Grotte Sainte Colombe – Undervelier (CH)

Abri préhistorique, source sacrée et haut lieu de pèlerinage dans la cluse du Pichoux

Enchâssée dans la roche calcaire de la cluse du Pichoux, sur la rive gauche de la Sorne, entre les localités de Berlincourt et d’Undervelier, la grotte Sainte-Colombe constitue l’un des sites les plus stratifiés du canton du Jura. Stratifié, le mot est ici à prendre dans son sens le plus littéral : chaque couche de son histoire préhistorique, protohistorique, médiévale, moderne s’est sédimentée au-dessus de la précédente, transformant une simple cavité karstique en un document archéologique d’une densité rare.

Au fond de la cavité, une source jaillit directement de la paroi rocheuse. Ce phénomène hydrogéologique, fréquent dans les massifs karstiques du Jura, est dû à la résurgence d’eaux d’infiltration circulant à travers les fractures et les conduits naturels du calcaire. Cette source constitue, comme nous le verrons, le point d’articulation de toutes les fonctions successives du site à travers les âges.

Les premières investigations scientifiques du site remontent à 1868, sous l’impulsion d’Auguste Quiquerez, historien et archéologue autodidacte du Jura bernois, figure incontournable de la proto-archéologie régionale. Son sondage, limité dans l’emprise et dans la méthode selon les standards de l’époque, révèle néanmoins des vestiges significatifs : des tessons de céramique qu’il attribue à l’« Âge de la Pierre », des cendres, du charbon, ainsi que des fragments d’os fendus, indices d’une fréquentation humaine ancienne et probablement d’activités culinaires ou rituelles. Le mobilier mis au jour par Quiquerez n’a malheureusement jamais été retrouvé par la suite, ce qui prive la recherche d’une confrontation directe avec les données stratigraphiques d’origine.

Cependant, la qualité et la quantité des informations recueillies s’avèrent fortement limitées par un facteur majeur : le remaniement intensif du remplissage de la grotte, consécutif à plusieurs siècles d’aménagements cultuels et à l’action érosive permanente de l’eau de source. Les couches archéologiques ont été perturbées, voire détruites, rendant toute lecture stratigraphique fiable particulièrement difficile. Ce constat illustre une problématique classique de l’archéologie des sites à longue fréquentation : la superposition des usages efface ou brouille irrémédiablement les traces des occupations les plus anciennes.

La question d’un possible culte gaulois rendu à la source, hypothèse formulée par certains chercheurs sur la base de parallèles régionaux, notamment avec les nombreuses fontaines Sainte-Colombe répertoriées en France, reste, à ce jour, sans preuve matérielle directe à Undervelier. Elle demeure néanmoins plausible au regard des pratiques cultuelles des peuples Rauraques, dont le territoire englobait cette vallée, et de leur attachement documenté aux sources et aux points d’eau.

Selon la tradition rapportée notamment par Monseigneur Vautrey dans ses notices historiques sur les villages du Jura bernois, Sainte Colombe aurait séjourné en alternance dans la grotte d’Undervelier et dans une seconde grotte homonyme, localisée sur le mont Frénois, qui domine le village de Soulce, signalant ainsi une géographie hagiographique cohérente avec la topographie locale.

Sur le plan de la critique historique, trois grandes hypothèses s’affrontent. La première, dite de la continuité hagiographique, accepte qu’un personnage nommé Colombe ait effectivement séjourné dans la région au IIIe siècle et que la dédicace de la grotte reflète une mémoire collective persistante. La deuxième, plus réductrice, interprète l’ensemble comme une christianisation d’un lieu de culte antérieur : la source, potentiellement sacrée pour les populations précédentes, aurait été réattribuée à une figure chrétienne, selon un processus bien documenté par l’histoire des religions. La troisième hypothèse, formulée par des historiens locaux, envisage une confusion de transmission entre Colombe et Colomban, le célèbre moine irlandais missionnaire qui parcourut précisément ces territoires à la fin du VIe siècle, dont le nom masculin aurait été féminisé par assimilation ou par influence de pratiques cultuelles antérieures liées à des druidesses.

Indépendamment de ces débats d’attribution, la grotte est attestée comme lieu de pèlerinage chrétien dès le XIIIe siècle, par des documents ecclésiastiques et communaux relatifs à la paroisse d’Undervelier. Cette mention précoce dans des sources institutionnelles témoigne d’une pratique déjà établie et socialement reconnue, non d’un phénomène marginal ou éphémère.

Le site connaît un réaménagement significatif à la fin du XVIIIe siècle, sous l’impulsion du prince-évêque François-Joseph Sigismond de Roggenbach (en charge de 1782 à 1794). Ce prélat, dernier en date à exercer son autorité épiscopale sur ces terres avant les bouleversements révolutionnaires, fait transformer la grotte en véritable sanctuaire aménagé. L’apparence actuelle du site, avec son autel intérieur, son crucifix à l’entrée et ses installations devotionnelles, date quant à elle des alentours de 1900.

En 1933, la paroisse d’Undervelier rétablit officiellement la procession annuelle dite de la « bonne fontaine », marquant un regain d’intérêt institutionnel pour le site. Cette procession s’inscrit dans un mouvement plus large de revalorisation des pèlerinages régionaux observé dans toute la Suisse catholique de l’entre-deux-guerres. Chaque année, le 15 août, jour de l’Assomption, les brancardiers du Jura organisent un rassemblement qui réunit pèlerins valides et malades, venus chercher une guérison ou simplement se recueillir devant la statue de la Vierge. Des ex-votos, en grande majorité rédigés en espagnol, témoignent d’une fréquentation dépassant largement les frontières cantonales, détail socio-religieux qui mérite d’être relevé.

« Il est de fait que nombre de prodiges s’accomplissent de nos jours encore dans cette grotte. Des enfants débiles y ont été portés, plusieurs infirmes y sont montés sur des béquilles ou poussés dans une voiture, qui en sortirent guéris et capables de marcher. »
— A. Membrez, curé-doyen de Porrentruy, 1938

La grotte est aujourd’hui propriété de la Bourgeoisie d’Undervelier. Les pèlerins y déposent cierges, lumignons, fleurs et intentions de prière. L’eau de la source, réputée bienfaisante, en particulier pour les affections oculaires selon une croyance locale persistante, continue d’être prélevée et utilisée lors des visites.

Bonne découverte !

Depuis Undervelier, prendre la direction de Bassecourt, dans la gorge, 400 mètres après la sortie d’Undervelier, la grotte est visible depuis la route sur la gauche.

  • Gorges du Pichou (même secteur)
  • Musée jurassien des arts à Moutier
  • Château à Fontenay
  • Abbaye de Bellelay

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

error: Ce contenu est protégé !