


Le pigeonnier troglodyte de la Niverdière, situé au cœur du hameau de la Forges à Dénezé-sous-Doué, se distingue par sa structure souterraine d’une ampleur peu commune. Appartenant à la commune, il demeure accessible au visiteur libre, et constitue un témoignage remarquable de l’adaptation des constructions rurales dans le tuffeau.
Il s’insère dans un environnement fortement marqué par le mode d’habitat troglodytique en Anjou, aux côtés de sites comme la Cave aux Sculptures, les dolmens ou encore les maisons creusées de Forges. Ce pigeonnier souterrain, connu localement comme une fuie, s’inscrit dans une tradition d’exploitation troglodytique mêlant fonctionnalité agricole et adaptation géologique.
Une fuie est l’appellation traditionnelle donnée à un pigeonnier, particulièrement en Anjou, en Touraine et dans plusieurs régions de l’Ouest de la France. Le mot vient du verbe fuir ou s’enfuir, car le pigeonnier était le lieu où les pigeons « fuyaient » pour se réfugier et se reproduire. À l’époque médiévale et moderne, la possession d’une fuie n’était pas anodine : elle était longtemps considérée comme un signe de droit seigneurial, car seuls certains propriétaires, notamment les seigneurs et les abbayes, étaient autorisés à en construire. Techniquement, une fuie se caractérise par la présence de boulins, c’est-à-dire de petites niches creusées dans les parois pour accueillir les nids des pigeons. Chaque boulin correspondait à un couple reproducteur, et leur nombre permettait de mesurer l’importance et la capacité du pigeonnier. Dans certains cas, comme dans les fuies troglodytiques, ces boulins étaient creusés directement dans la roche tendre, comme le tuffeau, créant ainsi de vastes parois alvéolées.




Le plan général de l’édifice traduit un savoir-faire technique précis : des arcs de consolidation, conçus pour faire la transition entre une base carrée et une voûte octogonale, témoignent d’une maîtrise avancée en matière de stabilité structurelle souterraine. Cette disposition n’est pas décorative mais répond à des impératifs de portance et de maintien des parois troglodytiques. Avec environ 1 800 boulins identifiés, ce pigeonnier possédait une capacité d’accueil pour près de 900 couples de pigeons, ce qui concerne une exploitation truffière ou agricole majeure, compte tenu de l’intérêt des fientes pour fertiliser de vastes parcelles. Ces chiffres révèlent une dimension économique et agricole importante, souvent sous-estimée dans les systèmes d’élevage troglodyte.
L’élevage des pigeons servait principalement à générer de l’engrais naturel (colombine), un véritable atout pour les terres agricoles, en particulier en période antérieure aux engrais chimiques modernes. Le positionnement souterrain du pigeonnier assurait une régulation thermique stable, tout en protégeant des prédateurs et des intempéries.
Bien que l’accès soit libre, il n’est pas aménagé comme un musée. Il est donc fortement recommandé d’être muni d’une lampe de poche pour explorer les cavités, repérer les boulins, et appréhender pleinement la spatialité intérieure. L’absence de barrières ou de dispositifs de mise en valeur renforce l’aspect authentique, mais exige prudence et curiosité méthodique.
Bonne visite !
Quelques photos :

























Pour s’y rendre :
Depuis Dénezé-sous-Doué, prendre la D117 jusqu’au lieu-dit « la maison neuve », puis, tourner à droite jusqu’au prochain croisement, prendre à gauche jusqu’au hameau « la Niverdière », se garer au centre sur le parking, L’accès au pigeonnier se trouve facilement derrière le parking.
A proximité :
- Hameau troglodytique de la Fosse à Doué-en-Anjou
- Eglise ruinée de Varenne à Louresse-Rochemenier
- Village troglodyte de Rochemenier à Louresse-Rochemnier
Sur la carte :



