

L’Acropole n’est d’abord qu’un fait géologique : un affleurement calcaire isolé, qui culmine à environ 156 mètres d’altitude au-dessus de la plaine de l’Attique.
Son plateau sommital s’étend sur environ trois hectares, avec près de 300 mètres de long pour 150 mètres de large.
Ses flancs sont abrupts sur presque tout le pourtour, et seul le versant occidental offre un accès naturel.
C’est cette configuration défensive qui explique sa fonction première : une citadelle. Le terme lui-même est composé de deux mots grecs, akros (« élevé ») et polis (« cité »). Il désigne donc la « ville haute », et de nombreuses cités grecques possédaient la leur.
Celle d’Athènes a pourtant fini par monopoliser le mot dans l’usage courant.
Les fouilles attestent une occupation humaine dès le Néolithique.
Des sources et des grottes sur les pentes, notamment au nord, ont fixé très tôt les habitats.
À l’âge du Bronze récent, vers le XIIIᵉ siècle avant notre ère, le sommet reçoit une enceinte en gros blocs, dite mur cyclopéen. On y reconnaît généralement une forteresse mycénienne, et l’hypothèse d’un palais est régulièrement avancée.
Presque rien n’en subsiste, car les aménagements postérieurs ont arasé et recouvert l’essentiel des vestiges La tradition grecque a doublé cette histoire matérielle d’un récit fondateur. Athéna et Poséidon se seraient disputé la possession de la région. Le dieu des mers aurait fait jaillir une source d’eau salée d’un coup de trident, et la déesse aurait fait surgir un olivier. Les Athéniens jugèrent le présent d’Athéna plus précieux et prirent son nom pour leur cité.
Ce mythe n’est pas un simple ornement : le sanctuaire le mettra littéralement en pierre, comme nous le verrons.
À l’époque archaïque, l’espace devient un sanctuaire monumental.
Un premier grand édifice, l’Hécatompédon (« long de cent pieds »), apparaît au début du VIᵉ siècle avant notre ère.
Sous les Pisistratides, à la fin du même siècle, un ancien temple d’Athéna est élevé.
Les Panathénées, grande fête en l’honneur de la déesse, sont réorganisées en 566 avant notre ère.
Les frontons en calcaire peint, avec leurs monstres et leurs héros, témoignent d’un art encore marqué par la couleur et la narration.
Vers 490, après la victoire de Marathon, un grand temple tout en marbre est mis en chantier à l’emplacement du futur Parthénon.
Il est encore inachevé lorsque l’histoire bascule.

En 480 avant notre ère, la cité est évacuée devant l’avancée perse.
Les troupes de Xerxès investissent l’Acropole, la pillent et l’incendient.
Un nouveau saccage suit en 479, avant les victoires grecques de Salamine et de Platées.
Les Athéniens reviennent dans une ville ravagée.
Ils font alors un choix remarquable : ils ensevelissent les débris du sanctuaire au lieu de les évacuer.
Statues mutilées, offrandes, éléments architecturaux sont jetés dans des remblais pour niveler le plateau.
Ces dépôts sont redécouverts à la fin du XIXᵉ siècle.
Ils ont rendu des statues de jeunes femmes, les korés, dont les pigments ont parfois survécu.
On ignore encore si ce geste relevait d’un rite de purification ou d’un simple besoin de terrassement, et les deux hypothèses coexistent.
Une tradition antique évoque aussi un serment de Platées par lequel les Grecs auraient juré de ne pas relever les temples détruits.
Son authenticité est débattue : certains historiens y voient une invention tardive.
Elle éclaire en tout cas une question que les Anciens se posaient eux-mêmes : de quel droit Athènes a-t-elle reconstruit ?
La réponse tient autant à la politique qu’à la religion.
Le trésor de la Ligue de Délos, alliance maritime formée contre les Perses, est transféré à Athènes en 454.
Cet argent, versé par les alliés, finance en partie le programme monumental.
Ce détournement d’usage suscite des critiques dès l’Antiquité.
Les adversaires de Périclès lui reprochent de parer sa cité « comme une courtisane » avec l’argent des autres.
Le grand chantier s’ouvre en 447 avant notre ère.
Les architectes du Parthénon sont Ictinos et Callicratès, tandis que le sculpteur Phidias supervise l’ensemble du programme artistique.
Le temple est consacré en 438, lors des Panathénées.
Son décor sculpté se poursuit jusqu’en 432.
L’édifice est donc réalisé en une dizaine d’années, un délai très court pour une construction de cette ampleur.
Les matériaux témoignent d’une logistique exceptionnelle.
Le marbre pentélique, extrait du mont Pentélique à une quinzaine de kilomètres, est acheminé par traîneaux et chariots.
Les blocs sont taillés avec une précision extrême et assemblés sans mortier.
Des crampons de fer, scellés au plomb, assurent la cohésion de l’ensemble.
Les tambours des colonnes sont centrés par des chevilles en bois, qui garantissent un empilement parfait.
Une partie des comptes du chantier a été gravée sur des stèles de pierre.
Ces inscriptions nous renseignent sur les dépenses, les salaires et le recours à une main-d’œuvre mixte de citoyens, d’étrangers résidents et d’esclaves.
C’est l’un des rares cas où l’on peut suivre un grand chantier antique presque comme une comptabilité moderne.

Le Parthénon est un temple dorique périptère : une colonnade extérieure entoure l’édifice.
Il compte huit colonnes sur les façades et dix-sept sur les côtés, soit quarante-six colonnes extérieures.
Sa plate-forme mesure environ 69,5 mètres sur 30,9 mètres, et ses colonnes s’élèvent à environ 10,4 mètres.
À l’intérieur, la cella abritait la statue de culte, encadrée par une colonnade à deux niveaux.
Une salle occidentale, à l’arrière, servait de chambre du trésor.
Certains chercheurs pensent que le mot « Parthénon » (de parthenos, « vierge ») désignait d’abord cette seule salle avant de s’étendre à tout le bâtiment.
Sa véritable singularité tient aux raffinements optiques.
Presque aucune ligne n’y est strictement droite.
La plate-forme est très légèrement bombée, de quelques centimètres seulement entre le centre et les extrémités.
Les colonnes présentent un renflement (l’entasis) et s’inclinent discrètement vers l’intérieur.
Les colonnes d’angle sont plus épaisses que les autres.
Si l’on prolongeait leurs axes, ils se rejoindraient à une hauteur de l’ordre de deux kilomètres.
Ces corrections compensent les illusions d’optique et donnent à l’édifice son aspect de tension vivante, loin d’une régularité mécanique.
Le programme sculpté est un récit en trois registres.
Les 92 métopes de la frise dorique racontent des affrontements : centaures contre Lapithes, Grecs contre Amazones, dieux contre Géants, épisodes de la guerre de Troie.
La frise ionique de la cella, longue d’environ 160 mètres, représente un cortège de plus de 350 figures.
On y voit généralement la procession des Panathénées, mais cette lecture n’est pas unanime.
Des chercheurs y voient plutôt une scène de sacrifice mythique, et le débat n’est pas clos.
Les deux frontons montraient la naissance d’Athéna à l’est et sa querelle avec Poséidon à l’ouest.
Contrairement à l’image que nous en avons, le monument n’était pas d’un blanc pur.
Des détails architecturaux et sculptés étaient polychromes, avec notamment des bleus et des rouges.
Des traces de pigments, dont le bleu égyptien, ont été identifiées par les analyses.
Au cœur du temple trônait l’Athéna Parthénos, œuvre de Phidias.
Cette statue chryséléphantine (or et ivoire sur âme de bois) mesurait environ douze mètres avec son socle.
Son vêtement d’or était amovible, ce qui en faisait aussi une réserve financière en cas de crise.
Elle a disparu, sans que l’on sache précisément quand ni comment.
Nous n’en connaissons que des copies romaines réduites, comme la statuette de Varvakeion.
Une tradition tardive affirme que Phidias fut accusé de détournement et mourut en prison.
Elle est invérifiable, et le sort du sculpteur reste en partie une énigme.
Une dernière curiosité mérite d’être signalée.
Le Parthénon abritait cette immense effigie, mais le culte principal de la cité se déroulait ailleurs, autour d’une très ancienne statue en bois d’Athéna Polias.
Quelle fut donc la vocation exacte du temple : sanctuaire, trésor, vitrine politique ? Les trois à la fois, sans doute.

Le Parthénon ne forme pas à lui seul le sanctuaire.
Autour de lui, trois autres monuments complètent le projet.
L’entrée monumentale, les Propylées, est confiée à l’architecte Mnésiclès et édifiée entre 437 et 432.
Elle associe le marbre blanc du Pentélique à un calcaire sombre d’Éleusis, pour un effet de contraste voulu.
Les façades sont doriques, tandis que le passage central est bordé de colonnes ioniques.
L’aile nord abritait une salle de tableaux, la Pinacothèque.
Le chantier est interrompu par la guerre du Péloponnèse en 431.
Les Propylées sont restés inachevés : la symétrie prévue n’a jamais été réalisée.
Sur le bastion sud-ouest se dresse le petit temple d’Athéna Nikè, attribué à Callicratès et daté d’environ 420.
C’est un édifice ionique de type amphiprostyle, avec quatre colonnes sur chaque façade.
Il était entouré d’un parapet orné de figures ailées, les Victoires, dont la célèbre Victoire dénouant sa sandale.
Les Ottomans le démontent vers 1686 pour renforcer les fortifications.
Il est remonté dans les années 1830.
Le plus singulier est l’Érechthéion, édifié entre 421 et 406.
Son plan asymétrique est unique dans l’architecture grecque classique.
Il répond à un dénivelé important et à la nécessité d’accueillir plusieurs cultes dans un même ensemble : Athéna Polias, Poséidon-Érechthée, Héphaïstos et le héros Boutès.
Son portique nord présente une ouverture dans le sol et le plafond, qui rappelle la trace du trident de Poséidon.
À proximité se trouvait le Pandrosion, où poussait l’olivier d’Athéna.
Le mythe fondateur est donc ancré dans la pierre.
Sa tribune sud est portée par six statues de jeunes femmes, les Cariatides.
Les six originaux n’y sont plus.
Cinq sont conservés au musée de l’Acropole, la sixième au British Museum.
Des copies les remplacent en place.
L’origine exacte du nom « cariatides » reste discutée.
L’explication la plus répandue remonte à Vitruve, et elle est contestée.
Le sanctuaire comptait d’autres structures : la Chalkothèque, un lieu consacré à Artémis Brauronia, des sanctuaires secondaires.
À l’époque romaine, un petit temple rond dédié à Rome et Auguste est élevé à l’est du Parthénon.
Au pied de la colline, le théâtre de Dionysos, l’odéon d’Hérode Atticus (161 de notre ère) et des portiques complètent le dispositif.
L’Acropole est ainsi un ensemble et non un monument isolé, pensé autant pour la procession que pour l’admiration.

À l’époque byzantine, le Parthénon est transformé en église, probablement au VIᵉ siècle.
Il est dédié à la Vierge, puis connu sous le nom de Notre-Dame d’Athènes lors de la période franque, après 1204.
Après la conquête ottomane, au milieu du XVᵉ siècle, il devient une mosquée.
L’Acropole entière sert alors de place forte et de lieu d’habitation.
Cette longue réaffectation a préservé l’édifice, mais elle l’a aussi profondément transformé.
Le 26 septembre 1687, pendant la guerre entre Venise et l’Empire ottoman, le Parthénon est transformé en poudrière.
Un tir de l’artillerie vénitienne commandée par Francesco Morosini provoque une explosion dévastatrice.
Le toit, une grande partie des murs de la cella et plusieurs colonnes s’effondrent.
Le monument tel que nous le voyons aujourd’hui est une ruine née de cet épisode.
Entre 1801 et 1812, Lord Elgin, ambassadeur britannique, fait déposer une grande part des sculptures subsistantes.
Il agit en vertu d’un firman, un document de l’autorité ottomane, dont l’interprétation reste contestée.
Ces œuvres sont acquises par l’État britannique en 1816 et conservées au British Museum.
D’autres éléments sont demeurés à Athènes, et la question de la restitution continue d’être discutée entre la Grèce et le Royaume-Uni.
Après l’indépendance grecque, les garnisons quittent le rocher en 1833.
Les constructions postérieures à l’Antiquité sont dégagées, et l’Acropole est érigée en site archéologique.
Les premières grandes restaurations, au tournant du XXᵉ siècle, ont recours à des crampons de fer.
Ce métal, en rouillant, a gonflé et fissuré le marbre.
Il fallait donc le remplacer.
Depuis la fin des années 1970, une restauration scientifique est menée selon le principe de l’anastylose : replacer les blocs d’origine dans leur position exacte.
On utilise du titane, inaltérable, et l’on n’ajoute que le marbre strictement nécessaire.
Le Parthénon a été en grande partie recouvert d’échafaudages depuis 2005.
Sa façade occidentale a récemment été dégagée.
Les travaux, par nature, ne sont jamais totalement achevés.
Pour protéger les sculptures de la pollution, les originaux sont désormais exposés au musée de l’Acropole, ouvert en 2009 au pied du rocher.
La salle consacrée au Parthénon reprend l’orientation et les dimensions du temple, et des moulages signalent les pièces conservées à l’étranger.
L’Acropole d’Athènes est inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1987, ce qui en fait un bien protégé au titre du patrimoine culturel mondial, et elle est également protégée par la législation grecque comme site archéologique.
Quelques photos :







































































































Pour s’y rendre :
Adresse : Dionysiou Areopagitou Athina 117 42, Grèce
A proximité :
- La prison de Socrate (même secteur)
- Ancien mur de Pnyx thémistocléen (même secteur)
- Sanctuaire de Pan (même secteur)
- Sanctuaire de Zeus (même secteur)
Sur la carte :




Merci pour cet article dépaysant. Il permet de mieux connaitre l’histoire de ce lieu