Source chaude de Chaudefontaine – Vecoux (88)

Nichée à proximité du village de Vecoux, dans le massif vosgien, la source thermale de Chaudefontaine tire son nom d’une réalité géologique aussi singulière que fascinante : une eau naturellement tiède jaillissant au cœur d’un environnement forestier préservé. Ce site, réaménagé au fil des ans grâce au concours des bénévoles du club vosgien et de la municipalité, est accessible depuis deux sentiers balisés au départ de Vecoux. Son histoire remonte à des temps anciens, et les archives en témoignent avec précision. Dès 1829, le maire de Dommartin fit entreprendre des fouilles afin de capter et détourner ces eaux froides vers de meilleures fins. On creusa un puits de trois mètres et demi, puis on sonda plus avant, découvrant un corps de fontaine ainsi qu’un cheval gravé dans la pierre, détail énigmatique qui laisse entrevoir une fréquentation bien plus ancienne du site. Selon une vieille tradition locale, ces eaux étaient autrefois acheminées par conduit jusqu’à un château situé à Rinxard, à quelques 900 mètres de là. En 1862, les Annales de la Société d’Hydrologie médicale de Paris signalent la radioactivité naturelle de la source, jugée très importante et nettement supérieure à celle mesurée à Plombières. La source sort dans le fossé d’un bois à 490 mètres d’altitude, soit 100 mètres plus haut que Plombières, précisément à la ligne de rencontre entre le granit porphyroïde et le granit ordinaire, une configuration géologique rare qui explique en partie ses propriétés si particulières. On peut d’ailleurs considérer les importants filons de quartz de la vallée du Val d’Ajol comme les vestiges d’anciens geysers aujourd’hui taris.

Analysée scientifiquement dès l’An XI de la République (1802 – 1803) par le docteur Jean François Étienne Grosjean, inspecteur des eaux de Plombières, l’eau de Chaudefontaine révèle une composition chimique remarquable : acide carbonique, carbonate de soude, carbonate de calcaire et sulfate de soude. Sa température constante de 21°C et son débit généreux de 65 litres par seconde en font une source d’une stabilité impressionnante, malgré son mélange partiel avec les eaux de ruissellement environnantes. En 1978, une analyse approfondie menée par le Club Vosgien confirme une eau de dureté moyenne, à dominante bicarbonatée calcique, conforme aux normes chimiques de potabilité. Cette tiédeur persistante, légèrement atténuée par les apports superficiels, est le dernier vestige des propriétés thermales qui firent autrefois la renommée de ce lieu. La source se situe dans une zone géologiquement active, sur une ligne reliant Reherrey à Bourbonne, où d’autres sources similaires jalonnent le territoire. Contrairement aux grands établissements thermaux voisins, Chaudefontaine n’a jamais été pleinement exploitée commercialement, ce qui lui confère aujourd’hui un caractère authentique et sauvage particulièrement précieux pour les amateurs de nature et de patrimoine.

Les vertus thérapeutiques de Chaudefontaine sont attestées par une longue lignée de témoignages historiques couvrant plusieurs siècles. Dès 1748, le RP Dom Calmet, abbé de Senones, mentionnait dans son Traité historique des Eaux et Bains de Plombières que cette source était reconnue par les paysans de la région comme efficace contre la gale et diverses affections cutanées. En 1787, le moine Dom Tailly, de retour d’une saison à Plombières, visitait la région et vantait dans ses célèbres « Lettres Vâgiennes » les effets remarquables de cette eau contre les fièvres malignes, les rhumes et les troubles digestifs, affirmant en avoir observé des résultats admirables sur de nombreux malades. Sous la IIIe République, un médecin de l’hôpital de Remiremont recommandait encore à ses patients en convalescence de boire régulièrement les eaux de Chaudefontaine pour rétablir les digestions, réduire les engorgements du foie et favoriser la récupération, conseillant deux mois consécutifs suivis de quatre décades. Aujourd’hui, si la source n’est plus prescrite par la médecine officielle, elle reste un lieu de mémoire vivant, entretenu avec soin par les passionnés du patrimoine vosgien, et constitue une étape incontournable pour les randonneurs qui empruntent les sentiers balisés aux triangles jaunes et anneaux bleus au départ de Vecoux.

Bonne balade !

Depuis Vecoux, prendre Route de Chaudefontaine, passer la Cadette, continuer de monter, au croisement, aller tout droit. Le sentier se trouve à gauche de la route peu avant d’arriver à Chaudefontaine.

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