Mémorial Franco-Tchécoslovaque – Darney (88)

Le monument franco-tchécoslovaque de Darney : la mémoire reconstruite d’un serment de 1918

Sur le plateau du camp Kléber, à la sortie de Darney en direction de Monthureux-sur-Saône, se dresse un édifice commémoratif dont la genèse mérite un examen rigoureux. Le site lui-même possède une valeur historique antérieure au monument : c’est ici que, le 30 juin 1918, le président de la République Raymond Poincaré remit solennellement leur drapeau aux quelque 6 000 légionnaires tchèques et slovaques rassemblés dans ce camp d’instruction, en présence d’Edvard Beneš, alors secrétaire du Conseil national tchécoslovaque. Cet acte constitua la reconnaissance officielle, par la France, du droit des Tchèques et des Slovaques à disposer d’un État souverain, un geste diplomatique fondateur qui valut à Darney le surnom de « berceau » de la future Tchécoslovaquie. Près de vingt ans plus tard, le sénateur-maire André Barbier porta le projet d’un monument permanent : approuvé par le conseil général des Vosges le 14 mai 1937, puis soutenu à l’unanimité par le Parlement français qui vota un crédit de 500 000 francs, l’édifice fut confié à l’architecte Robert Danis, alors architecte en chef des monuments historiques et auteur, par ailleurs, du mémorial national du Hartmannswillerkopf. La construction donna naissance à une pyramide de béton haute de 32 mètres, comportant trois étages de cryptes et une chapelle intérieure, ornée d’un imposant écusson de bronze de 1 500 kilogrammes représentant le lion héraldique tchécoslovaque, œuvre du sculpteur Beutler. L’inauguration, initialement programmée pour le 30 juin 1938, dut être reportée en raison des tensions internationales croissantes ; seule une cérémonie partielle se tint le 11 novembre de la même année.

L’histoire de ce monument bascule cependant dans un registre plus trouble à partir de 1940. Le 18 novembre, une unité de sapeurs allemands entreprit méthodiquement sa destruction, opération qui nécessita près d’une semaine de travail acharné, preuve, en creux, de la solidité de l’ouvrage. Le lion de bronze fut démonté, expédié vers le musée du Zeughaus à Berlin, puis aurait été envoyé à la fonte après avoir été endommagé lors d’un bombardement allié ; une enquête de gendarmerie menée en 1947 tenta, sans aboutir formellement, d’établir la chaîne de responsabilité de cet ordre de destruction. Il fallut attendre un décret du ministère de l’Intérieur daté du 2 juillet 1964 pour que la reconstruction soit officiellement approuvée ; les travaux, engagés en 1967 et achevés l’année suivante, furent confiés à Benoît Danis, fils de l’architecte initial, qui substitua à la pyramide originelle une flèche métallique de 32 mètres surmontant un socle pentagonal en béton, gravé de citations de Poincaré, de Tomáš Masaryk et d’Edvard Beneš. Un wagon de chemin de fer d’époque, installé à proximité en 2007, rappelle aujourd’hui le mode de transport qu’utilisèrent les volontaires pour rejoindre le front. Le monument demeure, à ce jour, un lieu de commémoration annuelle autour du 29 et du 30 juin, sans toutefois figurer à la différence du château de Darney, inscrit en 1984, ou du calvaire de la ville, classé en 1963 sur la liste des édifices protégés au titre des monuments historiques, ce qui laisse planer une question légitime sur la reconnaissance patrimoniale future de ce témoin si singulier des relations franco-tchécoslovaques.

Depuis le centre de Darney, prendre Rue Lecomte puis, à la sortie de la commune, le monument se trouve facilement sur la gauche.

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