

Au nord de la commune de Cairon, à quelques kilomètres de Caen, le dolmen de la Pierre Tourneresse occupe un replat aménagé en terrasse, non loin de la petite vallée du Vey, affluent de la Mue. Pendant longtemps, le monument fut perçu comme une simple table de couverture entourée de quelques blocs, une silhouette banale parmi les mégalithes de la plaine de Caen. Mentionné dès le XIXe siècle, il ne livre sa véritable nature qu’à l’issue des fouilles archéologiques conduites par Emmanuel Ghesquière entre 1996 et 1999. Le dégagement révèle alors un tumulus presque circulaire de 24 mètres de diamètre, délimité par un parement de dalles calcaires vraisemblablement extraites à proximité immédiate. L’architecture interne du cairn est tout aussi remarquable : de grandes dalles disposées en rayons découpent le massif en caissons, une technique de compartimentage qui assurait la stabilité de l’édifice tout en économisant le remplissage. Les parties est et ouest du tertre ont aujourd’hui disparu, victimes de siècles de prélèvements. La découverte majeure se trouvait pourtant sous le monument. Les archéologues ont mis au jour les vestiges d’une maison de 15 mètres de long sur 7 mètres de large, entourée de plusieurs structures domestiques. L’ensemble est daté d’environ 4400 av. J.-C., soit plusieurs siècles avant l’érection du tombeau. Cette antériorité pose une question que les données ne tranchent pas : les bâtisseurs du dolmen avaient-ils conservé la mémoire de cet habitat, au point de choisir délibérément son emplacement pour y établir leur nécropole ?




La légende : « La nuit où la Pierre Tourneresse se mit en marche »
Écoutez, car on ne me l’a pas racontée deux fois de la même manière. Là-haut, au nord de Cairon, sur la terrasse qui regarde le vallon du Vey, dort une pierre que les anciens appellent la Tourneresse. Les gens du pays vous diront qu’elle a le pouvoir de tourner sur elle-même. Aucun ne vous dira l’avoir vue, mais aucun n’ose affirmer le contraire.
Voici ce qu’on murmure à la veillée. Sous la grande dalle, il y a un trésor, et il est gardé. Un démon y veille chaque jour de l’année, sauf une nuit : la veille de Noël. Cette nuit-là, quand le prêtre entonne à l’église, tout au long, la généalogie du Christ, la pierre s’ébranle. Elle tourne d’abord lentement, à la manière du soleil qui parcourt le ciel, et la terre s’entrouvre sous elle. À Bosgouet, on jure qu’un coq vient alors chanter sur la pierre pendant la messe de minuit. Ici, on dit seulement que les chiens se taisent.
Mais l’ouverture ne dure que le temps d’un tour, et la pierre ne pardonne pas la lenteur. On raconte qu’un homme, ébloui par l’or, resta un instant de trop. La dalle retomba sur lui, et on ne retrouva de sa main qu’une bague que personne n’osa porter. Les sages disent qu’il ne faut rien convoiter dans cette nuit-là, car le trésor ne se donne qu’à celui qui ne l’attend pas.
La Pierre Tourneresse est un dolmen à couloir de plan complexe, qui abrite deux chambres distinctes. La principale, de plan rectangulaire d’environ 4 mètres sur 3, est précédée d’un couloir de 8,80 mètres, orienté vers l’est-sud-est (autour de 100°). Une seconde chambre, plus modeste et de forme piriforme, s’ouvre par un court passage. Les dalles de couverture de la chambre principale sont aujourd’hui brisées. Pillée pendant la Seconde Guerre mondiale, cette chambre contenait encore les restes d’environ huit individus, tandis que la petite chambre abritait la sépulture d’un enfant accompagné d’un pendentif réalisé dans une canine perforée. Les inhumations, datées de 3900-3700 av. J.-C., sont associées à des fragments de céramique rattachés au Chasséen septentrional, ce qui inscrit le monument dans le Néolithique moyen. Le site connut ensuite une seconde vie : à l’époque gallo-romaine, il fut exploité comme carrière de pierre, ce qui explique en partie l’état du tumulus. La tradition orale lui prête enfin un pouvoir singulier, celui de tourner sur lui-même. Ce motif légendaire se retrouve pour d’autres mégalithes normands, à Gouvix, Fresney-le-Puceux ou Livarot, et le nom même de « Tourneresse » en porte la trace. Aucune explication archéologique ne permet de l’éclairer, et c’est sans doute ce silence qui entretient la fascination. Le dolmen de la Pierre Tourneresse est inscrit aux monuments historiques depuis l’arrêté du 19 mai 1954.
Quelques photos :


































Pour s’y rendre :
A Cairon, se rendre rue du Haut Meslier, au bout de la rue, prendre le chemin de campagne sur la gauche sur 400 mètres, le dolmen se trouve facilement sur votre gauche.
A proximité :
- Cimetière militaire Britannique de Rots
- L’ancienne église St-Pierre à La Vallée Lieu-dit 14610 Basly
- Menhir de la Demoiselle de Bracqueville à Bény-sur-Mer
Sur la carte :




J’aime beaucoup cet endroit. Ce n’est pas commun de voir un tumulus comme celui-ci avec deux chambres