

I. Présentation générale du site
Dominant silencieusement les vignes du nord vaudois, le menhir de Bonvillars se dresse comme une sentinelle intemporelle sur les coteaux surplombant le lac de Neuchâtel. D’apparence austère, cette pierre dressée constitue pourtant l’un des plus grands monolithes connus de Suisse encore en place. Située en bordure de la Route de la Cour, à la sortie ouest du village, la pierre semble à première vue n’être qu’un bloc parmi tant d’autres issus du substrat alpin. Mais sa forme, son orientation et sa position nous livrent une toute autre histoire : celle d’une installation humaine intentionnelle datant du Néolithique, entre 3000 et 2000 avant notre ère.
II. Caractéristiques géologiques et techniques
Le menhir est taillé dans un gneiss micacé, un matériau d’origine alpine que l’on retrouve fréquemment parmi les blocs erratiques transportés par les anciens glaciers. Ce type de roche présente une forte densité et une résistance à l’érosion, caractéristiques ayant sans doute favorisé son choix par les populations préhistoriques. Mesurant environ 3,00 à 3,50 mètres de hauteur, la pierre affiche une section quadrangulaire plutôt régulière, ce qui laisse supposer un travail d’extraction ou de façonnage intentionnel, bien que la surface conserve des irrégularités naturelles propres aux pierres morainiques. Il est probable qu’une partie du bloc soit encore enfouie, comme c’est souvent le cas avec les mégalithes, assurant ainsi sa stabilité verticale.




III. Contexte chronologique et fonction présumée
La datation précise du menhir de Bonvillars reste incertaine, aucun objet archéologique n’ayant été mis au jour à sa base lors de son dégagement au XIXe siècle. Toutefois, sa typologie, son orientation, ainsi que sa comparaison avec d’autres ensembles mégalithiques de la région – notamment ceux de Grandson, Corcelles-près-Concise et Montet – permettent de l’associer de manière assez convaincante à une occupation néolithique finale. Cette période correspond à l’expansion des sociétés agro-pastorales sédentarisées, qui manifestent un rapport particulier à leur environnement, à travers l’aménagement du paysage via des repères symboliques, parfois alignés, souvent isolés. Le menhir de Bonvillars pourrait avoir rempli plusieurs fonctions : borne territoriale, jalon rituel, marqueur astronomique, ou plus simplement un lieu de mémoire communautaire.
IV. Redécouverte et remise en place au XIXe siècle
Jusqu’à la fin du XIXe siècle, le menhir demeura oublié, couché à moitié enterré sous une parcelle viticole. Ce n’est qu’en 1895, lors de travaux agricoles, qu’il fut identifié comme un monument ancien. L’attention portée par des érudits locaux permit une remise en position verticale en 1897, à quelques mètres seulement de son emplacement d’origine. Cette entreprise, rare à l’époque, démontre déjà une volonté précoce de conservation du patrimoine mégalithique suisse. Les plans de l’époque indiquent avec précision la localisation du bloc initialement trouvé en position couchée, mais sans évidences de base aménagée ni traces de calage mégalithique. Le choix de le redresser fut donc fait sur une base interprétative, comme cela se pratiquait alors, en tenant compte de la logique topographique et visuelle du site.
V. Comparaison avec les autres menhirs du Plateau suisse
La région de Bonvillars n’est pas isolée en matière de mégalithisme. On retrouve plusieurs autres pierres dressées dans un rayon de 30 kilomètres, notamment autour du lac de Neuchâtel et de la Broye. Toutefois, le menhir de Bonvillars demeure exceptionnel par sa taille et par l’isolement dans lequel il se présente aujourd’hui. Contrairement à d’autres menhirs intégrés dans des alignements ou à proximité de nécropoles néolithiques, celui-ci ne semble pas faire partie d’un ensemble complexe, du moins dans l’état actuel des recherches. Des prospections géophysiques réalisées dans la première moitié du XXe siècle n’ont révélé aucune structure associée à proximité. Ce caractère isolé pourrait être la conséquence de destructions anciennes, d’un déplacement, ou d’un usage différent.
VI. Hypothèses et zone d’ombre
Malgré les avancées méthodologiques en archéologie, le sens profond de la présence de ce menhir reste inexpliqué avec certitude. Aucun indice d’inhumation, d’outillage, ni même de structure voisine ne viennent appuyer les hypothèses classiques d’un site rituel ou funéraire. De plus, sa position en rebord de terrasse et sa forte visibilité depuis les rives du lac alimentent une théorie d’orientation symbolique, voire astronomique, bien que non démontrée scientifiquement. Un autre mystère entoure son origine géographique : si le gneiss provient d’un lointain socle alpin, comment cette masse rocheuse a-t-elle été déplacée sur plusieurs dizaines de kilomètres, à une époque où la roue n’était pas encore utilisée de manière répandue ? La solution la plus probable réside dans un transport naturel par les glaciers, puis un redressement par des groupes humains, mais cela demeure sujet à débats.
Belle visite !
Quelques photos :






















Pour s’y rendre :
Depuis Bonvillars, prendre Route de la Cour, puis tourner à droite sur le parking de la salle des Maîtres. Revenir à la route à pied, traverser, et s’engager sur le chemin qui borde les vignes, le menhir est juste en face.
A proximité :
- Le menhir de Grandson
- Le dolmen de Praz-Berthoud à Onnens
- Le menhir de la Vernette à Corcelles-Près-Concise
- Les quatre menhirs à Corcelles-Près-Concise
Sur la carte :




Je trouve que ce menhir « dégage quelque chose ». Il est vraiment très bien mis en valeur avec le parking et l’aire de jeu. Merci au propriétaire viticole qui laisse l’accès au menhir.