


Au cœur du Plain, dans le Cotentin, l’église Saint-Marcouf occupe un site dont la mémoire remonte bien avant ses murs actuels. Au VIe siècle, l’abbé Marcouf, originaire de Bayeux et réputé dans la tradition pour guérir les écrouelles, y fonde un monastère. Son nom a aussi été donné aux îles Saint-Marcouf, au large de la côte, que l’on considère comme un possible lieu de retraite de l’anachorète. Bâti selon toute vraisemblance en matériaux périssables (bois, torchis, chaume), cet établissement ne laisse aucun vestige visible. Les incursions scandinaves de 905 le ravagent et les moines s’éloignent. Une église s’installe pourtant sur les ruines, preuve que la sacralité du lieu survit à la catastrophe. Vers 1093, l’abbaye de Cerisy y rétablit un prieuré, rattachant la paroisse à l’une des grandes fondations bénédictines du duché de Normandie.



L’édifice actuel est un véritable palimpseste architectural, dont la pièce maîtresse est la crypte semi-enterrée, aménagée sous l’abside. Couverte de voûtes d’arêtes, elle se divise en trois vaisseaux portés par des colonnes cylindriques à chapiteaux corinthiens simplifiés, ornés d’une double collerette de feuillages stylisés. Les spécialistes la situent entre 1050 et 1070. Elle présente des affinités avec celles de la Trinité de Caen et de la cathédrale de Bayeux, ce qui est rare en Normandie. Elle pourrait reprendre le plan d’une memoria monastique, où le corps du saint aurait été déposé dans le dernier tiers du VIIe siècle. Deux couloirs latéraux la reliaient autrefois à l’église haute, et l’un d’eux est aujourd’hui obstrué : que dissimule cette condamnation ? L’église, elle, se compose d’une nef de cinq travées et d’un chœur de deux travées à chevet semi-circulaire. Les murs conservent de l’opus spicatum, un appareil en épi caractéristique de la première maçonnerie romane, et des modillons sculptés très variés. Le plan intrigue : la nef s’évase en entonnoir, de 8,80 m à la façade ouest à 9,65 m à la jonction avec l’abside, et des décrochements marquent la liaison entre les travées droites du chœur et l’abside. Arcisse de Caumont y voyait déjà la trace d’un raccord malaisé entre deux conceptions du plan.





Les siècles suivants ont laissé leur empreinte sans effacer le roman. Au XIIIe siècle, on perce de nouvelles baies, puis au XVe siècle on couvre la nef et le chœur de voûtes gothiques. Le clocher en bâtière, de plan carré, a une base de la fin du XIe siècle, tandis que ses baies jumelées relèvent du gothique. Le portail sud, roman, a été largement remanié au XVIIIe siècle, et le portail ouest est gothique. Une chapelle nord est ajoutée en 1785, année du maître-autel. L’église conserve des fonts baptismaux du XIIe siècle et une ancienne tour eucharistique de 1603, convertie en reliquaire du saint. Sur la face ouest de la tour, deux gisants du XIIIe ou du XIVe siècle, un chevalier et une dame, ont été réemployés sans que l’on sache à qui ils étaient destinés. Vers 1730, la découverte du tombeau d’un prêtre revêtu de ses ornements, entouré d’une inscription que ses contemporains ne purent déchiffrer, reste l’une des énigmes du lieu. Endommagée par les combats de la Libération en 1944, l’église est reconstruite et reçoit de nouvelles cloches en 1955. La crypte est classée au titre des monuments historiques depuis l’arrêté du 21 mai 1906, et l’église dans sa totalité est inscrite depuis le 22 novembre 2007.
Quelques photos :





































Pour s’y rendre :
Adresse : 5 Route du 5 Juin 1944 50310 Saint-Marcouf
A proximité :
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Sur la carte :



