Les ruines romaines du square Castan – Besançon (25)

Vesontio et son urbanisme : le contexte d’implantation des vestiges

Avant d’analyser les structures du square, il est nécessaire de rappeler le cadre urbanistique dans lequel elles s’inscrivent. Vesontio, oppidum séquane mentionné par Jules César dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules dès 58 av. J.-C., connut une phase d’urbanisation romaine intensive à partir de la période flavienne (69-96 ap. J.-C.). Promue au rang de colonie romaine après la révolte de Vindex en 68 ap. J.-C., la cité s’équipa progressivement d’un forum, d’un amphithéâtre (situé rive droite du Doubs), de thermes, d’un temple dédié probablement à Mars, et d’un réseau hydraulique dont l’aqueduc d’Arcier représentait la colonne vertébrale. C’est dans ce tissu monumental dense, organisé selon un plan orthogonal adapté à la méandre naturelle du Doubs, que prend place l’ensemble semi-circulaire du square Castan, en bordure méridionale du cardo.

L’hémicycle et ses colonnes : une identification toujours disputée

L’élément architectural le plus visible du square est sans conteste l’hémicycle, dont le diamètre intérieur atteint environ 54 mètres. Huit colonnes corinthiennes, remontées à partir de leurs fragments, bordent cet espace. La datation de l’ensemble est estimée au IIe ou IIIe siècle de notre ère, bien qu’aucune source épigraphique directe ne permette d’en fixer la chronologie avec précision.

L’aqueduc d’Arcier et le castellum divisorium : une infrastructure hydraulique majeure

Parmi les structures dégagées lors des fouilles de 1870, le bassin de distribution des eaux, ou castellum divisorium, constitue un témoignage technique de première importance. Ce bassin circulaire d’environ 5 mètres de diamètre représentait le point terminal de l’aqueduc d’Arcier, infrastructure hydraulique d’un peu moins de 11 kilomètres reliant les sources d’Arcier, dans la commune de Vaire, à la cité de Vesontio.

La construction de cet aqueduc est généralement datée des règnes de Vespasien (vers 70 ap. J.-C.) ou de Marc Aurèle (vers 170 ap. J.-C.), une monnaie trouvée dans la maçonnerie suggérant, sans certitude absolue, une date peu postérieure à 70 ap. J.-C. La galerie souterraine, maçonnée et voûtée, mesurait entre 1,55 et 1,62 m de hauteur sous clé pour 0,75 à 0,85 m de largeur. Elle suivait les courbes de niveau en longeant le Doubs, évitant ainsi les ouvrages d’art coûteux. Sa déclivité, estimée à 0,22 %, permettait un écoulement gravitaire continu depuis les sources d’Arcier (les seules de la région présentant débit et altitude suffisants) jusqu’au castellum du square. L’aqueduc fonctionna jusqu’au Ve siècle, date à laquelle les invasions barbares entraînèrent son abandon progressif.

Une longue parenthèse médiévale et moderne : l’église Saint-Jean-Baptiste
Auguste Castan : l’homme, la méthode, la découverte

Ferréol François Joseph Auguste Castan naquit à Besançon le 20 novembre 1833 et mourut dans la même ville le 27 juin 1892. Issu d’une famille de commerçants, il intégra l’École des chartes, dont il sortit major en 1855 avec une thèse consacrée à l’origine de la commune de Besançon. Archiviste municipal, conservateur par intérim du musée, et surtout bibliothécaire en chef à partir de 1866, Castan incarnait la figure de l’érudit provincial du XIXe siècle : polyvalent, méthodique, et profondément attaché à l’histoire locale.

C’est à la veille de la guerre franco-prussienne de 1870 dont il devait tenir un journal personnel resté célèbre dans les archives bisontines qu’il entreprit les fouilles au pied de la cathédrale Saint-Jean. Dès juin 1870, la décision fut prise d’aménager un jardin pour mettre en valeur les découvertes. Castan fut nommé correspondant de l’Académie des inscriptions et belles-lettres en 1874 et membre associé de l’Académie royale de Belgique en 1881. Le square prit officiellement son nom en 1898, six ans après sa mort.

Le jardin archéologique à l’anglaise : un projet paysager à dimension didactique
Protections au titre des monuments historiques

Les fragments antiques du square Castan sont classés monuments historiques depuis le 12 juillet 1886. Le jardin paysager, reconnu comme œuvre à part entière, est inscrit à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques depuis le 12 avril 1945. Enfin, par arrêté du 22 octobre 2021, l’ensemble des tronçons restants de l’aqueduc antique d’Arcier dont les vestiges du castellum divisorium visible dans le square a été inscrit aux monuments historiques sur les quatre communes traversées : Vaire, Chalèze, Montfaucon et Besançon.

Bonne découverte !

Adresse :  1-5 Sq. Castan, 25000 Besançon

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