Dolmen de la Bajoulière – Saint-Rémy-La-Varenne (49)

L’environnement immédiat du dolmen, aujourd’hui en partie forestier, conserve les indices d’une occupation humaine dense et durable, bien antérieure à la construction du monument tel qu’il est visible aujourd’hui.

Contrairement à de nombreux dolmens restés longtemps ignorés, la Pierre Couverte de la Bajoulière apparaît très tôt dans les textes. Dès le XIIᵉ siècle, le monument est mentionné comme un lieu réutilisé par des communautés religieuses, ce qui suggère une continuité d’usage symbolique sur plusieurs millénaires. Cette réappropriation médiévale traduit une volonté de christianiser un lieu anciennement sacré, phénomène fréquent dans l’Ouest de la France.

À l’époque moderne, le dolmen attire l’attention des érudits et antiquaires. Sa représentation graphique au XIXᵉ siècle, puis les premières photographies anciennes, témoignent d’un édifice déjà partiellement ruiné, mais toujours monumental. Ces documents constituent aujourd’hui des sources essentielles pour comprendre l’évolution de son état de conservation.

Certains alignements de menhirs semblent établir une continuité spatiale entre la Pierre Couverte et des zones d’occupation néolithique connues, laissant envisager des parcours symboliques ou rituels. Ces hypothèses, bien que prudentes, renforcent l’idée d’un paysage sacralisé et hiérarchisé.

La Pierre Couverte de la Bajoulière appartient au groupe des dolmens angevins de type A, caractérisés par une chambre vaste et une organisation presque quadrangulaire. Il s’agit du plus monumental de cette catégorie.

La chambre funéraire est définie par huit orthostates, soigneusement implantés, dont certains présentent des traces évidentes de préparation des surfaces. L’espace intérieur adopte une forme légèrement trapézoïdale, volontairement conçue pour assurer la stabilité de la table de couverture.

Cette table monumentale, taillée dans un grès sénonien, atteint des dimensions exceptionnelles. Son poids considérable implique une maîtrise technique remarquable et une organisation collective complexe. La fragmentation actuelle de la dalle résulte de l’effondrement ancien des supports, phénomène ultérieurement interprété par la tradition orale comme un événement surnaturel.

La hauteur sous dalle permettait une circulation aisée à l’intérieur de la chambre. Celle-ci était subdivisée par une cloison transversale, composée de dalles soigneusement calées dans des fosses d’implantation. Les traces d’ajustement observées sur certains blocs témoignent d’un souci de précision rarement atteint à cette période.

Des murs parallèles, aujourd’hui arasés, encadraient la chambre sur toute sa longueur, dessinant une forme allongée aux angles adoucis. Cette architecture externe, largement démontée à l’époque gallo-romaine, a servi de carrière, modifiant profondément l’aspect originel du monument.

En avant du dolmen, une structure semi-circulaire composée de blocs de pierre a été identifiée. Son rôle exact demeure incertain, oscillant entre aménagement rituel, espace de transition ou construction liée à une phase distincte d’occupation.

À proximité immédiate du dolmen s’étend une zone boisée, dans laquelle sont visibles plusieurs blocs de pierre présentant des formes singulières. Certaines surfaces montrent des rainures longitudinales, des zones polies ou des cuvettes, compatibles avec l’usage de polissoirs néolithiques.

Ces blocs témoignent d’activités techniques liées à la fabrication et à l’entretien d’outils en pierre polie, notamment des haches. Leur présence confirme que le secteur n’était pas uniquement funéraire, mais également un espace de production et de transformation, intégré au quotidien des communautés locales.

Certaines pierres à cupules, qu’elles soient d’origine anthropique ou naturelle, ont probablement renforcé la charge symbolique du lieu, contribuant à sa pérennité dans les traditions locales.

Le contenu archéologique du dolmen a été fortement perturbé lors de son occupation à l’époque gallo-romaine, période durant laquelle la chambre fut probablement utilisée comme abri ou habitat.

Malgré ces remaniements, plusieurs éléments attribuables au Néolithique, au Chalcolithique et au Campaniforme ont été identifiés. Les objets lithiques comprennent des outils de débitage, des grattoirs, des fragments de haches polies et des armatures de projectiles. La céramique, de grande qualité technique, indique une occupation antérieure à l’édification du dolmen lui-même.

Ces découvertes soulignent la longue durée d’occupation du site, bien avant et bien après la construction du monument funéraire.

Le Dolmen de la Bajoulière est classé au titre des monuments historiques depuis 1936.

Depuis Gennes-Val-de-Loire, prendre la D751 jusqu’à Saint-Georges-des-Sept-Voies, prendre à droite en direction du hameau « Fontaine », prendre à droite sur « chemin de la Herpinière » jusqu’au dolmen.

  • Pierre de Nézan à Gennes-Val-de-Loire
  • Menhirs de la Butte aux Houx à Gennes-Val-de-Loire
  • Pierre Longue à Gennes-Val-de-Loire

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