

Accroché sur le versant ouest du massif de Purifaing, à l’est d’Éloyes et à l’ouest du hameau de La Forge, sur la commune de Saint-Étienne-lès-Remiremont dans le département des Vosges (région Grand Est), ce singulier monument de pierre se dissimule aujourd’hui sous l’épaisse couverture forestière du massif du Fossard. Ce vaste massif forestier, qui s’étend sur environ 150 km² entre Épinal et Remiremont, constitue l’un des espaces naturels les mieux préservés du piémont lorrain, et recèle une densité remarquable de vestiges archéologiques couvrant plusieurs millénaires d’occupation humaine.
À proximité immédiate du dolmen, plusieurs sites témoignent d’une fréquentation ancienne et continue du territoire : la Tête des Cuveaux, interprétée comme un possible lieu de culte solaire lié au dieu celtique Bélénos, un cercle de pierres non loin des Roches du Thin, la Pierre de Kerlinquin à Remiremont, ainsi que plusieurs menhirs épars dans la forêt du Moury. À quelques kilomètres au nord-est, les randonneurs peuvent également rejoindre les Grande et Petite Cascades de Tendon, classiques de la région vosgienne, tandis que le bourg d’Éloyes, à environ 4 km à l’ouest, offre un accès commode à ce secteur encore largement méconnu du grand public.





La paroi ouest est constituée de deux grandes dalles orthostates posées de chant, tandis que le chevet, côté sud, s’appuie directement sur un affleurement rocheux naturel intégré à la structure. Le flanc oriental, quant à lui, associe une grande dalle verticale à sept petites pierres disposées en arc de cercle, une disposition architecturale peu commune qui confère à l’ensemble un profil irrégulier mais cohérent. La chambre est couverte de six dalles ovales se chevauchant partiellement. Fait notable : aucune trace de tumulus ou de tertre de recouvrement n’est visible en surface, ce qui peut s’expliquer soit par l’érosion millénaire du site, soit par une conception originelle différente des dolmens à cairn classiques.
L’édifice, communément désigné sous le nom de dolmen de Purifaing, présente une structure polygonale de plan allongé, avec une longueur intérieure d’1,95 mètres pour une hauteur de 78 centimètres. La largeur de la chambre oscille entre 1,85 mètre au centre et 1,22 mètre au chevet. L’accès à la chambre s’effectue par une ouverture nord d’environ 55 centimètres de largeur, orientant ainsi l’ensemble selon un axe nord–sud.
L’implantation à flanc de pente constitue l’une des caractéristiques les plus atypiques de cet édifice. Le côté est est partiellement enfoui dans le terrain naturel, tandis que le côté ouest demeure dégagé. Au Néolithique, période probable de construction estimée au IIIe millénaire avant notre ère, le massif du Fossard était vraisemblablement déboisé en grande partie, ce qui aurait conféré à ce monument une visibilité étendue depuis les vallées environnantes.
Le caractère mégalithique de l’édifice n’a, à ce jour, jamais été formellement démontré sur le plan scientifique. En l’absence totale de fouilles archéologiques documentées ou de relevés stratigraphiques publiés, certains chercheurs émettent l’hypothèse qu’il pourrait s’agir d’un simple abri de bûcheron ou d’une structure utilitaire d’époque indéterminée. Cette réserve méthodologique est légitime : sans mobilier archéologique daté, sans analyse des sédiments internes ni datation radiométrique, toute attribution typologique demeure fragile.
Cependant, le faisceau d’indices contextuels plaide sérieusement en faveur d’une origine mégalithique. En premier lieu, plusieurs menhirs ont été recensés au nord de l’édifice, dans le boisement du Moury : au moins trois ont été localisés, dont deux disposés côte à côte, l’un encore dressé à 1 mètre de hauteur, l’autre brisé et couché à 1,20 mètre et un troisième de forme triangulaire, mesurant 1,40 mètre de hauteur pour 1,20 mètre de base à sa semelle, évoquant morphologiquement la pierre de Kerlinquin de Remiremont. Ces stèles levées, caractéristiques des aménagements périphériques des sépultures néolithiques, constituent un argument archéologique solide. Par ailleurs, des prospections ont permis d’identifier dans le secteur du Fossard les traces d’un probable camp celtique et préhistorique, témoignant d’une occupation dense du massif depuis au moins le Néolithique. L’articulation spatiale entre ces différents éléments : dolmen, menhirs, lieux de culte, enceinte fortifiée dessine une géographie sacrée et défensive cohérente sur plusieurs millénaires, difficile à attribuer au simple hasard des constructions utilitaires.
Dans le cadre plus large de l’architecture mégalithique européenne, les dolmens désignent des structures funéraires composées de dalles verticales orthostates supportant une ou plusieurs dalles de couverture horizontales, l’ensemble formant une chambre sépulcrale généralement destinée à des inhumations collectives successives. Les études anthropologiques menées sur des sites fouillés en France attestent que ces chambres pouvaient accueillir les restes de plusieurs dizaines d’individus sur plusieurs générations, les ossements étant réorganisés au fil des dépôts pour libérer l’espace.
La construction d’un dolmen ne relevait pas uniquement d’une pratique funéraire : elle constituait également un acte politique et symbolique fort. Ériger un tel monument sur un territoire, c’était affirmer l’ancrage d’une communauté sur la terre de ses ancêtres, matérialiser une légitimité foncière transmise par les morts aux vivants. Le dolmen servait de marqueur territorial visible depuis les voies de circulation et les zones d’habitat, dont la perception était amplifiée par l’absence de couverture forestière dense au Néolithique. En cela, sa localisation sur un versant dégagé dominant la vallée de la Moselle et ses affluents n’aurait rien d’anodin si l’origine mégalithique de Purifaing venait à être confirmée. La plupart des dolmens présentent également une orientation astronomique souvent vers le levant ou le couchant solsticial, bien que cette dimension n’ait pas encore pu être vérifiée à Purifaing en l’absence d’étude dédiée.
Bonne découverte !
Quelques photos :

























Pour s’y rendre :
Depuis Saint-Etienne-lès-Remiremont, prendre la D42 en direction d’Eloyes, au niveau de Nexixard, peu après la chapelle, prendre à droite au croisement, et monter jusqu’à Purifaing. 200 mètres, avant Purigaing, laisser le véhicule, et prendre le sentier à gauche de la route, compter 400 mètres puis, prendre l’une des sentes sur la droite, elles mènent au dolmen. Le dolmen n’est à ce jour, pas indiqué.
A proximité :
- Les menhirs du Fossard (même secteur)
- Mausolée Sainte-Thérère dans le même secteur
- Les cuveaux à Eloyes
- Le fardeau de Saint Christophe à Saint-Etienne-lès-Remiremont
Sur la carte :



