


Située à la lisière de la forêt domaniale de Saint-Quirin, sur le territoire communal de Métairies-Saint-Quirin, la chapelle Notre-Dame-de-Lhor se dresse, isolée, dans une clairière en pente douce. Dominant discrètement le paysage, à plus de 300 mètres d’altitude, l’édifice est peu visible depuis les routes. Il faut s’y aventurer à pied, en longeant un ancien chemin de pèlerinage bordé de croix de pierre et de végétation abondante, pour découvrir cette construction atypique, à mi-chemin entre ermitage médiéval et sanctuaire baroque.
À l’écart des circuits touristiques majeurs, la chapelle se dresse non loin d’une source mystérieuse, souvent qualifiée de « miraculeuse » depuis des siècles. Ce cadre naturel, mêlant massifs forestiers, silence minéral et fontaine sacrée, semble figé hors du temps. Mentionnée régulièrement dans les archives dès le XIIᵉ siècle, la chapelle de Lhor entre dans l’orbite du puissant prieuré de Saint-Quirin, qui supervise plusieurs lieux de culte isolés surnommés « les sept roses ». À cette époque, la chapelle n’est qu’un simple oratoire flanqué d’une cellule d’ermite. Un incendie survenu vers 1440 détruit l’essentiel du bâtiment primitif. Il est alors reconstruit grâce aux dons et à l’aide des religieux du prieuré. La forme que nous connaissons aujourd’hui, bien que profondément remaniée au XVIIIᵉ siècle, hérite déjà de cette période médiévale certains éléments structuraux, notamment la base de la nef et les premiers blocs de grès visibles dans les fondations.
En 1730, un nouveau sinistre frappe la chapelle : un incendie ravage la toiture et le clocher. L’événement déclenche une vaste campagne de reconstruction, supervisée cette fois par le prieur Edmond Herb. Entre 1730 et 1732, l’ensemble du bâtiment est rebâti dans un style baroque rustique, typique de la Lorraine rurale. La nouvelle chapelle adopte un plan simple, composé d’une nef rectangulaire terminée par un chœur plat. L’ensemble est construit en grès rose local, matériau abondant dans la région. Le portail occidental, encadré de pilastres doriques, est surmonté d’une niche où s’abrite une statue de la Vierge à l’Enfant. Le clocher hexagonal, coiffé d’un bulbe couvert d’ardoises, s’élève au-dessus du chevet : une silhouette immédiatement reconnaissable, qui devient l’élément emblématique du lieu. Le mobilier intérieur, très sobre, se compose d’un autel baroque, de bancs de bois et d’une petite tribune. Certains éléments plus anciens, comme une croix d’autel gothique ou des pierres gravées, sont conservés dans la sacristie.


Face à la chapelle jaillit une source alimentant une fontaine maçonnée. Cette eau, réputée pure et constante, aurait selon les récits transmis par les ermites et les pèlerins des vertus curatives, notamment pour les maladies de peau ou les troubles des yeux. La fontaine est surmontée d’une statue de la Vierge. La tradition locale rapporte que cette eau aurait soulagé de nombreux malades et blessés au fil des siècles, notamment durant les grandes épidémies. Aujourd’hui encore, certains visiteurs viennent y remplir une bouteille, ou y baigner leurs mains dans un geste mêlant foi, coutume et superstition.
Durant plusieurs siècles, la chapelle vit au rythme des pèlerinages, notamment ceux dédiés à Notre-Dame-de-Pitié, invoquée pour la protection des enfants et la guérison des souffrants. Les ermites successifs veillent au bon entretien des lieux, logeant dans la petite sacristie transformée en cellule monastique.
Après la Révolution française, la chapelle est vendue comme bien national. Un huissier lorrain l’acquiert pour une somme dérisoire, et tente de la faire démolir. Les habitants de Saint-Quirin s’y opposent fermement, préservant ainsi le sanctuaire. Plusieurs tentatives de reprise religieuse ont lieu au XIXᵉ siècle, mais c’est au XXᵉ siècle que l’ermitage tombe peu à peu à l’abandon. Le dernier ermite quitte les lieux vers 1900, laissant l’ensemble à la merci du temps.






C’est à partir des années 1969, sous l’impulsion d’habitants et d’associations locales, que l’on assiste à une véritable renaissance du site. Les premières opérations de restauration sont entreprises : réfection de la toiture, consolidation des murs, nettoyage de la fontaine, mise en place d’une signalétique discrète.
Aujourd’hui, la chapelle est librement accessible, ouverte à tous les marcheurs, visiteurs, ou fidèles. Des offices ponctuels y sont célébrés, notamment lors de la fête de l’Assomption. Le site figure sur des itinéraires de randonnée spirituelle traversant le massif vosgien.
Le mystère demeure, cependant : plusieurs objets anciens auraient disparu lors des décennies d’abandon. Nul ne sait ce que recèle la crypte fermée, ni si des vestiges archéologiques plus anciens reposent sous les fondations actuelles…
Aujourd’hui, la chapelle Notre-Dame-de-Lhor est un témoin privilégié de la religiosité rurale lorraine, entre tradition chrétienne et échos païens. Sa situation géographique, son lien à la nature, son architecture sobre mais évocatrice en font un lieu à la fois discret et incontournable pour qui s’intéresse au patrimoine sacré de la région.
Elle est inscrite à l’inventaire des Monuments Historiques depuis le XXᵉ siècle, bénéficiant ainsi d’une protection officielle et d’un cadre de préservation renforcé.
Quelques photos :







































Pour s’y rendre :
Depuis Saint-Quirin, prendre la D96G en direction de Métairies-Saint-Quirin, continuer sur 2,80km, puis tourner à droite tout de suite après la maison, la route descend directement jusqu’au parking de la chapelle.
A proximité :
- La Haute chapelle de Saint-Quirin
- La grotte des Bacelles à Saint-Quirin
- Le château de Turquestein à Turquestein-Blancrupt
Sur la carte :




Pour une fois que l’on peut visiter une chapelle et qu’elle est ouverte, nous n’avons pas été déçu. La décoration est vraiment très belle.