Réseau des gouffres de l’Ermite à Rioz (70)

Au fil des siècles, les habitants de la région ont appris à connaître ces cavités naturelles, tour à tour redoutées, explorées, puis étudiées. Ce réseau, où circulent les eaux souterraines avant de ressurgir à la Source des Ermites, illustre un modèle hydrogéologique complexe, propre à cette région façonnée par la dissolution lente et continue de la pierre.

Le sous-sol de la Haute-Saône est constitué de calcaires sédimentaires déposés il y a plus de 70 millions d’années, à une époque où la région était encore recouverte par la mer. Avec le retrait des eaux, ces dépôts se sont consolidés en strates successives de calcaire et de marnes. L’infiltration progressive des eaux de pluie, légèrement acides, a ensuite attaqué la roche en profondeur, provoquant une lente désagrégation chimique appelée karstification.

Dans le cas de Rioz, ce mécanisme est particulièrement visible : les gouffres du réseau de l’Ermite forment une véritable mosaïque d’effondrements et de galeries, où l’eau poursuit encore aujourd’hui son patient travail d’érosion.

Les principales cavités du réseau
1. Le gouffre du Petit Creux Fiot

Le Petit Creux Fiot s’ouvre au fond d’une doline en entonnoir, plongeant à près de 18 mètres. L’entrée débouche sur une vaste galerie de 3 à 4 mètres de haut et d’environ 1,5 mètre de largeur, dont les parois lisses trahissent la circulation ancienne d’un cours d’eau. À son extrémité, la galerie atteint un lac souterrain d’une vingtaine de mètres de long, obstrué par deux siphons.

Ce gouffre constitue un maillon essentiel du réseau : il communique en effet avec le Grand Creux Fiot, et l’eau qui y transite rejoint le souterrain des Flots, avant de réapparaître plus en aval à la Source des Ermites.
Les premières explorations connues remontent aux années 1923 à 1926. Elles furent reprises plusieurs décennies plus tard par le Spéléo-Club de Vesoul, qui entreprit un relevé topographique précis, une étude hydrologique complète et plusieurs opérations de désobstruction permettant de redécouvrir certaines galeries condamnées par le temps.


2. La grotte de la Chambre à Lillot

Située non loin du Petit Creux Fiot, la Chambre à Lillot s’ouvre au fond d’une doline elliptique d’environ 20 m sur 15 m. De cette dépression partent deux galeries principales. La première descend en pente douce jusqu’à –15 m de profondeur, où elle se termine sur un amas de pierres scellant l’ancienne perte. La seconde, plus étroite, s’interrompt elle aussi sur un bouchon de pierrailles.

Des études spéléologiques ont permis d’identifier dans cette cavité les traces d’un ancien exutoire : autrefois, le ruisseau de l’Ermite s’y engouffrait avant de trouver, plus profondément, un nouveau cheminement vers la résurgence actuelle.
La température interne y reste constante, entre 11 °C et 13 °C tout au long de l’année, et l’humidité y atteint presque la saturation. Ce microclimat, typique des cavités karstiques, engendre un phénomène de respiration naturelle : l’air s’engouffre en été et ressort en hiver, conséquence directe de la différence de pression entre l’extérieur et les galeries souterraines.

Outre son intérêt hydrogéologique, la Chambre à Lillot abrite une faune cavernicole remarquable. Les animaux troglophiles, tels que les chauves-souris, insectes aveugles ou crustacés aquatiques, y trouvent refuge dans l’obscurité et l’humidité permanente.


3. Le Grand Creux Fiot et le système des pertes

Le Grand Creux Fiot, souvent associé au Petit Creux Fiot, se présente comme une doline d’effondrement au fond de laquelle un puits vertical d’une dizaine de mètres mène à une galerie descendante. Celle-ci se prolonge vers un lac souterrain, similaire à celui du Petit Creux, mais plus vaste. Les spéléologues y ont observé plusieurs diaclases parallèles et des parois polies par le ruissellement.

Cette cavité constitue la porte d’entrée naturelle du réseau hydrogéologique de l’Ermite. L’eau de pluie qui s’y infiltre rejoint le cours souterrain, chemine à travers les fractures calcaires et ressort deux kilomètres plus bas à la résurgence de la Source des Ermites. Ce lien direct entre les pertes et la source a été confirmé par des colorations à la fluorescéine effectuées dans la seconde moitié du XXe siècle.

Sous terre, l’humidité et la stabilité thermique favorisent le développement d’un écosystème spécifique : mousses calcaires, micro-champignons, crustacés troglobies et colonies de chauves-souris. Ces dernières contribuent à l’équilibre écologique en régulant les populations d’insectes, tout en témoignant de la qualité de la cavité.

L’intérêt scientifique pour les gouffres de Rioz ne date pas d’hier. Les premières explorations systématiques du réseau ont été conduites dans l’entre-deux-guerres, entre 1923 et 1926, par des passionnés locaux. À cette époque, les moyens restaient rudimentaires : lampes à acétylène, cordages, carnets de relevés manuels.

Depuis, les explorations ont été reprises et approfondies par le Spéléo-Club de Vesoul, qui a entrepris une vaste campagne de relevés topographiques. Leur travail a permis de dresser un schéma complet des galeries, de cartographier les siphons et d’identifier les points d’interconnexion entre les cavités. Les études hydrologiques menées par le même club ont également confirmé la correspondance entre les pertes des gouffres et la résurgence de la Source des Ermites.

Des opérations de désobstruction ont eu lieu à plusieurs reprises pour dégager les galeries colmatées, notamment à la Chambre à Lillot, permettant ainsi la redécouverte de sections oubliées.

Les dolines, nombreuses autour de Rioz, sont les formes les plus visibles du relief karstique. Elles apparaissent sous la forme de dépressions circulaires ou ovales de quelques mètres à plusieurs centaines de mètres de diamètre. Elles se forment lorsque les eaux de pluie, chargées en dioxyde de carbone, dissolvent lentement le calcaire en profondeur.

Bonne découverte !

Depuis le centre de Rioz, prendre Rue du Card, passez sous le pont, puis continuer la route forestière sur 1,8 kilomètre, garez votre véhicule et continuer sur le chemin à gauche. Comptez 360 mètres et partez sur le sentier à gauche, il mène dans un premier temps à la chambre à Lillot, continuez le sentier jusqu’à la source des Ermites.

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