Fort de la Hougue – Saint-Vaast-la-Hougue (50)

Édifié sur une presqu’île rocheuse de la côte est du Cotentin, dans l’actuel département de la Manche, le fort de la Hougue occupe un site dont l’histoire remonte bien avant l’ère moderne : des fouilles programmées conduites entre 1978 et 1985 sous la direction de l’archéologue Gérard Fosse y ont mis au jour une occupation humaine datée du Moustérien, phase du Paléolithique moyen correspondant à la seconde moitié du dernier interglaciaire, entre 100 000 et 35 000 ans avant notre ère, attestée par un outillage lithique varié taillé dans le silex. Le toponyme lui-même trahit cette ancienneté : « la Hougue » dérive du terme norrois « haugr », désignant une hauteur ou un promontoire, héritage de la présence scandinave sur ces côtes. Le site, exposé aux incursions venues d’outre-Manche, connaît ensuite plusieurs épisodes d’occupation ou de pillage anglais, notamment en 1357 sous la garnison de Robert de Ewes, puis en 1405 lorsque le duc de Lancastre, futur Henri V d’Angleterre, y débarque avant de ravager une trentaine de paroisses environnantes. C’est toutefois la défaite navale de 1692, connue sous le nom de bataille de la Hougue, qui scelle le destin militaire du promontoire : douze vaisseaux de la flotte de Louis XIV, venus se réfugier dans la rade entre Tatihou et la Hougue, y sont incendiés par la flotte anglo-hollandaise sous les yeux impuissants de la population. Cette humiliation stratégique décide le roi à faire fortifier durablement la baie selon les plans de Vauban, alors même que l’ingénieur avait envisagé le projet dès 1686 sans qu’il ne soit mis en œuvre à temps.

Les travaux débutent en 1694 sous la conduite de l’ingénieur Benjamin de Combes, élève de Vauban, et s’achèvent en 1699 lors de l’inspection du maréchal lui-même. L’ouvrage se structure autour d’une tour d’artillerie tronconique haute d’une vingtaine de mètres et large de seize mètres à sa base, conçue pour croiser ses tirs avec sa jumelle érigée sur l’île de Tatihou, trois kilomètres au large, formant ainsi un verrou defensif rendant la rade de Saint-Vaast difficilement franchissable. La tour se distribue sur trois niveaux voûtés desservis par un escalier en vis logé dans une tourelle hors œuvre coiffée d’une calotte hémisphérique ; ses sous-sols abritent une citerne, des magasins à vivres et une poudrière, tandis que la plate-forme sommitale, protégée par un parapet crénelé percé de six embrasures, pouvait recevoir autant de pièces d’artillerie. L’accès en était protégé par une fausse-braie précédée d’un fossé sec franchissable par pont-levis, la porte elle-même équipée de créneaux de fusillade et d’un assommoir. Aux XVIIIe et XIXe siècles, un rempart bastionné vient renforcer le front terrestre de l’édifice, complété en 1850 par deux nouvelles batteries de canons installées au nord et au sud de la tour. Paradoxalement, ce dispositif conçu pour repousser un assaut ne connut jamais d’engagement direct : les progrès de l’artillerie entraînent son déclassement militaire dès le milieu du XIXe siècle, et le fort, resté propriété de la Marine, fut davantage un poste de surveillance qu’un théâtre d’affrontement, au point d’inspirer en 1892 une toile du peintre Eugène Boudin. Entre 1943 et 1944, les forces d’occupation allemandes l’intègrent au Mur de l’Atlantique en y aménageant une quinzaine de bunkers, dont certains subsistent aujourd’hui aux côtés d’un canon de 95 mm resté en place, ultime témoin muet de fonctions qui ne furent, in fine, presque jamais activées. Le fort de la Hougue est inscrit depuis 1929 au titre des monuments historiques, classement étendu par arrêté du 20 novembre 2015 à l’ensemble de l’ouvrage, glacis et sols compris, et il figure depuis 2008 sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO au titre du réseau des sites majeurs de Vauban.

Depuis Saint-Vaast-la-Hougue, prendre Rue de la Gare, puis Route de la Hougue (D1E1), grand parking sur la presqu’île avant d’arriver au fort de la Hougue.

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