Tumulus – Colombiers-sur-Seulles (14)

Sur le territoire de la commune de Colombiers-sur-Seulles, dans le Calvados, un plateau dominant la vallée de la Seulles porte l’un des plus anciens édifices de pierre connus en Europe occidentale. Le tumulus, daté du Ve millénaire avant notre ère, aux alentours de 4500 à 4000 avant J.-C. selon les campagnes de datation les plus récentes, précède ainsi de près de deux millénaires la construction des grandes pyramides égyptiennes. Il s’agit à ce jour du plus ancien monument de pierre recensé en Normandie et, fait remarquable, du seul représentant de ce type architectural conservé en Basse-Normandie. L’édifice appartient à la grande famille des sépultures collectives néolithiques, ces monuments funéraires destinés non pas à un individu isolé mais à une communauté entière, pratique caractéristique des premières sociétés agricoles et pastorales sédentarisées dans le Bessin. Ses dimensions imposent le respect : environ soixante mètres de longueur pour une largeur variant de neuf à seize mètres selon les extrémités, et une hauteur maximale avoisinant deux mètres soixante-dix. Il se situe à quelques centaines de mètres seulement d’un autre témoin de cette période, le menhir dit Pierre Debout ou menhir des Demoiselles, ce qui laisse supposer une occupation ancienne et structurée du territoire, où les édifices mégalithiques semblent avoir répondu à une logique d’implantation encore mal comprise aujourd’hui. Cette proximité pose une question restée sans réponse définitive : les bâtisseurs de ces deux monuments appartenaient-ils à une même communauté, ou ces édifices marquaient-ils, à des époques distinctes, un même lieu de mémoire collective au sein d’un paysage jugé stratégique ?

L’architecture du tumulus de Colombiers-sur-Seulles témoigne d’une maîtrise technique remarquable pour son époque. La structure repose sur un amas de terre et de cailloutis, compartimenté intérieurement par des cloisons de pierre et de bois, un procédé qui permettait sans doute de stabiliser la masse du tertre au fil de ses différentes phases de construction. L’ensemble est ceinturé de murets montés en pierres sèches, alternant par endroits avec des tronçons d’orthostates, ces grandes dalles verticales plantées de chant qui composent le parement extérieur du monument. Or, la chambre funéraire proprement dite n’occupe qu’une portion infime de cette masse considérable : de plan circulaire, elle était accessible depuis l’extérieur par un couloir étroit, disposition qui suggère un usage réservé, probablement rituel, distinct de la simple inhumation. Les fouilles y ont révélé de nombreux ossements humains, certains présentant des traces de crémation partielle, un indice qui interroge encore sur les pratiques funéraires précises pratiquées en ce lieu : incinération rituelle, exposition préalable des corps, ou combinaison des deux gestes au fil des générations d’inhumés. Le site fut identifié et fouillé une première fois entre 1825 et 1830 par Arcisse de Caumont, figure fondatrice de l’archéologie normande, accompagné de l’abbé Gervais de La Rue. Caumont signala alors, du côté ouest du tertre, l’existence d’une petite chambre ronde d’environ un mètre cinquante de diamètre, bordée de grosses pierres plantées de chant, distincte de la chambre principale. Or cette seconde structure, pourtant décrite avec précision au XIXe siècle, n’a jamais été retrouvée lors des campagnes de fouilles modernes, laissant planer une zone d’ombre sur la configuration exacte du monument à ses origines. De nouvelles investigations furent menées en 1969 par Édouard Lagnel, puis entre 1989 et 1997 par une équipe conjointe dirigée par Antoine Chancerel et l’archéologue britannique Ian Kinnes, permettant d’affiner considérablement la chronologie et la compréhension architecturale du site.

Sur le plan typologique, le tumulus de Colombiers-sur-Seulles occupe une place singulière dans l’histoire du mégalithisme occidental : il constitue un monument intermédiaire entre deux traditions architecturales funéraires du Néolithique. D’un côté, il reprend les caractéristiques des tertres non mégalithiques, les plus anciennes structures funéraires connues dans la région, à savoir une forme très allongée, un plan trapézoïdal et des dimensions généreuses. De l’autre, il se rattache déjà à la famille des cairns classiques en pierres sèches par sa chambre funéraire circulaire, bordée de grandes pierres et reliée à l’extérieur par un couloir d’accès, dispositif qui annonce les architectures mégalithiques plus abouties qui se développeront par la suite dans l’ouest de la France. Cette position charnière fait de Colombiers-sur-Seulles un jalon précieux pour comprendre l’évolution des pratiques funéraires monumentales entre le début et le milieu du Néolithique. Racheté par le Conseil général du Calvados en 1999, le site a fait l’objet d’une restauration conduite par le service archéologique départemental avant d’être ouvert au public en 2005, offrant depuis lors un accès libre à ce vestige exceptionnel, agrémenté de panneaux explicatifs permettant une découverte autonome de l’architecture et de l’histoire du monument.

Bonne visite !

Entre Colombiers-sur-Seulles et Reviers, sur la droite le long de la D176.

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