Le Bioparc de Doué-en-Anjou (49)

Avant d’être un lieu vivant peuplé d’animaux, le site du Bioparc de Doué-en-Anjou est d’abord un témoignage géologique remarquable, dont la lecture stratigraphique remonte au Miocène, soit environ vingt millions d’années avant notre ère. À cette époque, une mer peu profonde, connue sous le nom de Mer des Faluns, recouvrait la région du Saumurois. Son retrait progressif a laissé en héritage une formation sédimentaire caractéristique : le falun, agrégat dense de coquilles marines, de sable calcaire et d’argile cimentés, dont l’épaisseur atteint plusieurs mètres par endroits sous la commune de Doué-la-Fontaine, aujourd’hui intégrée à la commune nouvelle de Doué-en-Anjou (Maine-et-Loire, Pays de la Loire).

Cette roche coquillière, relativement tendre et facile à travailler, a été exploitée activement par l’homme depuis l’époque mérovingienne, d’abord pour la taille de sarcophages, une industrie funéraire régionale attestée archéologiquement, puis comme matériau de construction et comme amendement calcaire pour les terres agricoles. Des siècles d’extraction à ciel ouvert et en galeries souterraines ont façonné un réseau labyrinthique de carrières, caves et grottes creusées à même la roche, dont certaines présentent des voûtes dites « cathédrales » de plusieurs mètres de hauteur. Au début du XXe siècle, l’extraction décline. Les cavités, désormais désaffectées, sont progressivement reconverties en champignonnières et en caves à vin, avant de tomber dans l’oubli et la végétation.

C’est dans ce contexte de friche industrielle et de patrimoine souterrain abandonné qu’intervient, en 1960, la découverte décisive de Louis Gay, alors restaurateur à Doué-la-Fontaine. En explorant un vaste ensemble de carrières à ciel ouvert situé route de Cholet, il identifie un potentiel exceptionnel : des falaises calcaires à nu, des bambous géants et des noyers poussant entre les blocs effondrés, une végétation dense masquant des volumes architecturaux naturels considérables. Dès l’année suivante, après un défrichage mobilisant les jeunes du bourg, le Zoo des Minières ouvre officiellement ses portes le 14 juillet 1961, en présence du maire de Doué-la-Fontaine. Il s’étend alors sur un terrain aux reliefs tourmentés, organisé sur deux niveaux naturellement délimités par la stratigraphie de la roche. Ce qui frappe dès l’origine les premiers visiteurs, c’est l’atmosphère singulière du lieu : les animaux ne sont pas exposés dans des cages standards, mais dans les alvéoles et niches offertes par la topographie des anciennes carrières, sous des voûtes naturellement thermorégulées. L’intuition architecturale de Louis Gay est d’emblée structurante : conserver l’âme troglodytique du site tout en y inscrivant la présence animale comme un élément organique du paysage minéral.

L’histoire institutionnelle du Bioparc de Doué-en-Anjou se déroule sur trois générations successives de la famille Gay, chacune marquant une rupture paradigmatique dans la philosophie de gestion du parc. Louis Gay, fondateur et autodidacte de la conception paysagère, pose les fondements d’une muséographie animale immersive qui tranche avec les zoos contemporains à barreaux et grillages. Son fils, Pierre Gay, intègre la direction du parc en 1972 et y introduit une orientation radicalement nouvelle : celle de la conservation scientifique des espèces menacées. Dès 1981, le parc prend une décision pionnière en France en supprimant les cages au profit d’espaces naturalisés permettant aux animaux d’exprimer des comportements proches de ceux observés en milieu sauvage. Cette démarche, aujourd’hui banalisée dans la zoologie contemporaine, était alors avant-gardiste.

L’engagement de Pierre Gay dans la conservation dépasse rapidement le cadre du parc. En 1979, il rencontre Michel et Jean-François Terrasse, ornithologues engagés dans un programme de réintroduction des vautours fauves (Gyps fulvus) dans les Grands Causses. Cette rencontre est déterminante : dès 1983, le premier poussin de vautour fauve né au zoo est relâché dans les montagnes cévenoles, faisant du parc de Doué le premier zoo français à fournir des oiseaux pour un programme national de réintroduction d’espèces sauvages. Cette action pionnière pour les rapaces nécrophages est aujourd’hui poursuivie avec les vautours moines (Aegypius monachus) et les vautours percnoptères (Neophron percnopterus). En 1999, Pierre Gay succède officiellement à son père à la direction du parc. En 2001, pour les quarante ans du zoo, il structure formellement l’engagement international en soutenant 40 Projets Nature à travers le monde, un chiffre symbolique qui inaugure le fonds de dotation Bioparc Conservation, outil juridique dédié au financement d’actions de terrain.

En 2011, à l’occasion du cinquantième anniversaire du parc, le Zoo de Doué-la-Fontaine change de dénomination pour devenir le Bioparc, nom qui traduit explicitement le glissement identitaire opéré : d’un zoo à vocation récréative vers un parc zoologique à mission conservatoire. La troisième génération, représentée par François Gay, fils de Pierre, assure aujourd’hui la codirection du site aux côtés de son père. Le parc s’étend désormais sur 17 hectares et abrite environ 2 000 animaux appartenant à 130 espèces, dont une proportion significative figure sur les listes rouges de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN). Parmi les espèces les plus emblématiques figure le rhinocéros noir (Diceros bicornis), dont le Bioparc est l’un des rares établissements français à disposer d’une population reproductrices, ainsi que l’okapi (Okapia johnstoni), mammifère forestier congolais classé « vulnérable », accueilli dans un espace dédié de 4 000 m². Le parc est par ailleurs premier parc zoologique privé de France à avoir été admis en qualité de membre permanent de l’Association Européenne des Zoos et Aquariums (EAZA), garantissant sa participation à plus de 80 Programmes Européens pour les Espèces menacées (EEP).

Ce qui distingue le Bioparc de Doué-en-Anjou de l’ensemble des établissements zoologiques mondiaux n’est pas seulement son engagement conservatoire, mais bien sa configuration architecturale intrinsèque : il s’agit, à ce jour, du seul zoo troglodytique au monde. Cette qualification n’est pas un argument commercial ; elle correspond à une réalité géo-architecturale précise. Le substrat de falun, dont la porosité et la malléabilité permettent de creuser des volumes importants sans recours à des étaiements lourds, a servi de matériau premier à l’ensemble des aménagements du parc. Les galeries souterraines reliant les différents espaces thématiques constituent un réseau naturellement thermorégulé, maintenant une température fraîche en été et tempérée en hiver, ce qui présente un avantage fonctionnel considérable pour certaines espèces sensibles aux amplitudes thermiques.

Les espaces zoologiques majeurs ont tous été sculptés à même la roche : la Vallée des rhinocéros noirs, creusée sur près de deux hectares avec un relief contrasté reproduisant une steppe africaine ; le Canyon des léopards, dont la verticalité des parois offre aux félins des zones d’escalade et de marquage territorial ; le Camp des girafes, spectaculaire enclos à ciel ouvert dont la vue plongeante depuis l’entrée du parc constitue le premier contact visuel du visiteur avec la faune africaine. Plus remarquable encore du point de vue de l’ingénierie : la Grande Volière sud-américaine, d’une superficie de 10 000 m², entièrement excavée dans le falun à la manière d’un labyrinthe rocheux ouvert. Elle accueille plus de 600 oiseaux en vol libre représentant 35 espèces, et constitue l’une des plus grandes volières d’Europe. La roche elle-même, avec ses teintes ocre et ses alvéoles naturelles, mime les falaises côtières et les arides canyons d’Amérique du Sud que fréquentent manchots de Magellan, aras, ibis et flamants du Chili.

Cette adéquation entre le substrat géologique régional et les exigences éthologiques des espèces hébergées constitue la clef de voûte de la philosophie du Bioparc : non pas reconstituer artificiellement des environnements exotiques, mais laisser la roche dicter la forme des espaces, puis y introduire les espèces dont les besoins comportementaux trouvent une réponse dans ce relief naturel façonné par vingt millions d’années de sédimentation marine. Ce continuum entre géologie, histoire humaine de l’extraction et conservation animale contemporaine confère au site une densité de sens peu commune dans le panorama des parcs zoologiques européens. La saison 2025 a encore témoigné de la vitalité des programmes d’élevage conservatoire avec les naissances de lions, panthères des neiges, gazelles dama, girafes et d’un vautour fauve destiné à être réintroduit en Bulgarie. Qu’adviendra-t-il des espaces souterrains encore non excavés, de ces volumes inconnus que la roche garde encore dans ses flancs ? La réponse appartient sans doute aux générations futures.

La visite du Bioparc de Doué-en-Anjou s’inscrit dans une journée complète, et le parc a structuré ses infrastructures d’accueil en conséquence. Plusieurs points de restauration sont répartis sur le site : un restaurant proposant des plats préparés sur place à partir de produits biologiques et locaux, accompagné de snack-bars dotés de terrasses ombragées. Des sanitaires sont accessibles en plusieurs points du parcours. En fin de visite, une boutique conclut le circuit.

Bonne visite !

Adresse : 103 Rue de Cholet, 49700 Doué-en-Anjou

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