

Sur la commune de Saint-Martin-de-Varreville, dans la Manche, à environ quatre kilomètres au nord du musée d’Utah Beach, se dresse un monument qui condense en une seule colonne de pierre deux épisodes majeurs de la libération de la France. Implanté sur le site des dunes littorales, en bordure de la D421, cet édifice appartient à une série de dix monuments d’apparence identique, conçus par l’architecte Yves-Marie Froidevaux et érigés à l’initiative du Comité du débarquement dans les années suivant la guerre. Sa colonne massive porte deux inscriptions distinctes : la première rappelle qu’à l’aube du 6 juin 1944, jour de l’opération Overlord, les armées alliées prirent pied sur ce littoral qui devint le secteur d’Utah Beach, l’une des cinq plages retenues par le commandement allié pour l’assaut amphibie contre le mur de l’Atlantique ; la seconde, surmontée d’un buste du général Philippe Leclerc, signale l’endroit précis où, le 1er août 1944, la 2e Division Blindée française toucha à son tour le sol de la métropole. Cette superposition chronologique n’est pas anodine : entre l’assaut initial mené par la 4e division d’infanterie américaine et le débarquement de Leclerc s’écoulent près de deux mois, durant lesquels la tête de pont normande se consolide face à une résistance allemande acharnée, absorbe un flux ininterrompu de troupes et de matériel par les plages du Cotentin, puis se prépare à l’opération Cobra qui doit enfin ouvrir la voie hors du bocage normand.




L’analyse du contexte militaire éclaire l’importance stratégique de ce secteur bien au-delà de la seule journée du 6 juin. Occupée par l’armée allemande depuis juin 1940, la région avait vu s’édifier, à partir de 1942, un dense système fortifié intégré au mur de l’Atlantique, comprenant batteries côtières, casemates et points d’appui destinés à interdire tout débarquement. Dans la nuit précédant l’assaut, des unités aéroportées américaines de la 101e division neutralisent une batterie d’artillerie allemande installée sur la commune ; les historiens notent avec un certain étonnement que les pièces attendues n’y furent jamais retrouvées, un détail qui continue d’alimenter les interrogations sur les mouvements réels de la défense côtière allemande à la veille de l’invasion. Utah Beach demeure ensuite, durant tout l’été 1944, un point de débarquement essentiel pour l’effort logistique allié, y compris après la chute de Cherbourg fin juin. C’est dans ce contexte que survient, le 1er août, le débarquement de la 2e DB : environ seize mille hommes, deux cent cinquante-deux chars et près de deux cent cinquante mille tonnes de matériel franchissent le rivage par un ponton dont les vestiges demeurent visibles sur la plage. Cette division, reconstituée sous le commandement de Leclerc à partir du 24 août 1943 à l’issue des campagnes menées en Afrique équatoriale française, au Tchad et jusqu’à l’oasis libyenne de Koufra, puis engagée aux côtés des Britanniques lors de la campagne de Tunisie achevée en mai 1943, entre alors en jeu à un moment charnière de la bataille de Normandie, peu après la percée d’Avranches qui ouvre la route vers Paris et, au-delà, vers l’est du pays. Autour du monument, l’espace mémoriel conserve trois véhicules blindés d’époque et une borne commémorative, dite « borne n°1 du serment de Koufra », qui rappelle l’engagement prononcé par Leclerc en Libye en mars 1941 de ne déposer les armes qu’une fois le drapeau français hissé sur la cathédrale de Strasbourg, serment tenu à la lettre le 23 novembre 1944, à l’issue d’une campagne qui conduira la division de Normandie jusqu’en Alsace puis en Bavière. Le long de la crête dunaire subsistent également les vestiges de dix-huit blockhaus allemands, témoins muets et encore largement inexplorés d’un système défensif dont l’ampleur exacte reste, par endroits, à préciser.




Chaque année, au début du mois d’août, la commune organise une cérémonie commémorative devant le monument, perpétuant une mémoire locale portée notamment par les élus successifs de Saint-Martin-de-Varreville. L’église paroissiale voisine, dédiée à saint Martin, conserve pour sa part des vitraux représentant le débarquement du général Leclerc, tandis qu’une statue de Vierge à l’Enfant du XVe siècle en albâtre y bénéficie d’un classement au titre des monuments historiques depuis 1980, une protection patrimoniale distincte de celle, ou plutôt de l’absence de celle, qui entoure le monument commémoratif lui-même. En l’état des sources consultées, le Monument Leclerc et le mémorial du débarquement de la 2e DB à Saint-Martin-de-Varreville ne font l’objet d’aucune inscription ni d’aucun classement au titre des monuments historiques ; seul l’objet mobilier conservé dans l’église bénéficie, lui, de cette protection.
Quelques photos :

































Pour s’y rendre :
Depuis Saint-Martin-de-Varreville, prendre la D423 en direction des plages du débarquement, puis tourner à droite sur la D421, le monument se trouve sur la gauche un peu plus loin.
A proximité :
- Musée du Débarquement à Sainte-Marie-du-Mont-Parcelle
- Musée Airborne de Sainte-Mère-Église
- Batterie d’Azeville
Sur la carte :



