

Isolé au milieu des anciens marais de la Vire, sur le territoire de la commune de Saint-Fromond, le château de la Rivière constitue l’un des vestiges les plus significatifs de l’architecture militaire médiévale du Cotentin. Son origine remonte à environ 1090, lorsque Odon de Conteville, évêque de Bayeux et demi-frère de Guillaume le Conquérant, fait édifier une place forte destinée à contrôler l’est du cours de la Vire, alors zone stratégique soumise à l’influence des marées.
L’édifice s’inscrit dans un dispositif défensif plus large, associé aux forteresses voisines d’Isigny, de Neuilly et de Crespon, conçu pour surveiller un territoire encore largement soumis aux mouvements de la mer. Passé sous l’autorité de la seigneurie du Hommet dès le XIIIe siècle, un titre de 1228 désigne Guillaume III du Hommet comme seigneur du Hommet et de la Rivière, le domaine connaît ensuite une succession dynastique complexe : à la mort de Jourdain III du Hommet en 1272, la baronnie se scinde entre ses deux filles, l’une héritant du Hommet-en-Villiers, l’autre du Hommet-la-Rivière. C’est à la toute fin du XIIIe siècle que Geoffroy de Montenay, alors seigneur des lieux, octroie une rente aux religieux du prieuré voisin de Saint-Fromond en échange de l’édification d’une chapelle privée au sein même du château, détail qui laisse supposer l’existence d’un ensemble castral bien plus vaste que ne le suggèrent les ruines actuelles, et dont la configuration exacte demeure, aujourd’hui encore, largement hypothétique.




L’édifice que l’on observe de nos jours ne correspond toutefois pas à cette première fondation. Le château passe en 1462 entre les mains de Christophe de Cerisay, après que la famille de Montenay s’en fut dessaisie ; c’est vraisemblablement son successeur, Guillaume de Cerisay, qui entreprend la reconstruction quasi intégrale de la forteresse dans la seconde moitié du XVe siècle, lui donnant l’essentiel de la physionomie que révèlent encore les vestiges actuels. Le plan adopté est celui d’une vaste enceinte polygonale ceinte de fossés, flanquée de tours circulaires dont l’une joue le rôle de donjon. En 1811, l’abbé Demons consigne une description précieuse de l’ensemble, encore largement intact à cette date : il y relève des mâchicoulis surmontant l’entrée, des logements pour les leviers du pont-levis, ainsi que des rainures destinées à la manœuvre d’une herse, l’accès étant flanqué de deux tours défensives. Il mentionne également un colombier remarquable, conçu pour doubler d’une fonction défensive, ainsi qu’une tour basse et voûtée que la tradition locale désignait sous le nom de « la Prison », une appellation dont l’origine exacte, faute de sources judiciaires conservées, reste à ce jour incertaine. En 1698, le château entre dans le patrimoine de la famille d’Argouges. Sa dernière occupante noble, la princesse Louise Pauline Françoise de Montmorency-Luxembourg, baronne du Hommet-la-Rivière, quitte définitivement les lieux en 1818 ; ses biens, placés sous séquestre pendant son émigration, sont vendus, Charles Le Parquois s’en portant alors acquéreur.




Le XXe siècle inflige au château ses blessures les plus profondes. En 1944, durant les combats consécutifs au débarquement de Normandie, l’édifice sert de dépôt de munitions et se trouve dynamité par l’armée allemande avant son repli, provoquant des destructions considérables par rapport à l’état décrit un siècle plus tôt. Les décennies suivantes voient se succéder plusieurs propriétaires, parmi lesquels le Touring Club de France, qui installe sur le site un camping puis, dans les années 1960, un centre naturiste, épisode singulier dans la trajectoire d’un monument militaire du XVe siècle. Depuis 2006, propriété privée, le château connaît une nouvelle vocation : ses ruines, désormais interdites d’accès afin de préserver la tranquillité des occupants, abritent une importante colonie de cigognes qui y nidifient chaque printemps, faisant de cette ancienne forteresse un site autant ornithologique qu’archéologique. À ce jour, contrairement à l’église abbatiale voisine de Saint-Fromond, inscrite au titre des monuments historiques en 2014, le château de la Rivière ne fait l’objet d’aucune protection officielle au titre des monuments historiques.
Quelques photos :

























































Pour s’y rendre :
1 Château de la Rivière
50620 Saint-Fromond
A proximité :
- Tumulus de la Butte à Carentan-les-Marais
- Musée du Carrefour de l’Homme Mort à Carentan-les-Marais
- Les arcades médiévales à à Carentan-les-Marais
Sur la carte :




C’est amusant de voir autant de cigognes sur ce château. On ne sait plus si on est en Alsace ou dans la Manche. en tout cas c’est un très beau château qui mériterait d’être mieux mis en valeur.