Allée couverte dite des Pierre Pouquelées – Beaumont-Hague (50)

Sur les hauteurs de la commune de Vauville, au sein de La Hague, à une altitude avoisinant 130 mètres, se dresse l’un des témoignages les plus remarquables du Néolithique normand : l’allée couverte dite des Pierres Pouquelées. Ce monument funéraire, érigé il y a environ 4 500 ans, appartient à cette grande famille architecturale qui vit naître, à la même période, les alignements de Carnac et les premières phases de construction de Stonehenge. Il s’agit d’une sépulture collective, c’est-à-dire d’une structure destinée à accueillir, sur plusieurs générations, les défunts d’une même communauté. Dans son état actuel, très dégradé par le temps et les prélèvements successifs, le monument mesure environ 14,5 mètres de longueur pour une largeur interne d’à peine plus d’un mètre. Son orientation nord-ouest/sud-est, avec une ouverture au sud-ouest, obéit vraisemblablement à des considérations rituelles ou symboliques propres aux sociétés néolithiques, dont la logique précise nous échappe encore aujourd’hui. À l’origine, l’ensemble était entièrement dissimulé sous un tertre de terre, un tumulus, qui protégeait la structure lithique et masquait sa fonction aux regards extérieurs. Ce tumulus a aujourd’hui disparu, emporté par des siècles d’érosion et par l’exposition constante aux vents violents caractéristiques du cap de la Hague, laissant à nu le squelette de pierres que l’on observe désormais.

L’examen des matériaux employés dans la construction de l’édifice révèle une organisation logistique digne d’intérêt pour quiconque s’interroge sur les capacités techniques des populations néolithiques. La majorité des piliers, ou orthostates, provient du substrat géologique local, un grès disponible directement sur place. En revanche, les dalles de couverture, celles qui referment la structure par le haut, sont taillées dans de la granodiorite, une roche totalement absente du secteur immédiat. Le gisement le plus proche de ce matériau se situe à environ trois kilomètres, au pied d’une falaise proche du niveau de la mer, ce qui implique un dénivelé conséquent à franchir pour acheminer des blocs dont le poids devait avoisiner plusieurs centaines de kilogrammes, voire davantage. Ce choix délibéré d’un matériau exogène, alors que des pierres locales auraient pu suffire, pose une question fascinante : pourquoi une telle exigence ? On peut raisonnablement avancer l’hypothèse que cette roche possédait, aux yeux des bâtisseurs, une valeur particulière, peut-être esthétique, peut-être symbolique, associée à son origine maritime ou à sa rareté relative. Ce type de sélection minutieuse des matériaux, observé sur d’autres mégalithes de la péninsule du Cotentin et jusque dans les îles anglo-normandes, suggère une importance considérable accordée à ces monuments funéraires, bien au-delà de leur simple fonction utilitaire.

L’histoire moderne du site est tout aussi instructive que ses origines préhistoriques. Dès 1755, la Société royale académique de Cherbourg entreprit des fouilles et des observations sur le terrain entourant la galerie, avant même le retrait ultérieur des tables de couverture, une intervention précoce pour l’époque qui témoigne d’un intérêt scientifique naissant pour ces vestiges. Le site faillit pourtant disparaître dans les années 1830, lorsque les habitants de Vauville entreprirent de récupérer les dalles de couverture afin de bâtir un pont. Alerté, le sous-préfet ordonna leur restitution, mais les blocs furent simplement redéposés à proximité, sans jamais retrouver leur emplacement d’origine, une partie des piliers ayant définitivement disparu dès 1833. Le terme même de « Pierres Pouquelées » se retrouve dans plusieurs régions de Normandie ainsi que dans les îles anglo-normandes, où il désigne des structures mégalithiques similaires ; son étymologie précise demeure sujette à débat parmi les spécialistes, certains y voyant une racine évoquant l’idée de vénération. C’est au XIXe siècle, sous l’influence du courant romantique, que ces structures suscitèrent un engouement nouveau, perçues alors comme des lieux empreints de mystère et parées d’une aura quasi magique. Le monument fait aujourd’hui l’objet d’une inscription officielle au titre des monuments historiques de France, classement obtenu par arrêté en date du 28 janvier 1907.

Bonne découverte !

Depuis Beaumont-Hague, prendre la D403 jusqu’à un croisement au lieu dit « Le Mont », s’engager à gauche, jusqu’au prochain croisement, prendre à gauche, puis à droite jusqu’au parking. De là, un petit sentier mène à l’allée couverte.

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