

La fontaine Saint-Marcouf se dresse à proximité de l’église et du cimetière communal de Saint-Marcouf, dans le Cotentin (Manche), au pied d’une légère éminence de terrain. Sa datation, établie par l’analyse de son appareil architectural, la situe entre la fin du XIIIe siècle et le début du XIVe siècle. L’édifice se distingue par une conception singulière : loin du simple bassin ou du puits rudimentaire, il adopte l’apparence extérieure d’une petite maison de pierre, coiffée d’une toiture minérale, tandis que son volume intérieur adopte un plan carré abritant la source. Une niche est aménagée au-dessus de l’ouverture donnant accès à l’eau ; elle accueillait autrefois une statue de saint Marcouf, aujourd’hui décapitée, une mutilation dont l’origine exacte, accidentelle ou volontaire, demeure incertaine et alimente encore les interrogations locales.





L’édifice s’inscrit dans le culte rendu à Marcouf, abbé bénédictin du VIe siècle né près de Bayeux vers 500 et mort en 588 sur les îles qui portent aujourd’hui son nom, fondateur du monastère de Nantus à l’origine du village. Ce saint est traditionnellement invoqué pour la guérison des écrouelles et des furoncles, affections cutanées et ganglionnaires assimilées à la tuberculose ; la fontaine servait de lieu de pèlerinage thérapeutique, où les malades se dévêtaient partiellement pour s’immerger dans ses eaux réputées curatives. Le secteur environnant a par ailleurs livré un mobilier archéologique évocateur d’une occupation ancienne du site : une monnaie d’or mérovingienne ainsi que deux sarcophages, l’un en tuf, l’autre en calcaire de Valognes, mis au jour lors de travaux de fondation à proximité. Contrairement à l’église paroissiale voisine, inscrite au titre des monuments historiques en 2007, la fontaine elle-même ne semble pas bénéficier, à ce jour, d’une protection distincte et clairement établie à ce titre.
Saint Marcouf, l’abbé thaumaturge du Cotentin
Marcouf naît vers l’an 500 dans la région de Bayeux, en une période où le christianisme s’implante encore progressivement dans les campagnes de l’ouest de la Neustrie. Ordonné prêtre par Possesseur, évêque de Coutances, il embrasse la vie monastique et devient abbé bénédictin. Son action se concentre sur l’évangélisation du Cotentin et des îles voisines de la Manche : il fonde un monastère important au lieu-dit Nantus, sur un terrain concédé par le roi Childebert et la reine Ultrogote, site qui deviendra par la suite le village de Saint-Marcouf-de-l’Isle. Deux îlots proches, alors nommés Doulimones, prendront eux aussi son nom. Son rayonnement dépasse le seul Cotentin puisqu’il envoie son disciple Hélier convertir les habitants de Jersey, île qu’il visite personnellement et où plusieurs miracles lui sont traditionnellement attribués. Il meurt le 1er mai 588.
C’est toutefois la réputation thaumaturgique de Marcouf qui a le plus durablement marqué la mémoire collective : invoqué pour la guérison des écrouelles, une forme d’adénite tuberculeuse touchant les ganglions cervicaux, et des affections cutanées, son culte prend une dimension inattendue au Moyen Âge central. Lors des invasions normandes, ses reliques sont transférées de Nantus vers l’abbaye de Corbény, en Champagne, pour les soustraire aux pillages. C’est précisément ce transfert qui va sceller le destin du saint dans l’histoire politique du royaume : à partir du règne de Jean le Bon, les rois de France nouvellement sacrés à Reims se rendent en pèlerinage à Corbény pour y recevoir, selon la tradition, le pouvoir de guérir les écrouelles par simple imposition des mains, rite qui perdurera, sous une forme cérémonielle, jusqu’aux derniers siècles de la monarchie. Un petit reliquaire conservé dans l’église de Champcey atteste, aujourd’hui encore, de la persistance locale de ce culte dont l’origine exacte du pouvoir guérisseur attribué au saint continue d’interroger historiens et hagiographes.
Quelques photos :











Pour s’y rendre :
2 Route du 5 Juin 1944
50310 Saint-Marcouf
A proximité :
- L’église Saint-Marcouf de Saint-Marcouf
- Batterie de Crisbecq à Saint-Marcouf
- Batterie d’Azeville à Azeville
Sur la carte :



