

Implantée à la sortie du village de Courgenay, dans la plaine d’Ajoie au pied du versant nord du Jura suisse, la Pierre Percée constitue le seul élément encore debout d’un dolmen néolithique daté d’environ 3000 ans avant notre ère. Ce monolithe en calcaire local mesure 2,60 m de hauteur hors sol, 2,57 m de largeur à sa base, pour une épaisseur d’environ 0,50 m. Son trait distinctif est un orifice de section ovale, positionné au tiers supérieur de la dalle, mesurant 41 cm dans son axe vertical et 35 cm dans son axe horizontal, asymétrie légèrement différente selon le côté considéré, ce qui suggère un percement intentionnel et non accidentel. La dalle repose directement sur le substrat rocheux, à une profondeur d’environ 40 cm sous le niveau du sol actuel, fait établi lors des travaux de consolidation menés en 1993 par l’Office de la culture du canton du Jura. Typologiquement, cette structure appartient à la catégorie des dalles-hublots. La dalle constituait à l’origine la façade d’une chambre funéraire collective, probablement enfouie sous un tumulus aujourd’hui totalement arasé. Ce type de structure sépulcrale était destiné à des inhumations successives sur plusieurs générations, voire plusieurs siècles. Deux campagnes de fouilles archéologiques ont été réalisées sur le site : la première en 1715 par le révérend Père Dunod, la seconde en 1804 sous la direction de J.-G. Quiquerez, alors que Porrentruy était chef-lieu du département du Mont-Terrible. Aucune des deux n’a livré de mobilier archéologique significatif, ni ossements, ni céramique, ni outillage lithique. L’absence de trouvaille matérielle reste, à ce jour, une question ouverte : destruction ancienne, remaniement du tumulus, ou simple épuisement du contexte stratigraphique ? La datation repose donc exclusivement sur la comparaison typologique avec d’autres structures mégalithiques de la région.

La Pierre Percée n’a pas seulement traversé cinq millénaires en tant qu’objet archéologique : elle a également fonctionné, pendant des siècles, comme un lieu de pratique sociale active. À l’époque médiévale, la mairie d’Alle y tenait ses plaids, assemblées judiciaires locales, à l’ombre d’un tilleul planté à proximité, et un carcan était fixé à un chêne voisin pour y retenir les condamnés. Ce dolmen servait ainsi, paradoxalement, de tribunal à ciel ouvert, ce qui témoigne d’une continuité fonctionnelle des espaces mégalithiques bien au-delà de leur usage originel. L’orifice central de la dalle, qualifié dans certaines traditions européennes de trou des âmes, ouverture par laquelle l’esprit des défunts était supposé quitter le monde des vivants, a généré une accumulation de croyances thérapeutiques et magiques durables. Pendant plusieurs siècles, la population locale passait physiquement à travers cet orifice pour guérir les coliques ; les parois intérieures du pertuis sont, aujourd’hui encore, polies par le frottement de générations successives. Des liquides : vinaigre, eau-de-vie étaient également introduits par le trou afin de leur conférer des vertus curatives, pratique dont une trace documentaire subsiste : en 1793, un émigré de Porrentruy retrouva en Allemagne une bouteille de vinaigre étiquetée comme ayant transité par l’orifice. Les interprétations érudites du monument ont, quant à elles, varié en fonction des contextes politiques : au début du XVIIIe siècle, certains auteurs l’attribuaient à Arioviste, chef germain vainqueur des Gaulois en 58 av. J.-C. ; à l’époque révolutionnaire, le même monument servait au contraire à glorifier Jules César. L’orientation est-ouest de la dalle, bien que ses remaniements successifs rendent cette donnée incertaine, correspond à celle généralement observée dans les dolmens de la même période. Depuis 1980, l’Office de la culture du canton du Jura assure un suivi régulier de l’état de conservation du monument ; une toiture de protection a été installée en 1993 pour limiter les effets du gel sur le calcaire. La Pierre Percée est inscrite à l’inventaire des biens culturels du canton du Jura et bénéficie à ce titre d’une protection patrimoniale cantonale.
Bonne découverte !
Quelques photos :







Pour s’y rendre :
La pierre percée se trouve facilement au croisement entre la rue de la pierre percée et la rue du Général Comman (rue principale) à Courgenay.
A proximité :
- Les grottes de St Nicolas à Courgenay
- Jurassica à Courtedoux
- Village pittoresque de Saint-Ursanne
- Roche au Vilain à La Caquerelle
- Le Roc de l’Autel à La Caquerelle
Sur la carte :



