Thermes antiques d’Alauna – Valognes (50)

À la sortie nord de Valognes, dans la Manche, se dressent les ruines les plus hautes conservées en élévation de toute la Normandie romaine, avec le théâtre antique de Lillebonne. Ces maçonneries, qui culminent encore à plus de douze mètres, appartiennent aux thermes publics de l’ancienne cité d’Alauna, capitale du peuple gaulois des Unelles durant le Haut-Empire. Fondée sous le règne d’Auguste, cette agglomération s’étendait sur plus de quarante-cinq hectares et figure dans deux documents antiques majeurs, l’Itinéraire d’Antonin et la Table de Peutinger, tous deux rédigés vers le IIIe siècle de notre ère. Longtemps prises pour les vestiges d’un château fort, ce que rappelle encore le toponyme local du « Castelet », ces ruines n’ont révélé leur véritable origine et leur fonction thermale qu’à la faveur des premières fouilles conduites en 1695. La ville antique, dont le plan précis n’a été redécouvert qu’au cours des campagnes archéologiques menées entre 2012 et 2021 sous la direction de Laurent Paez-Rezende, Laurence Jeanne et Caroline Duclos, restait pourtant, jusqu’à cette date, connue presque exclusivement à travers des publications savantes des XVIIIe et XIXe siècles. Ces recherches récentes ont notamment permis d’identifier un vaste forum et son sanctuaire principal, confirmant le rang de capitale de cité qu’occupait Alauna sur le territoire des Unelles, un territoire correspondant approximativement à l’actuel diocèse de Coutances. Le nom même de la cité antique a laissé une trace discrète dans la toponymie locale, puisqu’il a donné naissance au hameau d’Alleaume, aujourd’hui rattaché à la commune de Valognes.

L’édifice thermal, construit au milieu du Ier siècle de notre ère, développait à l’origine une surface d’environ 1 020 m², organisée selon un plan symétrique associant six salles froides et quatre salles chaudes. L’ensemble du complexe s’inscrit dans un carré régulier de 36,5 mètres de côté, dont la superficie totale atteint 1 225 m² : cette dimension correspond très exactement à un actus quadratus, soit cent vingt pieds romains de côté, une unité de mesure agraire dont l’emploi trahit une conception architecturale rigoureusement planifiée. La largeur des murs extérieurs, fixée à 1,20 m, soit quatre pieds romains ou une ulna, obéit au même souci de proportion modulaire. Le parcours de bain suivait un cheminement rituel bien codifié : le baigneur se dévêtait dans les vestiaires (apodyterium), traversait éventuellement l’étuve sèche ou humide (laconium, sudatorium), se faisait racler la peau au strigile dans le destrictarium, puis progressait des salles tièdes (tepidarium) vers les salles chaudes (caldarium), organisées autour d’une salle chaude circulaire remarquable, avant de refermer les pores de la peau dans les bassins froids (frigidarium, natatio de forme absidiale). L’eau était acheminée par un aqueduc depuis la source du Bû, dont le tracé demeure visible dans l’angle sud du bâtiment, à quatre mètres au-dessus du sol actuel ; elle alimentait piscines, baignoires, fontaines et vasques, avant qu’une partie ne soit dirigée vers une chaudière de bronze surmontant les foyers de chauffe (praefurnium). Un dispositif d’hypocauste, desservi par trois foyers, assurait ainsi le chauffage au sol des pièces chaudes et tièdes, tandis que les eaux usées rejoignaient un réseau d’égouts se déversant vers le Merderet. Les fouilles ont également livré des fragments de marbre blanc et des enduits peints aux teintes bleutées, témoins d’un décor intérieur soigné, probablement complété de statues et de lampes à huile. Au IIe siècle, l’établissement fut légèrement remanié par l’ajout d’une salle chaude supplémentaire et de latrines, avant de cesser toute activité vers la fin du IIIe siècle, en même temps que s’amorçait le déclin général de la cité, dont l’abandon progressif se poursuivit durant tout le Ve siècle.

Curieusement épargnés par les bombardements qui ravagèrent Valognes en juin 1944, les thermes ne firent l’objet de sondages archéologiques modernes qu’entre 1954 et 1968, avant que trois campagnes de fouilles exhaustives, menées de 1989 à 1992 à la demande de la municipalité, ne permettent d’en établir définitivement le plan et la chronologie. Le site fut alors aménagé en jardin archéologique ouvert au public. L’histoire d’Alauna après le IIIe siècle demeure toutefois nettement plus obscure : les données archéologiques n’excluent pas un maintien ténu de l’occupation du site, sous des formes encore mal définies, avant que de nouvelles constructions n’y soient formellement attestées aux XIIe et XVe siècles, notamment dans le quartier de la Victoire puis à proximité immédiate des thermes. Si l’essentiel du complexe balnéaire est aujourd’hui bien documenté, de nombreuses structures maçonnées repérées aux alentours conservent une fonction encore incertaine, tout comme le devenir exact de la capitale des Unelles, dont le statut administratif semble avoir été transféré vers Cosedia, l’actuelle Coutances, à l’extrême fin du IIIe siècle ou au début du IVe siècle. L’ampleur réelle de la ville antique, dont plusieurs quartiers artisanaux et de vastes demeures à cour n’ont été formellement identifiés que très récemment, continue ainsi de réserver aux archéologues d’importantes zones d’ombre, sous les prairies qui recouvrent encore aujourd’hui la majeure partie du site. Les thermes antiques d’Alauna sont inscrits au titre des monuments historiques depuis la liste de classement de 1862.

6 Rue du Balnéaire

50700 Valognes

  • Le Hangar à Dirigeable à Écausseville
  • Le musée de l’horlogerie à Fresville
  • Pont romain du Cul du Fer à Flottemanville

One thought on “Thermes antiques d’Alauna – Valognes (50)

  1. J’aime beaucoup ces ruines qui montrent que la manche n’est pas seulement un département qui privilégie les souvenirs de la Seconde Guerre Mondiale.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

error: Ce contenu est protégé !