

Aux confins méridionaux du département des Vosges, à la lisière de la Haute-Saône, la commune de Martinvelle conserve dans son couvert forestier un ensemble de blocs de grès qui témoignent de strates historiques superposées. Parmi eux, la Roche de la Vierge occupe une place singulière : il s’agit d’une cavité creusée dans un imposant bloc gréseux, à proximité immédiate du tracé de l’ancienne voie ferrée reliant la Vôge à la Haute-Saône, construite vers 1870.
Cette excavation n’a rien d’un ouvrage religieux d’origine. Son creusement répondait à une nécessité purement technique : les ouvriers du chantier ferroviaire, parmi lesquels figuraient de nombreux travailleurs italiens, y entreposaient les explosifs nécessaires au percement de la roche environnante. La cavité servait ainsi de poudrière temporaire, un usage industriel discret que l’on retrouve dans d’autres chantiers de la même époque, mais dont les traces matérielles ont rarement survécu aussi longtemps.



Une fois les travaux achevés, le lieu connut une reconversion révélatrice des mentalités locales : la niche fut investie de statuettes mariales et d’objets de dévotion, transformant un espace utilitaire en lieu de piété populaire. Cette bascule d’un usage profane vers un usage sacré n’est pas anodine ; elle illustre une pratique répandue dans les campagnes vosgiennes, où la roche, matière brute et durable, devient volontiers support de mémoire et de culte.
La Roche de la Vierge s’inscrit par ailleurs dans un réseau plus vaste de rochers remarquables disséminés en forêt de Darney, aujourd’hui jalonné par le sentier dit « des Huguenots ». On y trouve la Roche des Faux-Monnayeurs, bloc gréseux dont une entaille taillée à mi-hauteur aurait, selon la tradition orale, servi à la fabrication de fausse monnaie. Non loin, la Roche des Huguenots présente six cavités distinctes : un site que d’aucuns rattachent à un possible usage cultuel celtique ou à un autel préhistorique, avant qu’il n’accueille, au XVIe siècle, les prêches clandestins des verriers protestants de la forêt de Darney. S’y ajoutent le Pas de Saint-Gibert, empreinte légendaire laissée par la monture d’un moine disciple de saint Colomban, et les soixante-deux bornes armoriées plantées entre novembre et décembre 1584 pour départager la forêt de Passavant entre le royaume de France et le duché de Lorraine.
Bonne randonnée !
Quelques photos :












Pour s’y rendre :
Depuis Martinvelle, prendre Rue de la Foret, au croisement, prendre à droite jusqu’à la maison forestière. Garer le véhicule et partir sur le chemin à gauche (cercle bleu). Comptez 1,1km avant d’arriver à la roche de la Vierge.
A proximité :
- Fontaine de la Goutte de l’Abreuvoir à Martinvelle
- Roche des Huguenots à Martinvelle
- Roche du Serpent à Monthureux-sur-Saône
Sur la carte :



