

Situées sur les hauteurs de Cunault, à l’écart de la célèbre prieurale Notre-Dame, les ruines de l’ancienne église paroissiale Saint-Maxenceul constituent un témoignage archéologique et historique d’une dynamique religieuse complexe au sein de la vallée de la Loire. L’étude des vestiges encore visibles permet de confirmer une fondation antérieure à la grande église abbatiale, vraisemblablement dès le Haut Moyen Âge, en lien direct avec le culte de Saint Maxenceul, compagnon présumé de Saint Martin de Tours et évangélisateur de la région. Cette dualité – une église paroissiale pour les fidèles locaux sur le promontoire, et une église prieurale d’envergure régionale pour les moines et les pèlerins en contrebas – est fascinante.




Les éléments architecturaux subsistants, principalement l’abside semi-circulaire, une partie du mur méridional et le portail occidental, confirment une construction majeure au XIIe siècle, en pleine période d’épanouissement de l’art roman angevin, bien que les phases de construction aient pu s’étaler, notamment pour le clocher. La porte occidentale est particulièrement instructive, avec ses voussures sculptées et ses colonnettes cylindriques, attestant d’une richesse ornementale qui n’avait rien à envier à la prieurale.
Au fil des siècles, l’édifice connaît plusieurs campagnes de transformations, liées autant à l’évolution des pratiques cultuelles qu’aux nécessités d’entretien d’une construction exposée aux aléas climatiques.
Le destin de l’édifice bascule au XVIIIe siècle. Un violent orage, survenu en 1754, provoque des dommages considérables, jugés irréparables. Cet événement naturel, couplé au déclin de l’entretien et à la suppression du prieuré de Notre-Dame en 1741, scelle le sort de Saint-Maxenceul. Les paroissiens sont alors contraints de solliciter l’utilisation de la nef de l’église prieurale, un fait qui cristallise le transfert de la fonction paroissiale vers l’édifice majeur, marquant le début de la ruine progressive de l’ancienne église. Aujourd’hui, seuls des pans de murs silencieux, coiffés de végétation et entourés de cyprès dans le cimetière, subsistent, offrant aux chercheurs et aux visiteurs une silhouette mutilée qui invite à la méditation sur la fragilité des constructions humaines face au temps et aux éléments.

À quelques mètres de ces vestiges séculaires, au sein du même cimetière, se trouve un autre point de convergence de l’histoire et de la mémoire : la plaque commémorative – ou cénotaphe – dédiée à Hervé Bazin (Jean-Pierre Hervé-Bazin, 1911-1996). L’écrivain, figure emblématique de la littérature française du XXe siècle et auteur du retentissant Vipère au poing, a passé les dernières années de sa vie dans sa propriété de Cunault, l’Emeronce, s’ancrant profondément dans ce paysage ligérien et ses tuffeaux.
Contrairement à l’usage, il ne s’agit pas ici d’une sépulture abritant la dépouille de l’homme. Conformément à sa volonté, Hervé Bazin fut incinéré et ses cendres dispersées dans la Maine, la rivière qui rejoint la Loire à Angers. La pierre tombale à son nom, simple et discrète, doit donc être interprétée comme un cénotaphe, un monument funéraire érigé à la mémoire d’un défunt sans contenir son corps. Cette distinction est cruciale pour l’analyse patrimoniale et la compréhension du lieu. Le cénotaphe de Cunault matérialise le lien indéfectible de l’auteur avec cette terre d’Anjou qui fut à la fois le théâtre de ses révoltes juvéniles et de son apaisement final.
L’église Saint-Maxenceul de Cunault fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis 1946.
Quelques photos :



















































Pour s’y rendre :
Adresse : 7 Rue du Cadran 49350 Gennes-Val-de-Loire
A proximité :
- La Cave aux moines à Gennes-Val-de-Loire (même secteur)
- Le camp des Romains à Gennes-Val-de-Loire (même secteur)
- La tour de Trèves à Gennes-Val-de-Loire (même secteur)
- Ermitage Saint-Jean à Gennes-Val-de-Loire (même secteur)
Sur la carte :



