

Au sud-ouest de Besançon, la commune de Thoraise abrite un ouvrage hydraulique singulier qui témoigne de l’ambition des ingénieurs du XIXᵉ siècle : la Percée de Thoraise.
Cet aménagement appartient au système du canal du Rhône au Rhin et fut conçu pour supprimer une longue boucle naturelle du Doubs, jugée inadaptée aux exigences de la navigation moderne.
Plutôt que de corriger progressivement le méandre, les concepteurs optèrent pour une solution radicale : percer la roche afin d’ouvrir un passage direct à travers l’isthme formé par la boucle du fleuve.
Ce choix technique, audacieux pour l’époque, place la Percée de Thoraise parmi les réalisations majeures de l’ingénierie fluviale régionale.
Le tunnel-canal traverse du nord au sud un promontoire rocheux dominé par des formations calcaires jurassiennes.
Avant sa construction, les bateaux devaient parcourir près de quatre kilomètres supplémentaires en suivant les sinuosités du Doubs.
L’ouvrage permet ainsi :
- une réduction importante du temps de navigation,
- une meilleure régularité du trafic fluvial,
- une sécurisation des passages difficiles.
Il s’inscrit dans une stratégie globale visant à relier efficacement les bassins du Rhône et du Rhin.




La Percée de Thoraise se distingue par sa nature hybride : il s’agit d’un tunnel-canal, prolongé par un canal à ciel ouvert et complété par une écluse.
Ses dimensions témoignent d’un projet rigoureusement calculé :
- longueur du tunnel : environ 185 mètres,
- prolongement en canal ouvert : près de 350 mètres,
- présence d’une écluse permettant la mise à niveau avec le Doubs.
Ce dispositif forme un ensemble cohérent destiné à assurer la continuité de la navigation.
Le projet initial prévoyait un creusement sans revêtement intérieur.
Cependant, un effondrement majeur au cours des travaux obligea les ingénieurs à revoir leur stratégie constructive.
Une voûte maçonnée fut alors installée sur la plus grande partie du tunnel afin de stabiliser les parois.
La roche mise au jour fut réutilisée sous forme de moellons calcaires, constituant un parement d’environ cinquante centimètres d’épaisseur.
Un tronçon aval, long d’environ 29 mètres, resta partiellement brut.
On y observe encore aujourd’hui des phénomènes karstiques visibles en clé de voûte et au niveau des piédroits, révélant la nature géologique du site.





L’ouvrage présente des proportions adaptées à la navigation fluviale normalisée :
- largeur entre piédroits proche de 7 mètres,
- passe navigable d’environ 6 mètres,
- rayon de la voûte estimé à 3,50 mètres,
- chemin de halage latéral mesurant près de 0,90 mètre.
Ces mesures traduisent l’influence des standards techniques qui seront ensuite formalisés par le gabarit Freycinet pour l’écluse attenante.
À l’entrée amont, un bassin circulaire permet aux bateaux d’effectuer une rotation complète afin de s’aligner avec l’axe du tunnel.
Ce détail fonctionnel souligne la précision du projet hydraulique.
Au-dessus de la voûte, une galerie étroite, longue d’une trentaine de mètres et haute d’environ 1,50 mètre, semble dater de la phase de construction.
Son rôle exact demeure discuté : galerie de surveillance, ouvrage de drainage ou accès technique temporaire.
Le porche d’entrée est encadré par deux escaliers symétriques conduisant à une niche abritant une statue de la Vierge, témoignage de la dimension symbolique accordée à l’ouvrage par les populations locales.
En aval, après un tronçon à ciel ouvert, une écluse met en relation le tunnel avec le niveau du Doubs.
Elle est accompagnée d’une halte fluviale destinée à l’accueil des navigateurs.
L’histoire du canal auquel appartient la Percée de Thoraise est étroitement liée aux bouleversements politiques français.
Inauguré à la fin du XVIIIᵉ siècle sous l’impulsion du gouverneur de Bourgogne, il changea plusieurs fois de nom selon les régimes successifs.
Le tunnel proprement dit fut percé entre 1810 et 1820 sous la direction de l’ingénieur Joseph Liard, selon un projet personnel qu’il adapta aux contraintes locales.
Sous la monarchie de Juillet, le canal prit officiellement la dénomination de liaison entre Rhône et Rhin, affirmant sa vocation interrégionale.
Au milieu du XIXᵉ siècle, la Percée de Thoraise attire l’attention des érudits régionaux.
Des représentations graphiques réalisées par des historiens jurassiens montrent un ouvrage déjà perçu comme une curiosité technique et paysagère.
Ces documents confirment l’importance symbolique du tunnel dans l’imaginaire local, à la frontière entre prouesse humaine et transformation du relief naturel.
Au début du XXIᵉ siècle, plusieurs désordres structurels apparurent sur la partie aval du tunnel.
Une campagne de restauration fut engagée afin de consolider les parois et de sécuriser l’ouvrage.
Cette intervention fut également l’occasion d’une relecture artistique du site.
Une installation contemporaine, associant rideaux d’eau et faisceaux lumineux projetés sur la voûte, transforma temporairement le tunnel en espace d’expression visuelle, rappelant son ancien nom de « Monsieur Canal ».
Bonne découverte !
Quelques photos :




















Pour s’y rendre :
Depuis Thoraise, prendre la direction de Boussière. Au croisement avant la sortie, s’engager sur la petite route qui descend sur la gauche. Continuer jusqu’au Parking.
A proximité :
- Chapelle Notre-Dame-Du-Mont à Thoraise
- Ruines du château de Montferrand à Montferrand-le-Château
- Ruines du château de Charencey à Chenecey-Buillon
Sur la carte :



