


La Haute Borne de Saint-Étienne-lès-Remiremont. Une pierre taillée au carrefour de deux pouvoirs
Au abords du massif forestier du Fossard, le long de ce qui est aujourd’hui la rue du Bois-des-Abbesses, se dresse une pierre de grès vosgien gravée à l’année 1492 : la Haute Borne. Discrète aux yeux du promeneur non averti, cette borne cadastrale et juridique constitue pourtant un témoignage matériel de première importance sur les rivalités territoriales qui ont structuré l’histoire de la vallée de la Moselle durant plusieurs siècles.
Pour comprendre sa signification, il faut remonter aux origines du Chapitre des Dames Nobles de Remiremont, fondé au VIIe siècle par saint Romaric sur le mont Habend, avant d’être transféré en 870 dans la vallée. Ce chapitre, exempté en 1070 de toute juridiction épiscopale et relevant directement de l’Empereur germanique, possédait un statut sans équivalent : son abbesse détenait le rang de Princesse du Saint-Empire Romain Germanique, et ses chanoinesses ne pouvaient être reçues qu’en attestant seize quartiers de noblesse, ce qui en faisait l’une des institutions féminines les plus fermées et les plus prestigieuses d’Occident.
Face à cette entité autonome et richement dotée, les ducs de Lorraine engagèrent, siècle après siècle, un processus d’empiétement progressif sur ses prérogatives. Ce bras de fer féodal, dont les archives révèlent la complexité juridique, aboutit au XVe siècle à la prise du titre de Comtes de Remiremont par les ducs, concrétisant leur suzeraineté sur le chapitre. L’érection de la Haute Borne en 1492 matérialise précisément la conclusion formelle de ce long conflit de souveraineté : la borne fixe, dans la pierre et dans le paysage, la ligne de partage entre le domaine des chanoinesses et celui du Duché de Lorraine.



La lecture des symboles gravés sur la borne est à cet égard parfaitement éloquente. On y distingue deux armoiries juxtaposées : les clefs du Chapitre des Dames, symbole de l’autorité abbatiale et de son pouvoir spirituel et temporel, et la croix du Duché de Lorraine, emblème du pouvoir ducal. Ces deux figures héraldiques, gravées côte à côte sur un même bloc de grès, cristallisent en quelques centimètres carrés l’équilibre ou le compromis négocié entre deux puissances qui se sont longtemps disputé le contrôle du territoire vosgien. La date 1492, annus mirabilis dans l’histoire universelle, y est inscrite avec une précision qui souligne le caractère officiel et solennel de l’acte.
La localisation même de la borne ne doit rien au hasard. Implantée dans un environnement boisé dense, à l’écart des axes routiers principaux, elle délimitait une frontière juridictionnelle tracée au fil des sous-bois, selon un tracé que les historiens qualifient de « tortueuse », caractéristique des délimitations territoriales de l’Époque moderne. Cette position isolée soulève d’ailleurs une question qui demeure partiellement ouverte : combien de bornes de ce type ont-elles pu exister le long de cette frontière forestière, dont seule la Haute Borne aurait survécu au temps ?
Propriété de la commune de Saint-Étienne-lès-Remiremont, référencée sous le cadastre C 716, la Haute Borne est classée au titre des Monuments Historiques par arrêté du 1er mars 1966, ce qui lui confère la plus haute protection du droit du patrimoine français.
Quelques photos :


























Pour s’y rendre :
Depuis Saint-Etienne-lès-Remiremont, prendre la route de Saint-Romary, se garer dans le premier virage en épingle. Partir à pied sur le chemin principal qui monte, il tourne un coup à gauche, puis à droite. Vous allez par la suite voir un panneau indiquant la borne sur la droite, elle se trouve facilement à une centaine de mètres.
A proximité :
- Le Saint–Mont à St-Amé
- Le pont des fées à Saint-Étienne-lès-Remiremont
- La cascade de Miraumont à Saint-Étienne-lès-Remiremont
- L’Ermitage Saint-Arnould à Saint-Étienne-lès-Remiremont
Sur la carte :



