


Niché à la sortie de Frasne, aux portes du Haut-Doubs, le sentier pédagogique de la Ferme de Cessay invite petits et grands à une promenade au cœur d’un patrimoine naturel et historique exceptionnel.
Treize panneaux explicatifs jalonnent le parcours et vous familiarisent avec l’écosystème forestier, le paysage, la faune, le patrimoine bâti et l’histoire du site Une mascotte attachante, Huguenin le petit écureuil, accompagne les jeunes randonneurs pour leur faire découvrir l’Espace Cessay de manière ludique.
Le sentier conduit jusqu’à l’un des joyaux du site : la Source des Moines, accessible au fond d’une cavité rocheuse, dont la présence explique l’installation des moines défricheurs à proximité du cimetière qui porte leur nom. Un lieu chargé d’histoire, paisible et hors du temps.
Pour les plus sportifs, un parcours santé propose 11 épreuves en bois pour tester agilité et endurance.
Accessible depuis le parking de la ferme, ce circuit d’environ 2 à 3 km convient à toute la famille. Une belle façon de se ressourcer tout en découvrant l’âme du Haut-Doubs.




La Route du Sel et la Grange de Cessay
Dès le XIII͏ᵉ siècle, une voie antique traversait le territoire de Frasne, frôlant la Grange de Cessay au lieu-dit « la Levée de Pouaille ». Venue de Salins par la Tour de Chalamont, elle cheminait à travers Boujailles et Courvières avant de rejoindre la grande voie antique Besançon–Pontarlier–Lausanne, en passant par Dompierre, Bulle et Chaffois.
C’est Jean de Chalon qui, à partir du XIII͏ᵉ siècle, transforma cet axe en véritable route du sel, en exploitant la principale richesse de Salins : la murée, cette eau salée extraite des entrailles de la terre. Plus tard, la même voie fut empruntée par les marchands de laine à destination de l’Italie, faisant de ce chemin un couloir commercial d’une importance capitale.
Le sel, denrée rare et indispensable jusqu’au XIX͏ᵉ siècle, représentait une richesse considérable. Sa circulation justifiait la présence de nombreux péages le long de la route à Villers-sous-Chalamont, Frasne, Bonnevaux… dont les seigneurs locaux tiraient de confortables revenus.
Pour desservir la Grange de Cessay, une bretelle fut aménagée depuis le chemin de Boujailles à Dompierre, traversant la pâture de Cessay. Ce chemin, qui longeait la source des Moines, était emprunté par de lourds chariots chargés de marchandises. Afin d’éviter que leurs roues ne dérapent, des ornières furent taillées directement dans la roche, un ingénieux aménagement dont vous pouvez encore observer les traces tout au long de ce sentier, témoins silencieux d’une activité intense et révolue.
Enfin, il existait également une voie antique reliant Lons-le-Saunier à Pontarlier via Frasne. Déjà à cette époque, le village se trouvait au croisement de plusieurs axes de communication majeurs, une position stratégique qui contribua pleinement à l’essor et au rayonnement de la Grange de Cessay.




Le Cimetière des Moines
Pourquoi un cimetière isolé, à près d’un kilomètre de Cessay ?
La question intrigue. En effet, les cimetières éloignés des habitations étaient généralement réservés aux victimes des grandes épidémies, les « bossus », comme on appelait alors les pestiférés. Ils ne servaient qu’en temps de crise, tandis que le cimetière ordinaire de chaque village se trouvait, comme à Frasne jusqu’au XIX͏ᵉ siècle, au pied de l’église paroissiale.
Or, à Cessay, il n’existe aucun autre lieu d’inhumation connu. Tout porte à croire que ce cimetière fut celui des premiers moines défricheurs, qui occupèrent le site aux XIII͏ᵉ et XIV͏ᵉ siècles. Ces hommes d’Église avaient vraisemblablement érigé à proximité quelques maisons en bois, peut-être même une chapelle au cœur du cimetière lui-même, non loin de la source qui porte encore aujourd’hui leur nom.
Le lieu est sobre mais éloquent. Un muret de pierres sèches, assez large, dessine un rectangle d’environ 40 mètres sur 25. À l’intérieur, de grandes dalles de pierre affleurent le sol : sans inscription, elles mesurent pourtant environ 1,70 m sur 0,70 m, dimensions caractéristiques de sépultures. En l’espace de cent cinquante ans, vingt à trente centimètres de terre les ont peu à peu recouvertes, comme si la forêt cherchait à garder jalousement ce secret.
À partir du XV͏ᵉ siècle, ce cimetière tomba en désuétude. Les habitants de Cessay furent désormais inhumés au cimetière de l’église de Frasne, un arrangement officiel : le curé de Frasne avait reçu un pré en échange de l’administration des sacrements aux gens de Cessay. Les registres paroissiaux de Frasne, qui remontent à 1615, en témoignent indirectement : sept actes de baptême d’enfants de grangers de Cessay y sont consignés entre 1628 et 1634. Il semble donc évident qu’en cas de décès, c’est également le curé de Frasne qui officiait, et que les enterrements avaient lieu dans son cimetière.
Ce lieu discret, enfoui sous la végétation, reste ainsi l’un des derniers vestiges visibles de la vie monastique qui anima Cessay en son premier âge.





La source des Moines se trouve au fond de la grotte des moines. Pour y accéder, il faut se glisser sous le rocher. Par ce puits rocheux, les bergers venaient puiser l’eau dans la source.
La cavité se compose de deux salles successives : une première salle de 10 m de long, 4,5 m de large et 1,70 m de hauteur, avec une cheminée de 2,5 m, suivie d’une deuxième salle de 8 m de long, 6 m de large et 1,70 m de hauteur. À la recherche de l’eau fraîche, une centaine de personnes peuvent se tenir dans la cavité.
Durant le XIVe siècle ou au début du XVe siècle, les moines sont partis s’installer sur le site actuel de Cessay, où il leur était plus facile d’avoir accès à l’eau.
En plus d’un puits et d’une citerne, il y avait autrefois, au bord de la route menant de la Ferme du Haut à la chapelle Saint-Roch, une mare qui fut comblée au printemps 1980.





La ferme de Cessay est un lieu chargé d’histoire, situé à la sortie de Frasne dans le Doubs, en bordure de ce qui fut jadis l’axe reliant l’abbaye de Mont-Sainte-Marie à Salins. Son histoire remonte à avant l’an 1200 : c’est en effet dans une charte de l’archevêque de Besançon, datée de 1200, que le nom de Cessay apparaît pour la première fois, écrit alors « Sacays » lors de la reconnaissance officielle de l’abbaye de Mont-Sainte-Marie et de la confirmation de ses donations. La région de la Chaux d’Arlier étant occupée depuis 5 000 ans avant J.-C., les terres de Cessay étaient déjà en partie défrichées et cultivées bien avant cette date. Dans le vocabulaire cistercien, une « grange » désignait une unité locale d’exploitation agricole polyvalente, devant se trouver à moins d’une journée de marche de l’abbaye dont elle dépendait. La Grange de Cessay était une grange pastorale, spécialisée au départ dans un important élevage d’ovins.
La forêt qui s’étendait entre Frasne et Cessay fut progressivement défrichée par les moines au cours du XIIIe siècle, et le site devint un lieu de vie et d’exploitation agricole de l’abbaye. Pour exploiter ce domaine, l’abbaye fit appel à des grangers : le premier cité dans les actes est un certain Huguenin Monnier, originaire de Mouthe, mentionné en 1447. Une visite faite en juin 1699 constate qu’à Cessay « il y a une chapelle et quattre corps de bastiment avec le fourg séparé ». Cette chapelle, visible sur un plan de 1681 conservé aux Archives Départementales du Doubs, fut probablement construite après la guerre de Dix Ans (1635–1644) ou lors des ravages de la peste, car elle était dédiée à saint Roch, le saint protecteur des pestiférés.
La Révolution française bouleversa le destin de Cessay : les biens ecclésiastiques furent confisqués, et le 23 juillet 1792, le domaine fut adjugé pour 177 000 livres à une trentaine de personnes. Au XIXe siècle, il restait deux fermes sur le site : la ferme du Bas et la ferme du Haut. La ferme du Bas fut détruite par un incendie en 1872, reconstruite, puis à nouveau ravagée par les flammes en 1943. La ferme du Haut fut achetée par la commune de Frasne en 1955, et le dernier fermier, Auguste Jay, la quitta en 1957.
Dans les années 1970, sous l’impulsion d’un conseiller municipal, la ferme fut réhabilitée pour accueillir un relais de ski de fond, puis progressivement louée à des particuliers et associations pour des fêtes. En 1981 fut créé le festival de Cessay. Mais dans la nuit du 29 au 30 avril 1993, un violent orage détruisit toute la partie habitation. La commune décida de reconstruire non pas l’ancien logement, mais une salle de convivialité ouverte aux habitants et aux associations.
Aujourd’hui, la Ferme de Cessay aussi appelée « Espace Cessay » peut accueillir jusqu’à 150 personnes et est ouverte du 1er avril au 31 octobre.
Bonne découverte !
Quelques photos :










































Pour s’y rendre :
Depuis Frasne, prendre la direction de Pontarlier, à la sortie de Frasne, après le deuxième pont passant sur la voie ferrée, prendre la première à gauche, et continuer tout droit, passer la ferme, continue toujours sur cette petite route, après le poste électrique, continuer tout droit jusqu’à la Ferme de Cessay.
A proximité :
Sur la carte :




C’est une très agréable balade à faire avec les enfants. La commune a vraiment très bien mis en valeur son patrimoine.