


Dans la commune de Doué-en-Anjou, anciennement Doué-la-Fontaine, se trouve un ensemble souterrain d’exception qui conjugue géologie, artisanat funéraire, architecture troglodytique et usages pluriels au fil des siècles. Cet article se propose d’analyser, sous l’angle historique et archéologique, le site connu sous l’appellation « Troglodytes & Sarcophages ». Il s’agit d’une carrière de sarcophages mérovingienne exploitée dans le falun, puis réemployée comme refuge, ferme troglodytique, chapelle ou cave viticole.
Le matériau exploité dans ce site est le falun, un calcaire coquillier de l’ère Miocène moyen, dont la région de Doué-en-Anjou conserve des bancs remarquables. Ces sédiments résultent de la « mer des faluns », peu profonde, qui occupait l’actuel Val de Loire. Dans ce contexte, les anciens carriers ont pu creuser des galeries dans la roche relativement tendre, créant des espaces troglodytiques aux volumes insoupçonnés.
L’intérêt majeur de la localisation tient aussi à la densité de troglodytes dans cette partie de l’Anjou : habitations creusées, caves, pressoirs, mais aussi carrières d’extraction. Cependant, la particularité du site de Doué-en-Anjou est son lien direct avec la fabrication de sarcophages monolithes, un usage funéraire rarement observable dans cette configuration.




Les fouilles menées entre 1989 et 1996 ont montré que la carrière dénommée « Site de la Seigneurie » est actuellement le seul site connu et partiellement étudié en France où une extraction souterraine dédiée aux sarcophages ait été identifiée. L’exploitation se situe dans le courant du VIᵉ siècle (époque mérovingienne). On y observe des galeries sur près d’un hectare, où sont identifiées des traces d’éclairage, d’aération, de progression de taille, ainsi que le façonnage des cuves et couvercles monolithes.
Les sarcophages en pierre taillée étaient extraits, dégrossis sur place, puis acheminés hors de la galerie pour être installés dans un cadre funéraire. Cette chaîne opératoire d’extraction, dégrossissage, transport, finition, a pu être reconstituée à partir des indices archéologiques. Le choix de ce type de pierre est lié à sa capacité à être taillée et à sa durabilité, ce qui explique son usage dans des contextes funéraires de prestige.
Au-delà de la phase initiale, le site connaît une série de transformations. Dès le haut Moyen Âge, les galeries peuvent être utilisées comme refuge souterrain, notamment face aux incursions vikings ou autres menaces. Une chapelle troglodytique est aménagée au XIIᵉ siècle, ainsi qu’une ferme troglodytique. Plus tard, au fil des siècles, les galeries serviront de caves à vin, de silo à grains. Ces réaffectations témoignent d’une grande adaptabilité des troglodytes et de la pierre de falun. Ces usages multiples font du lieu un « palimpseste souterrain » où se superposent fonctions artisanales, religieuses, domestiques et viticoles.




Comme l’indique la notice du patrimoine, le « Site de la Seigneurie » a été inscrit au titre des Monuments historiques le 29 juin 1998. Cette protection reconnaît tant la valeur archéologique de la carrière de sarcophages que l’intérêt historique des troglodytes associés. Le site constitue un témoin exceptionnel de l’exploitation souterraine du falun, de l’artisanat funéraire mérovingien et des réemplois troglodytiques. Pour l’archéologue, il offre une rare occasion d’étudier une chaîne opératoire complète de taille de pierre dans un contexte souterrain de l’Antiquité tardive.
Aujourd’hui, le site « Troglodytes & Sarcophages » ouvre ses galeries aux visiteurs avec des parcours guidés ou libres. Il présente des panneaux explicatifs, des ateliers pédagogiques, des animations (chasses au trésor, escape game) qui s’appuient sur les volumes troglodytiques. Cette valorisation s’inscrit dans la logique de diffusion du patrimoine mais pose la question de l’équilibre entre conservation et accueil. Les galeries doivent être maintenues dans des conditions stables de température/hygrométrie pour éviter la détérioration de la roche ou des traces d’outils.
Le site « Troglodytes & Sarcophages » à Doué-en-Anjou constitue un témoignage rare et riche de l’artisanat funéraire mérovingien, de l’architecture troglodytique et des réaffectations souterraines à travers plus de 1 500 ans. Il permet de suivre l’histoire d’une roche – le falun – et de sa transformation par l’homme, de la taille du sarcophage aux usages de refuge ou de cave viticole. Encore partiellement méconnu dans ses moindres recoins, il conserve ce soupçon de mystère que tout bon archéologue s’attend à rencontrer. Le site est inscrit aux Monuments historiques.
Bonne visite !
Quelques photos :



































Pour s’y rendre :
Adresse :
1 Rue de la Croix Mordret, 49700 Doué-la-Fontaine
A proximité :
- Le Bioparc de Doué-la-Fontaine
- Aula Carolingienne à Doué-la-Fontaine
- Le mystère des Faluns à Doué-la-Fontaine
- Les arènes de Doué-la-Fontaine
- Les ruines de l’ancienne église Saint-Denis de Doué-la-Fontaine
Sur la carte :



