


Dans le calme des plateaux du Haut-Doubs, à plus de 800 m d’altitude, la petite commune de Courvières abrite un édifice singulier : la chapelle Notre-Dame des Sept Douleurs. Située à l’écart du village, sur une parcelle ouverte aux vents, elle apparaît comme un point fixe dans un paysage changeant, à la frontière du sacré et du rural.
Son isolement ne doit rien au hasard. Édifiée à proximité d’un ancien cimetière de pestiférés, la chapelle est intimement liée à la peste de 1636, qui décima près des deux tiers des habitants du village. À cette époque, Courvières ne possédait pas encore de cimetière. Les morts furent donc inhumés sur une terre voisine, dans une doline naturelle, afin d’éviter toute propagation de la maladie. Le site actuel de la chapelle fut ainsi marqué dès l’origine par la mort, la prière et la mémoire.
Fondation et histoire religieuse
En 1670, l’abbé Gennisset fit construire un oratoire dédié à Notre-Dame des Sept Douleurs, accompagné des figures de saint Joseph et saint Roch, protecteur contre les épidémies. Cet oratoire est l’ancêtre direct de la chapelle actuelle.
Jusqu’en 1741, la paroisse de Courvières resta dépendante de celle de Boujailles ; ce n’est qu’après cette date qu’elle acquit une autonomie spirituelle complète. La chapelle s’imposa alors comme un lieu de dévotion et de mémoire, rappelant la tragédie du XVIIᵉ siècle.





Au XIXᵉ siècle, l’édifice connut des modifications importantes : ajout d’un porche et rehaussement du clocheton, tandis que les abords furent aménagés pour accueillir les processions. En 1983, une restauration complète permit de redonner à la chapelle son aspect originel tout en consolidant sa structure, fragilisée par les conditions climatiques du plateau.
Architecture et décor intérieur
La chapelle se compose d’une nef unique voûtée en berceau, précédée d’un porche maçonné surmonté d’un petit clocheton en bois. L’appareil, en moellons calcaires locaux, est enduit partiellement pour protéger la maçonnerie des infiltrations. La couverture, en tuiles plates, témoigne des techniques régionales.
À l’intérieur, le retable en bois peint attire l’attention : de composition simple, il est encadré par deux colonnes soutenant un fronton cintré. L’autel, en forme de tombeau, porte un bas-relief figurant la Vierge des Sept Douleurs. À ses côtés se dressent les statues de saint Joseph et saint Roch, formant un ensemble iconographique cohérent : la maternité souffrante de Marie, l’intercession du père terrestre et la protection du saint guérisseur.
L’atmosphère du lieu demeure sobre : murs blanchis, lumière tamisée, silence rural. Tout concourt à rappeler la vocation expiatoire de cette chapelle – érigée non pour la gloire, mais pour la mémoire.
Signification et rôle commémoratif
L’édifice a longtemps été au cœur de la vie communale. Chaque année, une bénédiction y était célébrée pour honorer les morts de la peste et implorer la protection divine contre les épidémies. Par son vocable marial, elle incarne la compassion et la douleur universelles ; par sa situation, elle matérialise le souvenir des disparus.
Son porche remanié au XIXᵉ siècle et sa restauration de 1983 témoignent de la volonté locale de préserver un patrimoine modeste, mais profondément enraciné dans la mémoire collective. Aujourd’hui encore, la chapelle Notre-Dame des Sept Douleurs est perçue comme un lieu de recueillement plus que de culte, un témoin silencieux d’un passé tragique et d’une résilience communautaire exemplaire.
Le lapiaz





À proximité immédiate de la chapelle s’étend un vaste plateau calcaire : le lapiaz de Courvières. Ce relief typique du Jura est issu d’un long processus d’érosion des roches carbonatées, sous l’action combinée de l’eau, du gel et du dioxyde de carbone.
La surface se présente comme un réseau de rigoles, de fissures et de crevasses, autant de marques laissées par la dissolution lente du calcaire. Ce phénomène, appelé karstification, transforme la roche en un véritable labyrinthe naturel. Dans certains secteurs, les fentes s’élargissent jusqu’à former de véritables entonnoirs ou « doulines », caractéristiques du relief jurassien. Le lapiaz de Courvières se distingue par la régularité de ses dalles et la finesse de ses « dentelles de pierre ». Les fissures suivent les lignes de fracture naturelles du calcaire, créant un maillage géométrique saisissant.
Les dépôts glaciaires et les alternances de gel-dégel ont contribué à accentuer ce façonnement au fil des millénaires. L’absence de sol profond limite la végétation à quelques touffes d’herbe et mousses, conférant au site une allure minérale quasi lunaire.
Bonne découverte !
Quelques photos :

































































Pour s’y rendre :
Si vous arrivez depuis Boujailles, à l’entrée de Courvières, avant le cimetière, sur la droite, un parking a été aménagé pour la visite. Si vous arrivez depuis Pontarlier, traversez Courvières tout en restant sur la D9, puis à la sortie du village, après le cimetière, tourner à gauche.
A proximité :
- Les tourbières de Frasne
- Le sentier FanKarstique ô spéléo de Frasne
- Grotte et source des Moines à Frasne
Sur la carte :



