


Implantée en lisière du Bois du Bouquet, sur la commune de Bouverans dans le Haut-Doubs, la chapelle Notre-Dame-du-Lac occupe un site chargé d’une stratification mémorielle dense, à la confluence de la dévotion mariale médiévale et de l’architecture religieuse du Second Empire.
Avant que n’existe l’édifice actuel, le lieu était marqué par un oratoire primitif adossé à la roche, dont la fondation est traditionnellement attribuée au sire de Châtel-Vérons, seigneurie dont on identifie encore les ruines à proximité immédiate. La tradition orale associe cette fondation à un épisode de survie miraculeuse : un chevalier de la suite du Prince d’Orange, assailli par des loups dans les forêts enneigées du plateau de la Chaux d’Arlier, aurait invoqué la Vierge et survécu. L’oratoire érigé en ex-voto abritait une statue-reliquaire de la Vierge à l’Enfant en bois polychrome, datée des XV-XVIe siècles, dont le socle contenait des reliques de la Vraie Croix, objet d’une vénération intense et d’un pèlerinage régulier. Les fidèles prélevaient également des fragments de la roche environnante, réputée miraculeuse.
Restauré au XVIIIe siècle, puis de nouveau en 1838, l’oratoire est finalement déclaré trop exigu et mal positionné. La décision de démolition est prise en 1860. Un premier projet architectural, soumis en 1861 par l’architecte pontissalien Pompée fils, est refusé par les autorités ecclésiastiques. C’est finalement un plan proposé directement par la municipalité de Bouverans qui est retenu, après arbitrage de l’Archevêque de Besançon en 1863.




La chapelle est construite entre 1860 et 1865 en calcaire taillé, selon un plan allongé à vaisseau unique, avec une élévation ordonnancée. La couverture est assurée par une tuile plate, et la toiture se distingue par une flèche polygonale qui marque avec netteté la silhouette de l’édifice dans le paysage ouvert du plateau. Le vocabulaire architectural déployé relève du néogothique : pinacles, galerie à colonnettes, rosaces quadrilobées, choux frisés sculptés dans la pierre, clocheton à flèche. Le décor intérieur peint concentre son programme iconographique sur le chœur et la niche mariale, laquelle bénéficie d’un éclairage zénithal naturel, dispositif qui participe à la mise en scène liturgique de la statue. La chapelle est inaugurée le 25 juin 1865.
Le mobilier conservé comprend deux objets d’un intérêt patrimonial particulier : la statue-reliquaire de la Vierge à l’Enfant en bois polychrome, datant du XVIIe siècle, et un vase à quêter en argent dont le poinçon de maître n’a pas encore été formellement identifié, lacune documentaire qui laisse entière la question de son atelier de fabrication.
Chaque année, le 8 septembre, un pèlerinage rassemblait des fidèles venus de toute la Chaux d’Arlier et des communes environnantes. Au début du XXe siècle, la construction du remblai de la voie ferrée a physiquement séparé la chapelle du lac qui lui donnait son nom et a comblé la source qui jaillissait à ses côtés, effacement hydrologique brutal qui a transformé irrémédiablement l’environnement immédiat de l’édifice et rompu le lien topographique originel entre l’eau, le sanctuaire et la dévotion.
Quelques photos :



















Pour s’y rendre :
Depuis Bouverans, prendre la D47 en direction de Bonnevaux. La chapelle se situe à droite de la route. Accès parking, début de sentier et table de pique nique.
A proximité :
Sur la carte :



