

Sur les rives septentrionales du lac de Neuchâtel, dans le calme apparent des campagnes vaudoises, se dresse une pierre solitaire à l’aura singulière. Le menhir de La Vernette, discret mais puissant, est un témoin silencieux d’un monde disparu – celui des premières sociétés agricoles d’Europe, à la fin du Néolithique. Découvert fortuitement en 1997 et redressé en 2005, ce mégalithe est bien plus qu’un bloc de pierre dressé : il incarne les pratiques symboliques et spirituelles de nos ancêtres, il y a plus de 4500 ans.
Le menhir de La Vernette est un bloc de schiste imposant mesurant environ 3,10 mètres de long, pour 1,40 mètre de large et une épaisseur variant entre 30 et 60 centimètres. Son poids est estimé à plus de 3 tonnes. Il a été découvert en position couchée, face visible tournée vers le sol, lors de travaux pour une nouvelle voie ferrée dans le secteur dit La Vernette, à environ 700 mètres du site où il est désormais dressé.

Ce qui distingue ce menhir des nombreux autres blocs dressés du plateau suisse, c’est l’abondance de gravures anthropomorphes et symboliques : on dénombre pas moins de 27 petites cupules (cuvettes circulaires gravées de 3 à 9 cm de diamètre), dispersées principalement sur la face supérieure. Un sillon horizontal gravé à mi-hauteur, particulièrement visible sur une des faces, forme une « ceinture » stylisée, renforçant l’interprétation d’une représentation humaine – ce qui rapproche ce menhir des fameuses statues-menhirs d’Europe méridionale.
Son sommet a été subtilement régularisé en une pointe légèrement décentrée, peut-être pour accentuer sa silhouette ou l’orienter selon des principes cosmo-religieux.
La région de Corcelles-près-Concise appartient à un vaste ensemble mégalithique découvert sur la rive nord du lac de Neuchâtel. Ce territoire est connu pour sa concentration exceptionnelle de monuments préhistoriques, tels que les menhirs de Clendy près d’Yverdon-les-Bains, ceux d’Onnens, ou encore les dolmens de Gorgier.
Ces mégalithes relèvent de pratiques complexes mêlant rites funéraires, croyances astrales, et symboles sociaux. Les menhirs comme celui de La Vernette pouvaient servir de bornes territoriales, de repères cultuels ou encore de manifestations d’un pouvoir sacré. L’hypothèse la plus plausible dans le cas présent reste celle d’une fonction rituelle ou religieuse, étayée par les gravures anthropomorphes et l’agencement symbolique des cupules.
La datation du menhir repose sur des analogies stylistiques, en particulier avec d’autres statues-menhirs du sud de la France, du Val Camonica en Italie, ou encore du Tarn. Ces comparaisons permettent de situer l’érection du monument entre 3000 et 2500 av. J.-C., soit au Néolithique final. Cette période voit la sédentarisation des populations, le développement de la métallurgie primitive, et une complexification des rituels funéraires.
La « ceinture » gravée, interprétée comme un ornement ou un élément vestimentaire symbolique, renforce l’hypothèse que ce menhir représente une figure humaine sacralisée – un ancêtre mythique, un chef spirituel, ou une entité protectrice.
Bonne découverte !
Quelques photos :









Pour s’y rendre :
En arrivant à Corcelles-près-Concise depuis Onnens, prendre la première à droite, continuer sur la route principale qui descend en direction du lac et des voies de chemin de fer. Au croisement du bas, le menhir est face à la route.
A proximité :
- Les 4 menhirs de Corcelles-près-Concise
- Dolmen de Praz Berthoud à Onnens
- Menhir de Grandson à Grandson
Sur la carte :



