourner à droite rue des Mazières, continuer tout droit jusqu’au cimetière, s’engager à gauche du cimetière et continuer toujours tout droit sur cette petite route sur 1km. Puis partir dans le champs à gauche là ou se trouve le panneau indiquant le dolmen.
A proximité :
- Le Château de Montsoreau
- L’Église Saint-Pierre de Montsoreau
- Moulin à vent de la Tranchée
- Maison du Parc naturel régional Loire-Anjou-Touraine
Sur la carte :



